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droient de grands fripons, si la fortune les mettoit aux mêmes épreuves!
\mi Santillane , continua le ministre, ne te souviens plus du passé; songe que tu es présentement au roi, et que lu seras désormais occupe pour lui. Tu n as (pi a me suivre; je vais t'apprendre en quoi consisteront tes occupations. A ces mots le duc me mena dans un petit cabinet qui joignoit le sien, et oii il y avoit sur des tablettes une vingtaine de registres in-folio fort épais. C'est ici, me dit-il, que tu travailleras. Tous ces registres que tu vois composent un dictionnaire de toutes les familles nobles qui sont dans les royaumes et pi mcipautés de la monarchie d’Espagne. Chaque livre contient par ordre alphabétique l'histoire abrégée de tous les gentilshommes d'un royaume, dans laquelle sont détaillés les services qu’eux et leurs ancêtres ont rendus à l'état, aussi-bien (pie les affaires d honneur qui peuvent leur être arrivées. On y fait encore mention de leurs biens, de leurs mœurs, en un mot, de toutes leurs bonnes et mauvaises qualités 1 ; en sorte que lorsqu ils viennent demander des grâces à la cour, je vois d’un coup d'œil s'ils les méritent. Pour savoir exactement toutes ces choses, j'ai partout des pensionnaires qui ont
1 Cette 'vingtaine Je registres in-folio et fort épais , qui contiennent l'iiistoire des familles nobles d’Espagne, reviennent aux nombreux volumes manuscrits du même format que tous les intendants des provinces de France avoient composés par ordre du duc de Bourgogne, en ifiqS. Les informations qu’on leur avoit prescrit d envoyer ii ce prince rouloient particulièrement sur l’histoire des gentilshommes de chaque généralité. Le comte de Boulainvilliers en a donné l’extrait dans l 'État Je la France , ou 1 on voit que plusieurs de ces mémoires historiques avoient été mal rédiges, et re;. scmbloient beaucoup à ceux dont parle ici le duc de Lermc.
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soin do s’en informer, et de m’en instruire par des mémoires qu'ils m’envoient; mais, comme ces mémoires sont diffus et remplis de façons de parler provinciales , il faut les rédiger et en polir la diction, parce que le roi se fait lire quelquefois ces registres. C'est à ce travail, qui demande un style net et concis, que je veux t'employer dès ce moment même.
En parlant ainsi, il tira d’un grand portefeuille plein de papiers un mémoire qu’il me mit entre les mains; puis il sortit de mon cabinet, pour m’y laisser faire mon coup d’essai en liberté. Je lus le mémoire, qui me parut non -seulement farci de termes barbares, mais meme trop passionné. C’étoit pourtant un moine de la ville de Solsonne qui l’avoit composé. Sa révérence , en affectant le style d'un liomrne de bien, y déebiroit impitoyablement une bonne famille catalane, et Dieu sait s'il disoit la vérité! Je crus lire un libelle diffamatoire, et je me fis d’abord un scrupule de travailler sur cela; je craignois de me rendre complice d'une calomnie : néanmoins, tout neuf que j’étois à la cour, je passai outre, aux périls et fortune de lame du bon religieux; et, mettant sur son compte toute l’iniquité, s’il y en avoit, je commençai à déshonorer en belles phrases castillanes deux ou trois générations d’honnêtes gens peut-être.
J’avois déjà fait quatre ou cinq pages, quand le duc, impatient de savoir comment je m'y prenois , revint et inédit : Santillane, montre-moi ce que tu as fait; je suis curieux de le voir. En même temps, jetant la vue sur mon ouvrage, il en lut le commencement avec beaucoup d’attention. Il en parut si content, que j’en fus