LIVRE VII, C II A P. XIV
ensuite il me dit : ('«il lilas, je vous apprendrai tantôt a quoi je prétends vous employer. Vous n’avez en attendant qu'à suivre mon liomme d’affaires; il vient de recevoir des ordres qui vous regardent. J’obéis, laissant. Fabrice avec le comte et Cupidon.
L'intendant, qui étoil un Mcssinois des plus fins, me conduisit à son appartement en m’accablant d’honnêtetés. Il envoya chercher le tailleur qui avoit habillé toute la maison , et lui ordonna de me faire promptement un babil de la même magnificence que ceux des principaux officiers. Le tailleur prit ma mesure et se retira. Four votre logement, me dit le Messinois, je sais une chambre qui vous conviendra. Lh! avez-vous déjeune.* poursuivit-il. Je répondis que non. Ah! pauvre garçon que vous êtes, reprit» il, que ne parlez-vous? Vous êtes ici dans une maison où il n'y a qu’à dire ce qu’on souhaite pour l’avoir. Venez, je vais vous mener dans un endroit où, grâces au ciel, lien ne manque.
A ces mots il me fit descendre à l’office, oii nous trouvâmes le maître d’hôtel, qui étoit un Napolitain qui valoit bien un Messinois. < )n pouvoit dire de lui et de 1 intendant : Jean danse mieux que Pierre, Pierre danse mieux que Jean. Cet honnête maître d'hôtel étoil avec cinq ou six de ses amis qui s’empiffroient. de jambons, de langues de bœuf et d’autres viandes salée» qui les obligeoicnt à boire coup sur coup. Vous nous joignîmes à ces vivants, et les aidâmes à fesser les meilleurs vins de monsieur le comte. Pendant que ces choses se passoient a I olliee, il s’en passoit d’autres à la cuisine. Le cuisinier régaloit aussi trois ou quatre bourgeois de sa connoissanee qui n’épargnoienl pas plus
que nous le vin, et qui se reinplissoient l’estomac de pâtés de lapins et de perdrix : il n'y avoit pas jusqu’aux marmitons qui ne se donnassent au cœur joie de tout ce qu'ils pouvoient escamoter. Je me crus dans une maison abandonnée au pillage; cependant ce n’étoit rien i[ue cela. Je ne voyoïs que des bagatelles, en comparaison de ce que je ne voyois pas.