LIVRE VIII, CITA Nil! J
lier le nom de votre famille? llelas! me répondit-il, vous renouvelez ma douleur en exigeant île moi ipie je satisfasse votre curiosité. 11 y a dix-huit années que j'ai quitté le séjour d’Antequerre, où 1 on 11e doit se souvenir de moi qu'avec horreur. \ ous 11 avez peut-être vousmême que trop entendu parler de moi. Je me nomme don Anastasio de Racla. Juste ciel! m'écriai-je, dois-je croire ce que j’entends? Quoi! vous seriez don Anastasio; seroit-ce mon père que je verrois? Que ditesvous, jeune homme? s’écria-t-il a son tour en me considérant avec surprise. Seroit-i! bien possible que vous fussiez cet enfant malheureux qui étoit encore dans les flancs de sa mère quand je la sacrifiai à ma fureur? Oui, mon père, lui dis-je; c’est moi que la vertueuse Estéphanie a mis au monde trois mois après la nuit funeste oii vous la laissâtes noyée dans son sang.
Don Anastasio n’attendit pas que j’eusse achevé ces paroles pour se jeter à mon cou. Il me serra entre ses bras, et nous ne finies pendant un quart d'heure que confondre nos soupirs et nos larmes. Après nous être abandonnés aux tendres mouvements qu’une pareille reconnoissance ne pouvoit manquer d'exciter en nous, mon père leva les yeux au ciel pour le remercier d’avoir sauvé la vie à Estéphanie; mais un moment après, connue s’il eût craint de lui rendre grâce mal à propos, il m’adressa la parole, et me demanda de quelle manière on avoit reconnu l’innocence de sa femme. Seigneur, lui répondis-je, personne que vous n en a jamais douté. La conduite de votre épouse a toujours été sans reproche. Il faut que je vous désabuse. Sachez que c est don Huberto qui vous a trompe. En même temps je
lui contai toute la perfidie de ce parent, quelle vengeance j’en avois tirée, et ce qu’il m’avoit avoué en mourant.
Mon père fut moins sensible au plaisir d’avoir recouvré la liberté, qu’à celui d’entendre les nouvelles que je lui annonçois. Il recommença, dans l’excès de la joie qui le transportoit , à m’embrasser tendrement. 11 ne pouvoit se lasser de me témoigner combien il étoit. content de moi. Allons, mon fils, me dit -il, prenons vite le chemin d’Antequerre! Je brûle d’impatience de me jeter aux pieds d'une épouse que j’ai si indignement traitée. Depuis que vous m’avez fait connoître mon injustice , j’ai des remords qui me déchirent le cœur.
J’avois trop d’envie de rassembler ces deux personnes qui m’étoient si chères , pour en retarder le doux moment. Je quittai l’armateur; et de l’argent que je reçus pour ma part de la prise que nous avions faite, j’achetai à Adra deux mules, mon père ne voulant plus s’exposer aux périls de la mer. Il eut tout le loisir sur la route de me raconter ses aventures, que j’écoutai avec cette avide attention que prêta le prince d’Ithaque au récit de celles du roi son père. Enfin, après plusieurs journées, nous nous rendîmes au bas de la montagne la plus voisine d’Antequerre, et nous fîmes halte en cet endroit. Comme nous voulions arriver secrètement au logis, nous n’entrâmes dans la ville qu'au milieu de la nuit.
Je vous laisse à imaginer la surprise où fut ma mère, de revoir un mari quelle croyoit avoir perdu pour jamais; et la manière pour ainsi dire miraculeuse dont