LIVRE VIII, CH A P. X
ponse ; puis, changeant de discours, il me demanda si son neveu n’avoit pas besoin d’argent pour celte équipée. Pardonnez-moi, lui dis-je, il vous prie de lui envoyer mille pistoles. Eh bien! reprit le ministre, tu n'as qu à les lui porter; dis-lui qu’il ne les ménage point, et qu il applaudisse à toutes les dépenses que le prince souhaitera de faire.
Cil A PITRE XI.
De la visite secréte et des présents que le prince d'Espagne Jit à Catalina.
Rendez-vous de prince. — Prodigalités à des friponnes.
J allai porter à 1 heure même cinq cents doubles pistoles au comte de Lemos. Vous ne pouviez venir plus a propos, me dit ce seigneur. J’ai parlé au prince; il a mordu a la grappe; il brûle d’impatience de voir Catalina. Dès la nuit prochaine d veut se dérober secrètement de son palais pour se rendre chez elle, c’est une chose résolue; nos mesures sont déjà prises pour cela. Avertissez-en les dames, et leur donnez l’argent que vous m apportez; il est bon de leur faire connaître que ce 11 est point un amant ordinaire qu elles ont à recevoir; d ailleurs les bienfaits des princes doivent devancer leurs galanteries. Comme vous raccompagnerez avec moi, poursuivit-il, ayez soin de vous trouver ce soir à son coucher; il faudra de plus que
votre carrosse, car je juge à propos de nous en servir, nous attende à minuit aux environs du palais
Je me rendis aussitôt chez les dames. Je ne vis point Catalina; on me dit cpi’elle reposoit. Je ne parlai qu’à la sefiora Mencia. Madame, lui dis-je, exeusez-moi de grâce si je parois dans, votre maison pendant le jour; mais je ne puis faire autrement; il faut bien que je vous avertisse que le prince d’Espagne viendra chez vous cette nuit; et voici, ajoutai-je en lui mettant entre les mains un sac oii étoient les espèces, voici une offrande qu’il envoie au temple de Cythère pour s’en rendre les divinités favorables. Je ne vous ai pas, comme vous voyez, engagée dans une mauvaise affaire. Je vous en suis redevable, répondit-elle; mais apprenez-moi, seigneur de Santillane, si le prince aime la musique. Il l’aime, repris-je, à la folie. Rien ne le divertit tant qu’une belle voix accompagnée d’un luth touché délicatement, Tant mieux! s’écria-t-elle toute transportée de joie; vous me charmez en me disant cela, car ma nièce a un gosier de rossignol et joue du luth à ravir: elle danse même parfaitement. Vive Dieu! m’écriai-je à mon tour, voilà bien des perfections, ma tante : il n’en faut pas tant à une lille pour faire fortune; un seul de ces talents lui suffit pour cela.
Ayant ainsi préparé les voies, j’attendis l’heure du coucher du prince. Lorsqu’elle fut arrivée, je donnai mes ordres à mon cocher, et je rejoignis le comte de Lemos, qui me dit que le prince, pour se défaire plus tôt de tout le monde, alloit feindre une légère indisposition , et même se mettre au lit pour mieux persuader qu’il étoit malade; mais qu’il se relevcroit une