Œuvres de Leibniz
G^defroi-Guillatime Leibniz naquit à Leipzig, en Saxe, le 23 juin 4649, de Frédéric Leibniz, professeur de morale, et greffier de Tuniversité de Leipzig, et de Catherine Schmuck, sa troisième femme, fille d'un docteur et professeur en droit. Paul Leibniz, son grand-oncle, avait été capitaine en Hongrie, et anobli pour ses services, en 4600, car Tempereur Rodolphe II, qui lui donna les armes que M. Leibniz portait.
Il perdit son père à rage de six ans, et sa mère^ qui était une femme de mérite, eut soin de son éducation. Il ne marqua aucune inclination particulière pour un genre d'étude plutôt que pour un autre. Il se porta à tout avec une égale vivacité; et comme son père lui avait laissé une assez ample bibliothèque de livres bien choisis , il entreprit, dès qu'il sut assez de latin et de grec, de les lire tous avec ordre, poètes, orateurs, historiens, jurisconsultes, philosophes, mathématiciens, théologiens. Il sentit bientôt qu'il avait besoin de secours; il en alla chercher chez tous les habiles gens de son temps, et même, quand il le fallut, assez loin de Leipzig.
Cette lecture universelle et très-assidue, jointe à un grand génie naturel, le fit deviner tout ce qu'il avait lu : pareil en quelque sorte aux anciens qui avaient l'adresse de mener jusqu'àr-huit chevaux attelés de front, il mena de front toutes les sciences. Ainsi nous sommes obligés de le partager ici, et, pour parler philosophiquement , de le décomposer. De plusieurs Hercules l'antiquité n'en a fait qu'un, et du seul M. Leibniz nous ferons plusieurs savants. Encore une raison qui nous détermine à ne pas suivre comme de coutume l'ordre chronologique , c'est que dans les mêmes années il paraissait de lui des écrits sur différentes matières; et ce mélange presque perpétuel, qui ne produisait nulle confusiua dans ses idées, ces passages brusques et fréquents d'un sujet à un
H ÉLOGE DE M. LEIBiMZ,
autre tout opposé, qui ne Tembarrassaient pas , mettraient de la confusion et de l'embarras dans cette histoire.
M. Leibniz avait du goût et du talent pour la poésie. Il savait les bons poètes par cœur; et, [dans sa vieillesse même, il aurait encore récité Virgile presque tout entier ipot pour mot. Il avait une fois composé en un jeur ur ouvrage de trois cents vers latins , sans se permettre une seule élision ; jeu d'esprit , mais jeu difficile. Lorsqu'on 1679, il perdit le duc Jean Frédéric de Brunswick, son protecteur, il fit sur sa mort un poème latin qui est son chef-d'œuvre , et qui mérite d'être compté parmi les plus beaux d'entre les modernef. Il nç eroya^t w%i campia te plupart de ceux qui ont travaillé dans ce genre, qu'à cause qu'on rait des vers en latin, on est en droit de ne point penser et de ne rien dire, si ce n'est peut-être ce que les anciens ont dit; sa poésie est pleine de choses ; ce qu'il dit lui appartient; il a la force de Lucain, mais de Lucain qui ne fait pas trop d'efforts. Un morceau remarquable de ce poëme est celui où il parle du phosphore dont Brandt était l'inventeur. Le duc de Brunswick , excite par M. Leibniz , avait fait venir Brandt à sa cour poi^r jQqir dln phosphore,, et le poète ol\pBte cette merveille jusque-là ii^ouïe. « Ce feu inconnu à la nature même, » Qu'un nouveau Yulcain avait allumé dans un antre savant, que D l eau conservstit e( epnpèchait de se rejQindre à \^ aphère du feu » sa patrie, qui, enseveli soqs l'eau, dissimulait soq être, et sortait » lumineux et t)rilla^t çle ce tombeau » imag^ de fàfne imrportelle » et heureuse, » etc. Tout ce. que la fablç, tovit cç que l'histoire sainte ou profane peuvent fournir ^ qui ait rapport au phosphore, tout est employé, le larcin de Prométhée, la robe do Médée, le vi-. sage lumineux de Moïse , le feu de Jérémje enfoui quand les Juifsi furent emmenés en captivité, les vestales, les lampes 'sépulcraleii, le combat des prêtres égyptiens et perses ; et quoiqu'il semble qu'en, voilà beaucoup, tout cela n'est point entassé; un ordre fin et adroit, donne à chaque chose upe place qu'on ne saurait lui ôter, et lesi diff'érentes idées qui se succèdent rapidement, ne se succèdent qu'à propos. M. Leibniz faisait même des vers français , mais il pe réussissait pas dans la poésie allemande. Notre préjugé pour notrç langue , et l'estime qui est due à ce poète , nous pourraient faire croire que ce n'était pas tout à fait sa faute.
11 était très-profond dans l'histoire et dans les intérêts des princes,^ qui en sont le résultat politique. Après que Jean Casimir, roi de Po^ logne, eut abdiqué la couronne en 1668, Philippe-Guillaume de Neubourg, comte palatin, fut un des prétendants, et M. Leibni? fit un traité sous le nom supposé de George Ulicovius, pour prouver que la république ne pouvait faire un meilleur choix. Cet ouvrage, eut beaucoup d'éclat : l'auteur avait vingt-deux aps.
Quand on commença à traiter de la paix de Nimègiie, il y eqt des difficultés sur le cérémonial à l'égard des princes libres de l'em-. pire qui n'él aient pas électeurs t on ne vopla.it pus accorc^er à leurs
wmfeifé» les mêmes litres ^ leà mêmes Irailemehls qu*a ceux des
rnces é'Eàlfe , leh due sont les ducs dé Modène ou de MantoUe. Leibniz publia eA letti* faveur un livre intitulé : Cesaretii FurêtenarH, ébe jHre Suprematûs ac Legationiê /V^ticfjMim GermaniiÉ, (|ui parut en 4667. Le faux nom qu'il se donne signifie qu'il était et dans les intérêté de Tempereur et dabs ceux des princes ; et qu'en SDuteâant leur dignité, il ne nuisait point à celle du chef de 1 em-^ pire. Il avait eflRBctivement su^ la dignité impériale une idée qui ne pouvait déplaire qu'aux autres potentats. Il prétendait que tous les étato chrétiens , du moins ceux d'Occident, ne fbnt qu'un corps, dont le pape est le chef spirituel, et l'empereur le chef temporel; ^'il appartient à l'un et a Tautre une certaine juridiction universelle; que l'empereur est le général né, le défenseur, Vadvoué de i'Êgtise, principalement contre les infidèles, et que de là lui vient le titre de ëùcrée md^ésbé, et à l'empire celui dé sùitit empire; et
3ué, quoique tout cela ne soit pas de droit divin, c'est une espèœ e système politique formé par le consentement des peuples , 6t qu'il serait à souhililer qu'il subsistât en son entier, tl eh tire des conséquences avantageuses pour les princes libres d'Allemagne, qui ne tieàhent pas beaucoup plus à l'empereur que les rois eux-me^ mes n'y devraient tenir. Du moins il prouve très-fbrtemenl que leur BDureraineté n*esl point diminuée par l'espèce de dépendance oî ils sont; œ qtïi est le but dé tout l'ouVrage. Cette république chré* tienne, dont l'empereur et le pape sont les chefs, n'aurait rien d'étoniiant si elle était imaginée par un Allemand catholique : mai^ elle rèta.it par un luthérien i l'esprit de système qU'il possédait au souverain degré, aVait bien prévalu à regard de la religion Sur l'espHt de parti.
Lé livre du fSlux CesaHnus Futsiêheffus contient non-seulement une infinité de i^its remarduables , mais encore quantité dé petitt faits qui ne regardent que les titres et les cérémonies^ assez souvent négligés par les plus savants en histoire. On voit que M. Leibniz, dans sa vaste lecture, ne méprisait rien; et 11 est étonnant à combien de livres médiocres, et presque absolument inconmis , il avait fait la Ërâce de les hre : mais il l'est surtout , qu'il ait pu mettre autant d esprit philosophique dané une matière si peu phiiosophîâué. tl pose des définitions exactes , qui le privent de ragréablè liberté a abuser des termes dans les occasions; il cherche des points ftxes , et en trouve dans les choses du monde les phis inconàtantes et les plus sujettes au caprice des hommes; il établit dés rapports et des proportions qui plaisent autant que des 6gures de rhétorique et persuadent mieux. On sent qu'il se tient presqu*à regret dans des détails où son sujet Tenchatne, et que son esprit prend son vol dès qu*îl le peut, et s'élève aux vues générales. Ce livré fut f^lt et imprimé en Hollande, et réimprimé d abord en Allemagne jusqu^à quatre fois.
Les princes de Brunswick le destinèrent à écrire l'histoire de
ly ÉLOGE DE M. LEIBNIZ,
leur maison. Pour remplir ce grand dessein et ramasser les matériaux nécessaires, il courut toute FAUemagne, visita toutes les anciennes abbayes , fouilla dans les archives des villes , examina les tombeaux et les autres antiquités , et passa de là en Italie , où les marquis de Toscane, de Ligurie et d'Est, sortis de la même origine que les princes de Brunswick, avaient eu leurs principautés et leurs domaines. Comme il allait par mer dans une petite barque, seul et sans aucune suite , de Venise à Mesola, dans le Ferrarois, il s!éleva une furieuse tempête ; le pilote, qui ne croyait pas être entendu par un Allemand, et qui le regardait comme la cause de la tempête, parce qu'il le jugeait hérétique, proposa de le jeter. à la mer, en conservant néanmoins ses hardes et son argent. Sur cela, M. Leibniz, sans marquer aucun trouble, tira un chapelet, que apparemment il avait pris par précaution, et le tourna d'un air assez dévot. Cet artifice lui réussit; un marinier dit au pilote que
Îiuisque cet homme-là n'était pas hérétique , il n'était pas juste de e jeter à la mer.
Il fut de retour de ses voyages à Hanovre, en i 690. Il avait fait une abondante récolte , et plus abondante qu'il n'était nécessaire pour l'histoire de Brunswick; mais une savante avidité l'avait porté a prendre tout. Il fit de son superflu un ample recueil , dont il donna le premier volume in-folio en 1 693, sous le titre de Codex juris gentium diplomaticus. Il l'appela Code du droit des gens, parce qu'il ne contenait que des actes faits par des nations, ou en leur nom, des déclarations de guerre, des manifestes,. des traités de paix ou de trêve, dès contrats de mariage de souverains, etc., et que, comme les nations n'ont de lois entre elles que celles qu'il leur plaît de se faire , c'est dans ces sortes de pièces qu'il faut lep étudier. Il mit à la tète de ce volume une grande préface bien écrite et encore mieux pensée. Il y fait voir que les actes de la nature de ceux qu'il donne sont les véritables sources de l'histoire , autant qu'elle peut être connue; car il sait bien que tout le fin nous en échappe ; que ce qui a produit ces actes publics et mis les hommes en mouvement, ce sont une infinité de petits ressorts cachés, mais très-puissants, quelquefois inconnus à ceux mêmes qu'ils font agir, et presque toujours si disproportionnés à leurs effets, que les plus grands événements en seraient déshonorés. 11 rassemble les traits d'histoire les plus singuliers que ces actes lui ont découverts, et il en tire des conjectures nouvelles et ingénieuses sur l'origine des électeurs de l'empire , fixés à un nonibre. Il avoue que tant de traités de paix si souvent renouvelés entre les mêmes nations font leur honte, et il approuve avec douleur l'enseigne d'un marchand hollandais qui , ayant mis pour titre A la paix perpétmlle , avait fait peindre dans le tableau un cimetière.
Ceux qui savent ce que c'est que déchiffrer ces anciens actes, de les lire, d'en entendre le style barbare, ne diront pas que M. Leibniz n'a mis du sien dans le Codex diplomaticus que sa belle préface.
PAR M. DE FOWTENELLE. Y
n est vrai qu'il n'y a que ce morceau qui soit de génie , et que le reste n'est que de travail et d'érudition, mais on doit être fort obligé à un homme tel que lui , quand il veut bien, pour l'utilité publique, faire quelque chose qui ne soit pas de génie.
En 1700 parut un supplément de cet ouvrage, sous le titre de if antma codicisjuris gentium diplomatici. Il y a mis aussi une préface, où il donne à tous les savants qui lui avaient fourni quelques pièces rares , des louanges dont on sent la sincérité. Il remercie même M. Toinard de l'avoir averti d'une faute dans son premier volume, où il avait confondu avec le fameux Christophe Colomb , un ' Guillaume de Caseneuve, surnommé Coulomp, vice-amiral sous Louis XI; erreur si légère et si excusable, que l'aveu n'en serait guère glorieux sans une infinité d'exemples contraires.
Enfin il commença à mettre au jour, en 1707, ce qui avait rapport à l'histoire de Brunswick, et ce fut le premier volume in-folio Scriptorum Brunsvicensia illustrantium , recueil de pièces originales qu'il avait presque toutes dérobées à la poussière et aux vers» et qui devaient faire le fondement de son histoire. Il rend compte, dans la préface, de tous les auteurs qu'il donne et des pièces qui n'ont point de noms d'auteurs , et en porte des jugements dont il n'y a pas d'apparence que l'on appelle.
Il avait fait sur l'histoire de ce temps-là deux découvertes principales opposées à deux opinions fort établies.
On croit que de simples gouverneurs de plusieurs grandes provinces du vaste empire de Charlemagne étaient, devenus dans la suite des princes héréditaires ; mais M. Leibniz soutient qu'ils l'avaient toujours été, et par là ennoblit encore les origines des plus grandes maisons. Il les enfonce davantage dans cet abîme du passé dont l'obscurité leur est si précieuse.
Le dixième et le onzième siècle passent pour les plus barbares du christianisme ; mais il prétend que ce sont le treizième et le Cjuatorzieme, et qu'en comparaison de ceux-ci, le dixième fut un siècle d'or, du moin3 pour l'Allemagne. « Au milieu du douzième on discer- » nait encore le vrai d'avec le faux ; mais les fables renfermées au- » paravant dans les cloîtres et dans les légendes , se débordèrent » impétueusement et inondèrent tout. » Ce sont à peu près ses propres termes. Il attribue la principale cause du mal à aes gens qui, étant pauvres par institut, inventaient par nécessité. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que les bons livres n'étaient pas encore alors totalement inconnus. Gervais de Tilbury, que M. Leibniz donne pour un échantillon du treizième siècle , était assez versé dans l'antiquité, soit profane, soit ecclésiastique, et n'en est pas moins grossièrement ni moins hardiment romanesque. Après ies faits dont il a été témoin oculaire, l'auteur d'Amadis pouvait soutenir aussi que son livre était historique. Un homme de la trempe de M. Leibniz, qui est dans l'étude de l'histoire, en sait tirer de certaines réflexions générales élevées au-dessus de l'histoire même ; et dans cet amas
*i ÉtO<ÎE ta M. tÊIBNIZ,
èonfud éi ityimense dé faits, Il démêle tin ordre et de&( liaisons déliëates qui n'y sont que pour lui. Ce qui l'intéresîîe lé plus , ce sont les origines des natiotis, de leurs langues, de leurs moeu^s, de leurs opinions, surtout rtiistoire de Tesprit humain, et une succession de pensées qui naissent dans les peuplés les unes après leà autres ou plutôt les ùties dès autres , 6t dont renchaînement bien observé pourrait donner lien à des espèces dé prophéties.
En 1710 0t 1711 parurent deut autres volumes Sctiptbruin , ÊHinÉticènéia {ilusiruritium, et enfin devait suivi'è l'histoire qiii n*à point paru et doht vdîci lé plaii. .
Il la faisait précéder par une dissertation sur l'état de T Allemagne tel qu'il était avant toutes les histoires , et qu'on le pouvait conjecturer par les monuments naturels qui en étaient restés , des coquillages pétrifiés dans les terres , des pierres où se trouvent des empreintes de poissons ou de plantes , et même de poissons et de plantes qui ne sont pomt du pays , médailles incontestables du déluge. De la il passait aux plus anciens habitants dont on ait mémoire , aux différents peuples qui se sont succédé fes uns aux autres dans ces pays, et traitait de leurs langues él du mélarige de ces langues, autant qu'on en peut juger par les étymologies , seuls monuments en ces matières. Ensuite les origines de Brunswick commençaient à Charlemagne , en 769 , et se continuaient par les empereurs descendus de lui et par cinq ernpefeurs de la maison de Brunswick , Henri l" l'Oiseleur , les trois Othons et Henri H, où elles finissaient en 4 025. Cet espace de temps Comprenait les antiquités de la Saxe par la maison de Witikind , Celles de la haute Allemagne par la maison de Guelfe, celles de la Lombardie par la maison des ducs et marquis de Toscane et de Ligurie. De tous ces anciens princes sont Sortis ceux dé Brunswick; kpvê& ces orlgitlés venait ta généalogie djé la maison de Quélfé ou de Srunsvyick, avec une céurte mais exacte histoire iasqu*àtt tetnjjs présent. Cette généalogie était accompagnée de celles dés autres c^atide^ maisons, de là maison Gibeline, d^Autrlche àndenne et noîivéllé, dé fiàVièré, etc. M. Leibniz avançait, et H étéilt trôb savaiit pour êbre présotilbtlieui , que jusqu'à présent on n^àvaft Héh vu dé pat^eîl sur rhistôiré dil nlôyen-âge ; qu'il avait porté une lumière toute nouvelle dans ces siècles tiouverts d'une obscurité effrayante, et réformé un grand nomb^é d'erreurs où levé beaucoup d'incertitudes. Par exemple, cette bâpessë Jeanne, établie d'abord par quélc|Ues-uns , détruite pët* d autres, érisulte rétablie, il la détruisait pour jamais, et il trouvait que cette fable ne pouvait s'êt^e soutenue qu'à la faveur des ténèbres de la chronologie qu'il dissipait.
Dans le colirs de ses recherches, Il prétendit avoir découvert la Véritable origine des Fraiiçàis , et en publia tine dissertation en 1716. L'illustre père de Tournéminé, jésiiite, attaqila son sentiment, et en soutint Uti autre àVec toute l'érudition qu'il fallait pour combattre un adversaire àlissl savant, et avec toute cette ha^diéssé
PAh M. DE FONTENELLE. Vu
qo'nn grand âdversaiire approuve. Nous n'entrerons tioiht dans cette questi oh ; elle était même assez indifférente, selon la réflexion tolie du père de tournemine , puisque , de quelque façon que ce lot, les Frahçais étaient compatriotes de M. Leibniz.
M. Leibniz était grand jurisconsulte. îl était né dans le sein de la Jurisprudence, et cette science est plus cultivée en Âllemagtiâ ^u en aucun autre pays. Ses premières études furent principaîeirient tournées de ce ci4tè-là , m vigueur naissante de son esprit y fiit employée. A l'âge de vingt ahs, il voulut se faire passer docteui^ et) droit a Leipzig ; tnais te doyen de là faculté , boussé par sa femtne, le refusa sdus prétexte de sa jeunesse. Cette même jeunesse lui avait peut-être attiré la mauvaise humeur de la femme du doyen. Quoi qu'il en soit, il fut vengé de sa patrie par l'applaudissement général Àve6 lequel il fut reçu docteur la même année à Ahorf dans le territoire de Nuremberg. Là thèse qu'il soutint était de casibttë perplexis in jure. Elle fut imprimée dans la suite avec flëlft autres petits traitée de lui , Spécimen encyctopœdicé in jure, seu Quœstianeu philosophie» antoémorei eçd jUfe toilécta, et Speetitm tertiiiidinis ieu demonnifationutn îHiure exhibitum in docif (m mnditionilvi. Il savait déjà rapprocher les différentes éciences, ^ tirer des lignes de communicatioti des iitieà aux Autres.
 l'âge de vlut-deut ans, qui est l'époque (}ue nous avons déjà iddhjuêe pour lé livre de Geotgé Micovtu», il dédia â Télecteur de Hayence. Jeali-Philippe dé Schomborn, une nouvelle méthode d'apprendre et d'enseigner la jurisprudence. 11 y ajoutait utie liste de ce qui tnanque encore eu droit, Cùtalogutn desideratorum in jm, et promettait d'y suppléer. Dans la même année II donne son projet pour réformer tout le Corps du droit, Corporis juris recoticin- Mndi fatio. Les différentes matièreâ du droit sont effectivement dâitis une grande confusioti; tnais sa tète, en leâ recevant, les âVait arrangées, elles s'étaient refondues dans cet excellent moule, et elles auraient beaucoup gaguè â reparaître sous la formé ({u^elles ï avaient prise.
. Quand il donna leà deux volutneâ de don Cod^ diplomattcia . il oe manqua pas de remonter aux première principeâ du droit naturel et du droit deé gens. Le point de Vue où il se plaçait était toujours fort élevé , et de là 11 découvrait todours uh grand paya dont il voyait tout le détail d'un coup d'oeil, cette théorie générale âejiirispi'udence, quoique fort courte, était si étendue, que la ^mbti du quiétiâme, alors agitée en Prahce, B*y trouvait fort ^turêtteiDent dès l'entrée, et la décision de lA. Leibniz (Ut confe^B à celle du pape.
Nous voici enfin arrivés à la partie de son hiérîte aut intéresse l^])ltt3 cette compagnie, Il était excellent philosophe et mathématicien. Tout ce que renferment ces deux mots, il l'était.
Quand il eut été reçu docteur en droit â AUorf, îl alla à Nurem- ^rgpour y voir des savants. Il appHt qu'il y avait dans cette Ville
Tili ÉLOGE DE M. LEIBNIZ, .
une société fort cachée de gens qui travaillaient en chimie, et cherchaient la pierre philosophale. Aussitôt le voilà possédé du désir de profiter de cette occasion pour devenir chimiste; mais la difficulté était d'être initié dans les mystères. Il prit des livres de chimie, en rassembla les expressions les plus obscures et qu'il entendait le moins, en composa une lettre inintelligible pour lui-même, l'adressa au directeur de la société secrète , demandant à y être admis sur les preuves qu'il donnait de son grand savoir. On ne douta point que l'auteur de la lettre ne fût un adepte, ou à peu près ; il fut reçu avec honneur dans le laboratoire, et prié d'y faire les fonctions de secrétaire. On lui offrit même une pension. Il s'instruisit beaucoup avec eux pendant qu'ils croyaient s'instruire avec lui; apparemment il leur donnait pour des connaissances acquises par un long travail, les vues que son génie naturel lui fournissait; et enfin il paraît hors de doute que, quand ils l'auraient reconnu, ils ne l'auraient pas chassé.
En 1670, M. Leibniz, âgé de vingt-quatre ans, se déclara publiquement philosophe dans un livre dont voici l'histoire.
Marins Nizolius de Bersello, dans l'état de Modène, publia, en i 553 , un traité de veris principiis et ver a ratione philoso" phandi contra pseudophilosophos. Les faux philosophes étaient tous les scolastiques passés et présents, et Nizolius s'élevait avec la dernière hardiesse contre leurs idées monstrueuses et leur langage barbare, jusque-là qu'il traitait saint Thomas lui-même de borgne entre des aveugles. La longue et constante admiration qu'on a eue pour Aristote , ne prouve , disait-il , que la multitude des sots et la durée de la sottise. La bile de l'auteur était encore animée par quelques contestations particulières avec des aristotéliciens.
Ce livre, qui, dans le temps où il parut, n'avait pas dû être indifférent, était tombé dans l'oubli , soit parce que l'Italie avait eu intérêt à l'étouffer, et qu'à l'égard des autres pays ce qu'il avait de vrai n'était que trop clair et trop prouvé ; soit parce qu'effectivement la dose des paroles ^ est beaucoup trop forte par rapport à celle des choses. M. Leibniz jugea à propos de le mettre au jour avec une préface et des notes.
La préface annonce un éditeur et un commentateur d'une espèce fort singulière. Nul respect aveugle pour son auteur ; nulles raisons forcées pour en relever le mérite ou pour en couvrir les défauts. Il le loue, mais seulement par la circonstance du temps où il a écrit, par le courage de son entreprise, par quelques vérités qu'il a aperçues, mais il y reconnaît de faux raisonnements et des vues imparfaites; il le blâme de ses excès et de ses emportements à l'égard d'Aristote, qui n'est pas coupable des rêveries de ses prétendus disciples, et même à I égard de saint Thomas, dont la gloire pouvait n'être pas si chère à un luthérien. Enfin il est aisé de s'apercevoir que le commentateur doit avoir un mérite fort indépendant de celui de l'auteur original.
le
PAR M . DEf FONTENELI4E. w
Il parait, aussi qn'il avait lu des philosophes sans nombre. L*histoire des pensées des hommes, certainement curieuse par le spectacle d'une variété infinie , est aussi quelquefois instructive. Elle peut donner de certaines idées détournées du chemin ordinaire , que le plus grand esprit n'aurait pas produites de son fonds ; elle fournit des matériaux de pensées; elle fait connaître les principaux écueils de la raison humaine, marque les routes les plus sures; et, ce qui est le plus considérable, elle apprend aux plus grands génies qu ils ont eu des pareils, et que leurs pareils se sont trompés. Un solitaire peut s'estimer davantage que ne fera celui qu| vit avec les autres et qui s'y compare.
M. Leibniz avait tiré ce fruit de sa grande lecture ; il en avait l'esprit plus exercé à recevoir toutes sortes d'idées , plus suscepy lible de toutes les formes , plus accessible à ce qui lui était nouveau , et même opposé , plus indulgent pour la faiblesse humaine , plus disposé aux interprétations favorables, et plus industrieux à les trouver. Il donna une preuve de ce caractère dans une lettre, de Aristotele recentioribus reconciliabili, qu'il imprima avec Nizolius. Là il ose parler avantageusement d'Aristote , quoique ce fût un& mode assez générale que de le décrier ,f et presqu'un titre d'esprit. Il va même jusqu'à dire qu'il approuve plus de choses dans ses ouvrages que dans ceux de Descartes. Ce n'est pas qu'il ne regardât la philosophie corpusculaire ou mécanique comme la seule légitime, mais on n'est pas cartésien pour cela ; et il prétendait que le véritable Aristote, et non pas celui des scolastiques , n'avait pas connu d'autre philosophie. Cest par là qu'il fait la réconciliation. Il ne le Justine que sur les principes généraux , res7 sence de la matière, le mouvement, etc. ; mais il ne touche point à tout le détail immense de la physique, sur quoi il semble que les modernes seraient bien généreux s'ils voulaient se mettre en communauté de biens avec Aristote.
Dans l'année qui suivit celle de l'édition du Nizolius, c'est-à-dire en 4771, âgé de ving-cinq ans, il publia deux petits traités de physique, Theoria motus ahstracii, dédié à l'Académie des sciences; et Theoria motus concreti , dédié à la société royale de Londres. Il semble qu'il ait craint de faire de la jalousie.
Le premier de ces traités est une théorie très-subtile et presque toute neuve du mouvement en général. Le second est une application du premier à tous les phénomènes. Tous deux ensemble font une physique générale complète. Il dit lui-même « qu'il croit » que son système réunit et concilie tpus les autres, supplée à leurs «imperfections, étend leurs bornes, éclaircit leurs obscurités, et » que les philosophes n'ont plus qu'à travailler de concert sur ces » principes, et à descendre dans des explications plus particulières, » qu'ils porteront dans le trésor d'une solide philosophie. » 11 est vrai que ses idées sont simples, étendues, vastes. Elles partent d^abord d'une grande universalité, qui en est comme le tronc, et
k ÉL43GË fiË ^, tmm.,
ettâuite se diviâênt, se subdivisent, et pour ainsi dire s^ ratniflent presc^u'â llnfini , avec un agrèmfeni inexprimable pouf resprit el qui aide à la persuasion t t'est ainsi que la nature pourrait avôSk* pensé.
Dans Ces deu^ ouvrages il admettait du vide , et regardait la matière ootnme une simple étendue absolument indifférente au mouvement et au repos; il a depuis changé de sentiment sur ces deux points. A Végard du dernier, il était venu â croire que pour découvrir l'essence <le la matière, il fallait aller au delà de l'étendue, et y concevoir une certaine forcé qui n'est plus une simple grandeur géométrique. C'est la fameuse et obscure eftléîéçhie d'Arisl<^e, dont les scolasttquès ont fait les formes substantielles, et toute substance a une force selon sa natufe. Celle de la matière est double, une tendattCe naturelle au mouvement, et une résistance au mouvement imprimé d*ailleurs. Un corps peut paraître en mpos , parce que l'effort qu'il fett çouf se mouvoir est réprimé oA contre-balancé par les corps environnants; mais il n'est Jamais réellement ou absolument eti repos, parce qu'il n'est jamais Sang cet efifort pour se mouvoir.
Descartes avait tu très-ingénieusement que, malgré lés chocs innombrables des corps et les distributions inégalés dé mouvement [ui se font sans cesse des uns aux autres, il devait y avoir au fond e tout cela quelque chose d'égal , de constafit , de perpétuel , et H a cru que c'était la quantité de mouvement dont la mesure est le produit de la masse par la vitesse. Au lieu de cette quantité de mouvement, M. Leibniz mettait la forïSe, dont la mesure est le produit de la masse par les hauteurs auxquelles cette forte peut élever un corps pesant : or ces hauteurs sout comme les carrés des vitesses. Sur ce principe. Il prétendait établir une nouvelle dynamique, ou science des forces ; et il soutenait que de celuiîde Descârtes s'ensuivait la possibilité du mouvement perpétuel artificiel, ou d'un effet plus gratid que sa cause, conséquence qui ne se peut digérer ni en mécanique, ni en métaphysique.
Il fut fort attaauê par les cartésiens, surtout par MM Tabbé Ca-« telan et Papin. Il répondit avec vigueur; cependant il ne paràU
})as que son sentiment ait prévalu; la matière est demeurée sans brce, du moins active, et l'entéléchte sdhs application et Sans usage. Si M. Leibniz ne Ta pas rétablie, il n'y a guère d'apparence qu'elle se relève jamais.
Il avait encore sur la physique générale une pensée particulière et contraire â celle de Descartes. Il croyait que les cause^ finales pouvaient quelquefois être employées : par exemple, que le rapport des sinus d'Incidence et de réfraction était coUstant, parce que Dieu voulait qu'un rayon qui doit se détourner, allât d'un point à un autre par deux chemins, qui, pris ensemble, lui fissent employer moins de temps que tous les autres chemins possibles, ce qui est plus conforme à la souveraine sagesse. La puis-
PAR M. DE FQNTi;]Kï;U4f:. V
s^nce de Dieu a fsut tQqt ce qui peut être ()e (iJus grimd, et m^ sa^ gesse tout ce qui peut être de mieux eu de meilleur ; Tunivers p^eat Que le résultat total, la combinaison perpétuelle, le mélange intime de ce plus g^raad et de ce meilleur, et on ne peut le connaître qu en connaissant les deux ensemble. Cette idée , qui est certainement grande et uoble, et digne de Tobjet, demanderait dans Tapplication une e^^tréme dextérité et des ménagements infinis. Ce qui ap*^ pariient à la siagesse ^u Créateur semble être encore plus aun Qç^us de notre foibie portée, que eç qui appartient, à sa puiss^ance,
Il ^rait inutile de dife que M. Leibniz était un nnathématicien dq premiçkT ordre ; c'est par l^ qu'il est le plus générs^lement connu. Son nom est à la tête des plus sublimes problèmes qui aient été résolus de nos Jouis, ut il est mêlé dans tout ce que la géométrie a^oderne a fait de plus grand, de plus difficile et de plus important, t^ actes 4? Leipzig, tes journaux 4es savants, nos (histoires sont pleine^ de lui en tant que géomètre. Il n'a publié aucun corps d'où* vrag^ de mathématiquo, mpis seulement quantité de niprç^u)^ détacbéa dont il aurait fait des livres s'il avait voulu, et dont Tes*, prit et les vues ont servi a beaucoup de livres. Il disait qu'il aiooail h voir croître dans les jardins 4*autrui des plantes dont il ayait fpurni les graines. Ces graines sont souvent plus à estimer que le^ plantes mêmes i r^rt dp décquvrir eq m^tbéniatique est plus pré-^ çieMx que 1^ plupart des choses qu'on décpuvre.
L*histoire du calcul différentiel^ ou des infiniment petits, sufigra pour faire voir quel ét^jt son génie. On sait que cette découverte porte nos connaissances jusque dans Tinfini, et presqu'au delà dei^ bornes pre^rites ^ Tesprit humain, du moins infiniment au delà de celles QU était renfermée Vancieiine géométrie. C'est une science toute, nouvelle, née de nos jour^, trè&rétendue, très-subtile ettrèsr sûre. En 1684, M. Leibniz donna dans les actes de Leipzig les règles dvt calcul différentiel ; mais il en cacha les démonstrations. Les illustrer frères Bernoulli les trouvèrent, quoique fort difiâciles à dé-: couvrir, et s'exercèrent dans ce calcul avec un succès surprenant.. Les solutions les plus élevées, les plus hardies et les plus inespérées^ naiisaient sous leurs pas, f.n i 687 parut Tadmirable livre de New-. ton, ^es Principes maihématiqim àe la philosophie naturelley qui était presque entièrement fondfé sur ce même calcul ; de sorte qne Ton crul communément que M. Leibniz et lui l'avaient trouvé cha-< cun de leur côté par la conformité de leurs grandes lumières.
Ce qui aidait encore à cette opinion , c'est qu'ils ne se rencontraient que sur le fond des choses; ils leurs donnaient des noms différents, et se servaient de différents caractères dans leur calcul. Ce que M. Newton appelait (Iw^ions, M* Leibniz rappelait différences; et le caractère par lequel M. Leibniz marquait Tinfiniment petit, était beaucoup plus commode et d'un plus grand usa^e que celui de Û* Newton- Aussi ce nouveau calcul ayant été aviofem^nt
iiii ÉLOGE DE M. LEIBNIZ,
reçu par toutes les nations savantes, les noms et les caractères de M.' Leibniz ont prévalu partout, hormis en Angleterre. Cela même faisait quelque effet en faveur de M. Leibniz, et eût accoutumé insensiblement les géomètres à le regarder comme seul ou principal inventeur.
Cependantces deux grands hommes, sans se rien disputer, jouissaient du glorieux spectacle des progrès qu'on leur devait; mais cette paix fut enfin troublée. En 1699 , M. Fatio ayant dit dans son écrit-sur la Ligne de la plus courte descente, quMl était obligé de reconnaître M. Newton pour le premier inventeur du calcul différentiel, et de plusieurs années le premier, et qu'il laissait à juger si M. Leibniz, second inventeur, avait pris quelque chose de lui ; cette distinction si nette de premier et de second inventeur, et ce soupçon qu'on insinuait, excitèrent une contestation entre M. Leibniz, soutenu des journalistes de Leipzig, et les géomètres anglais déclarés pour M. Newton, qui ne paraissait point sur la scène. Sa gloire était devenue celle de la nation, et ses partisans n'étaient que de bons citoyens qu'il n'avait pas besoin d'animer. Les écrits se sont succédé' lentement de part et d'autre, peut-être à cause de l'éloignement des lieux ; mais la contestation ne laissait pas de s'échauffer toujours; et enfin elle vint au point qu'en M^^ M. Leibniz se plaignit à la société royale de ce que M. Keill l'accusait d'avoir donné sous d'autres noms et d'autres caractères le calcul des fluxions inventé par M. Newton. Il soutenait que personne ne savait mieux que M. Newton qu'il ne lui avait rien dérobé, et il demandait que M. Kèill désavouât publiquement le mauvais sens que pouvaient avoir ses paroles.
La société établie juge du procès nomma des commissaires pour examiner toutes les anciennes lettres des savants mathématiciens que l'on pouvait retrouver, et qui regardaient . cette matière.* Il y en avait des deux partis. Après cet examen, les commissaires trouvèrent qu'il ne paraissait pas que M. Leibniz eût rien connu du calcul différentiel ou des infiniment petits , avant une lettre de M. Newton, écrite en 1672, qui lui avait été envoyée à Paris, et où la méthode dés fluxions était assez expliquée pour donner toutes les ouvertures nécessaires à un homme aussi intelligent; que même M. Newton avait inventé sa méthode avant 1669, et par conséquent quinze ans avant que M. Leibniz eût rien donné sur ce sujet dans les actes de Leipzig ; et de là ils concluaient que M. Keill n'avait nullement calomnié M. Leibniz.
La société a fait imprimer ce jugement avec toutes les pièces qui y appartenaient sous le titre de Commercium epistoUcum de analysi promota, 1712. On Ta distribué par toute l'Europe, et rien ne fait plus d'honneur au système des infiniment petits, que cette jalousie de s'en assurer la découverte, dont toute une nation si savatite est possédée; car, encore une fois, M. Newton n'a point paru, soit qu'il se soit reposé de sa gloire sur des compatriotes assez vifs, soit,
PAR M. D£ FONTKNËLLi!:. %hi
comme on le peut croire d'un aussi grand homme, qu'il soit supérieur à cette gloire même.
M. Leibniz ou ses amis n'ont pas pu avoir la même indifférence; il était accusé d'un vol , et tout le Commercium epistolicum , ou le dit nettement, ou l'insinue. Il est vrai que ce vol ne peut avoir été que très-subtil,: et qu'il ne faudrait pas d'autre preuve d'un grand génie que de l'avoir fait; mais enfin il vaut mieux ne l'avoir pas l'ait, et par rapport au génie, et par rapport aux mœurs.
Après que le jugement d'Angleterre fut public, il parut un écrit d'une seule feuille volante, du Ï9 juillet i7i 3 ; il est pour M. Leibniz, qui, étant alors à Vienne, ignorait ee qui se passait. Il est très-vif, et soutient hardiment que le calcul des fluxions n'a point précédé celui des différences, et insinue même qu'il pourrait en être né.
Le détail des preuves de part et d'autre serait trop long, et ne jwurrait même être entendu sans un commentaire infiniment plus long, qui entrerait dans la plus profonde géométrie.
M. Leibniz avait commencé à travailler à un Commercium mathematicum, qu'il devait opposer à celui d'Angleterre. Ainsi, quoique la société royale puisse avoir bien jugé sur les pièces qu'elle avait, elle ne les avait donc pas toutes; et jusqu'à ce qu'on ait vu celles de M. Leibniz, l'équité veut que l'on suspende son jugement.
En général, il faut des preuves d'une extrême évidence pour convaincre un homme tel que lui d'être plagiaire le moins du inonde; car c'est là toute la question. M. Newton est certainement inventeur, et sa gloire est en sûreté.
Les gens riches ne dérobent pas, et combien M. Leibniz l'était-il !
Il a blâmé Descartes de n'avoir fait honneur ni à Kepler de la cause de la pesanteur tirée des forces centrifuges, et de la découverte de l'égalité des angles d'incidence et de réflexion ; ni à Snellius du rapport constant- des sinus des angles d'incidence et de réfraction : « Petits artifices, dit-il, qui lui ont fait perdre beaucoup » de véritable gloire auprès de ceux qui s'y connaissent. » Aurait-il négligé cette gloire qu'il connaissait si bien? Il n'avait qu'à dire d'abord ce qu'il devait à M. Newton, il lui en restait encore une fort grande sur le fond du sujet, et il y gagnait de plus celle de l'aveu.
Ce que nous supposons qu'il eût fait dans cette occasion, il l'a fait dans une autre. L'un des MM. Bernoulli , ayant voulu conjecturer queUe était l'histoire de ses méditations mathématiques, il l'expose naïvement dans le mois de septembre 1 691 des actes de Leipzig. Il dit qu'il était encore entièrement neuf dans la profonde géométrie, étant à Paris en 4672, qu'il y connut l'illustre M. Huygens qui était, après Galilée et Descartes, celui à qui il devait le plus ftn ces matières; que la lecture de son livre de Horologio oscillalorio, jointe à celle des ouvrages de Pascal et de Grégoire de Saint-Vincent, lui ouvrit tout d'un coup l'esprit, et lui donna des vues qui l'étonnèrent lui-même et tous ceux qui savaient combien IL b
il était motm nmfr qM'aui^tôt il «Writ à IvA un gim^d nombre de théorèmes, qui n'étaient que des corollaire d'une métbo^d nou-it yelle, et dont il trouva depuis une partie dan% les ^MYragea de Grégory, de Barow et quelques autres; qu'enfin il avait pénétré jusqu'à des sources plus éloignées et plus fécondes, et avait aoumia à l'analyse ce qui ne l'avait jamais été. C'est aon calcul dent 4 parle. Pourquoi, dans cettç histoire qui paraît 91 aiucèFe et Sti exempte de vanité, n'aurait-il pas donné place à M. Newton? Heaâ plus naturel de croire que ce qu'il pouvait avoir vu de lui en Ifi^^, il ne l'avait pas entendu aussi finement qu'il en est accuaé, pui^ qu'il n'était pas encore grand géomètre.
Dans la théorie du mouvement abstrait, qu'il dédia à l'Aesidéinie, en 1 671 , et avant que d'avoir encore rien vu de M.. Newton, il pesa déjà des infiniments petits plus grands les uns que lei autres. L'est là une des clefs du système, et ce principe ne piouvait guère de-^n meurer stérile entre ses mains.
Quand le calcul de M. Leibniz parut en 1684, il ne fut pffldnt réclamé ; M. Newton ne le revendiqua point dans aon beatt livre qui parut en 1 687 ; il est vrai qu'il a la générosité de ne le feveor diquer pas non plus à présent ; mais ses amis, plus stéléa que lui pour ses intérêts, auraient pu agir en sa place comme ils agissent aujourd'hui. Dans tous les actes de Leipzig, M. Leihnisesten une possession paisible et non interrompue de l'invention du calcul diffé^ rentiel. Il y déclare même que MM. Bernoulli l'avaient si he«reu-s sèment cultivé, qu'il leur appartenait autant qu'à lui. C'est là nu Qcte de propiriétâ, et en quelgue aorte de souveraineté.
On ne sent aucune jalousie dans M. Leihnia* Il excite tout le monde à travailler; il se fait des concurrents, s'il le p^eul; il ne donne point de ces louanges basseoient circojaspectes qui craigiaent d'en trop dire ; il se p^aH au mérite d'autrui ; tout cela n'est fias d'un plagiaire. 1| n'a jamais été soupçonné de l'être en auouna occasion; il se serait donc démenti cette seule fois, et aurait imité le ^ros de Machiavel , qui est ea^actement vertueux jusqu'à ce qu% s'agisse d'une couronne. La beauté du système des infinimenla ptetits justifie cette comparaison.
Enfin il s'en est remis avec une grande confiance au témoignage de M. Newton, et au jugement de la société royale. L'aurait^ilosé?
Ce ne sont là que de simples présomptions, qui devront toi^ours oéder à <^ véritables preuves. Il n'appartient pas à un historien de décider, et encore moins à moi, Atticus se serait bien gardé do pdreadre parti entre ce César et ce Pompée^
}1 ne mut pas dissimuler ici une chose assez singulière. ^ M. Leibni? n'est pas de son côté, aussi bien que M. Newton, l'in*» venteur du système des inâniment petits, il s'en faut infinimeni peu. Il a eonnu cette infinité d'ordres infiniment petits, toujoui^ mfmiment plus petits les uns que (es autres, et cela dans la rigueur géonôétrique i et les plus grands géomètre, ont adopté cette
PAU n. DE FORTUOLLE. xv
idée dans toute cette rigueur. Il semble oependMt qu*H es tH en-* soite été effhiyé luinnème, et qu'il ait cru aue ces diflérentf ordres d'infiniments petits n'étaient que des grandeurs incomparabUê ^ à cause de leur extrême inégalité, comme le teniieoi un grain de sable et le gl(^ de la terre, la terre et la sphère qui comprend ks planètes* etc. Or» ce ne serait le qu'une grande inégalité, mais non pas infinie, telle quon rétablit dans ce systèn^. Aussi, oeut mêmes qui Font pris de lui n'en ont pas pris cet adoucissement qui gâterait tout. Un architecte a fait un bâtiment si hardi qu'il n'ose lui-même y loger, et il se trouve des gens qui se fient plus que hii à sa solidité, qui y logent sans crainte, et, qui plus est, sans acci*dent. Mais p^t-éire l'adoucissement n'étaitnl qu'une condescen^ daooe pour ceux dont l'imagination se serait révoltée. S'il faut tempérer la vérité en géométrie, que sara*oo en d'autres matières I
Il avait entrepris un grand ouvrage, dé la ScMfioe de rinfinù C'était toute la plus sublime géoméme, le calcul intégral joint au différentiel. AppSsiremment il y fiiait ses idées sur la nature de l'iofini et sur ses différeftts ordres; mais (|uand même il serait possible qu'il n'eût pas pris le meilleur parti bien détorminémenti oa eût préféré les lumières qu'on tenait de lui à son autorité. C'est une perte oon«idérable pour les mathématiques que cet ouvrage a'ait pas été fini. Il est vrai que le plus difficile parait féit; il a ouvert les grandes routes, mais il pouvait encore ou y servir de suide Ou en ouvrir de nouvelles*
De cette hftute théorie il descendait souvent à la pratique, où BOQ amour pour le bien public le ramenait^ Il avait songé à rendre les voitures et les carrosses plus légers et plus commodes; et de là Ufi docteur, qui se prenait à lui de n'avoir pas eu une pension du duc d'Hanovr«) prit occasion de lui imputer, dans un écrit public, qu'il avait eu dessein de construire un chariot qui aurait fait en vingHiuatre heures le voyage de Hanovre à Amsterdam : plaisanterie malenteodue, puisqu'elle ne peut tourner qu'à ta ^oire de oelui qu'on attaque , pourvu qu'il ne soit pas absolument insensé.
n avait propose un moulin a vent pour épuiser l'eau des mines te plus profondes, tt avait beauooup travaillé à cette machine ; loab les ouvriers eurent leurs raisons pour en traverser le succès par toutes sortes d'artifices. Ils furent plus habiles que lui et l'em-^ portèrent.
On doit mettre au rang des inventions plus curieuses qu'utiles <ine machine arithmétique différente de celle de M. Pascal , à la^ Quelle il a travaillé toute sa vie à diverses reprises. Il ne l'a en* aèreiûent achevée que peu de temps avant sa mort, et il y a extré- ■aooient dépensé.
Il était métaphysicien, et c'était une chose presque impossible qu'il ne le fût pas : il avait l'esprit trop universel. Je n'entends pas Mulement universel, parce qu il allait à tout, mais encore parce <iu'il saisissait dans tous les principes les plus élevés et lei^ plus
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généraux ce qui est le caractère de la métaphysique. Il avait projeté d*en fairèjune toute nouvelle, et il en a répandu çà et là différents morceaux, selon sa coutume. .
Ses grands principes étaient que rien n'existe ou ne se fait sans une raison suffisante ; que les changements ne se font point brusquement et par sauts, mais par degrés et par nuances, comnie dans des suites de nombres ou dans des courbes ; que dans tout Tunivers, comme nous l'avons déjà dit, un meilleur est mêlé partout avec un plus grand , ou , ce qui revient au même , les lois de convenance avec les lois nécessaires ou géométriques. Ces principes si nobles et si spécieux ne sont pas aisés à appliquer ; car dès qu'on est hors du nécessaire rigoureux et absolu, qui n'est pas bien commun en métaphysique, le suffisant, le convenable, un degré ou un saut, tout cela pourrait bien être un peu arbitraire ; et il faut prendre garde que ce ne soit le besoin du système qui décide.
Sa manière d'expliquer l'union de Tàme et du corps par une harmonie préétablie a été quelque chose d'imprévu et d'inespéré sur une matière où la philosophie semblait avoir fait ses derniers efforts. Les philosophes, aussi bien que le peuple, avaient cru que l'âme et le corps agissaient réellement et physiquement l'un sur l'autre. Descartes vint, qui prouva que leur nature ne permettait point cette sorte de communication véritable, et qu'ils n'en pouvaient avoir qu'une apparente dont Dieu était le médiateur. On croyait qu'il n y avait que ces deux systèmes possibles; M. Leibniz en imagina un troisième. Une âme doit avoir par elle-même une certaine suite de pensées, de désirs, de volontés. Un corps, qui n'est qu'une machine, doit avoir par lui-même une certaine suite de mouvements qui seront déterminés par la combinaison de sa disposition machinale avec les impressions des corps extérieurs. S'il se trouve une âme et un corps tels que toute la suite des vo^ lontés de Tâine, d'une part, et, de l'autre, toute la suite des mouvements du corps se répondent exactement; et que dans l'instant, par exemple, que l'âme voudra aller dans un lieu, les deux pieds du corps se meuvent machinalement de ce côté-là, cette âme et ce corps auront un rapport, non par une action réelle de l'un sur l'autre, mais par la correspondance perpétuelle des actions séparées de l'un et de Tautre. Dieu aura mis ensemble l'âme et le corps qui avaient entre eux cette correspondance antérieure à leur union, cette harmonie préétablie. Et il en faut dire autant de tout ce qu'il y aura jamais eu et de tout ce qu'il y aura jamais d'âmes et de corps unis.
Ce système donne une merveilleuse idée de l'intelligence infinie du Créateur ; mais peut-être cela même le rend-il trop sublime pour nous. Il a toujours pleinement contenté son auteur; cependant il n'a pas fait jusqu'ici, et il ne paraît pas devoir faire la même fortune que celui de Descartes. Si tous les deux succombaient aux objections, il faudrait, ce qui serait bien pénible pour les philoso-
PAR M. DE FOOTENELLE. XTip
fbes, qu'ils renonçassent à se tourmenter davantage sur l'union de âme et du corps. M. Descaries et M. Leibniz les justifieraient de n'en plus chercher le secret.
M. Leibniz avait encore sur la métaphysique beaucoup d'autres pensées particulières. Il croyait , par exemple , qu'il y a partout des substances simples, qu'il appelait monades ou unités, qui sont les vies, les âmes, les esprits qui peuvent dire moi; qui , selon le lieu ou elles sont, reçoivent des impressions de tout l'univers, mais confuses à cause de leur multitude; ou. qui, pour employer à peu près ses propres termes, sont des miroirs sur lesquels tout l'univers rayonne selon qu'ils lui sont exposés. Par là il expliquait les perceptions. Une monade est d'autant plus parfaite qu'elle a des perceptions plus distinctes. Les monades qui sont des âmes humaines ne sont pas seulement des miroirs de l'univers des créatures, mais des miroirs ou images de Dieu même; et comme en vertu de la raison et des vérités éternelles elles entrent en une espèce de société avec lui , elles deviennent membres de la cité de Dieu. Mais c'est faire tort à ces sortes d'idées, que d'en détacher quelquesunes de tout le système, et d'en rompre le précieux enchaînement, qui les éclaircit et les fortifie. Ainsi nous n'en dirons pas davantage ; et peut-être ce peu que nous avons dit est-il de trop, parce qu'il n'est pas le tout.
On trouvera un assez grand détail de la métaphysique de Leibniz dans un livre imprimé à Londres en 1747. C'est une dispute commencée en 1715, entre lui et le fameux M. Clarke, et qui n'a été terminée que par la mort de M. Leibniz. Il s'agit entre eux de l'espace et du temps, du vide et des atomes, du naturel et du surnaturel, de la liberté, etc. Car, heureusement pour le public, la contestation en s'échaufîant venait toujours à embrasser plus de terrain. Les deux savants adversaires devenaient plus forts à proportion l'un de l'autre; et les spectateurs qu'on accuse d'être cruels , seront fort excusables de regretter que ce combat soit sitôt fini ; on eût vu le bout des matières, ou qu'elles n'ont point de bout.
Enfin, pour terminer le détail des qualités acquises de M. Leibniz, il était théologien, non pas seulement en tant que philosophe ou métaphysicien, mais théoloo;ien dans le sens étroit; il entendait les différentes parties de la théologie chrétienne , que les simples philosophes ignorent communément à fond : il avait beaucoup lu et les Pères et les scolastiques.
En 1 671 , année où il donna les deux théories du mouvement abstrait et concret, il répondit aussi à un savant socinien, petit-fils de Socin, nommé Wissowatius, qui avait employé contre la Trinité la dialectique subtile dont cette secte se pique , et qu'il avait apprise presque avec la langue de sa nourrice. M. Leibniz fit voir, dans un écrit intitulé : Sacrosancta Trinitas per nova inventa logica defema, que la logique ordinaire a de grandes défectuosités; qu'en la suivant, ^n adversaire pouvait avoir eu quelques avan-
\irHi ttobte toE É. i%iimt\
tàgefe; ïttàis que si on là réfonWaît, il îes perdâît touè; 'et que, bat' (îonséqitent, la vérilaWe logique était îavorabte à !è foi ^ orthodoxes.
On était si persuadé de sa capacité en théologie, que comme on avait proposé vers le commencement de ce siècle Un mariage etllrt ïin grand prince catholique et une princesse luthérienne, il fui dp^ pelé aux conférences qui se tinrent sur les moyens de se concîUel* à l'égard de la religion. 11 n'en résulta rien, sinon que M. LeibiiÎ2 admira la fermeté de la princesse.
Le savant évêque de Salisbury, M. Burnet, ayant eu sur la tèiinion de l'église anglicane avec la luthérienne des vues qui avaiéht été fort goûtées par des théologiens de la confession d'Augsbotirg, to. Leibniz fit voir que cet évêque, tout habile qu'il était, n'avait bas tout à fait bien pris le nœud de celle controverse ; et Ton pré^ tend que l'évèque en convint. Où sait assez qu'il s'agit là deâ defnières finesses de l'art, et qu'il faut être véritablement théologiétt, Irtême pour s'y méprendre.
Il panit ici, en 1692, un livre intitulé : De la idîérance desfeliyîom, M. Leibniz la soutenait contre feu M. Polisson, devenu ëvé|é siiccès théologien et controversiste. Ilâ disputaient par lettre^, et avec une politesse exemplaire. Le caractère naturel de M. Leibhiz le portait à cette tolérance, que les esprits ûou% souhaitetaiétlt id'établir, mais dont après cela ils auraient aê^ez de peine à itlar- ^er les bornes et à prévenir les mauvais effets. Malgré la grande estime qu'on avait pour lui , on imprima tous ses raisonnemettlî avec privilège, tant on se fiait aux réponses de M. Pelisson.
Le plus grand ouvrage dé M. Leibniz, qui se rapporte à là théo^ ïogie, est sa Théodicée, imprimée étt 1710. On connaît assez leê difficultés que M. Baylé avait proposées sur l'origine du mâl^Sou jîhysique, soit moral ; M. Leibniz, qui craignit l'impression qti ellw pouvaient faire sur quantité d'esprits, entreprit d'y répondre.
tl commence par mettre dans le ciel M. Bajde qui était mort, telui dont il voulait déttuire les dangereux raisonnements. Il la» applique ces vers^ de Vii^gilè :
tandidUB iMtteti mimtiit liMén Ôlyb^^i
6ub pedibusque videl nUbes éX ftidera Daphnie*
Il dit qiiè M. bàyie vdll présentement lé vrdî dans âa soui^ë ; chanté rare parmi les théologiens , â qui II est fort familier flfe dëinhèf retira adversaire^.
Voici le grds du syslêmê. Died voit une infinité de morideâ ou tînivers possibles, qui toué prétendent à l'existence. Celdi en qu» là combihaisdii du bien hiéta physique, physique et ihOral, avec lès maux opposéâ, lait Uii meilleur, Semblable aux ^ms granas géométriques, feât p^érê^é; de là le ttial quelcohque, permis et non pas Vbiilu. Dahft cet iitiivehâ diil à mérité In préférence, sont comprises leé doUleU^S et féâ hiàdV^fgëè actiohë des hdiiinles, mais
PAft â, riE ifOOTEAÊLtÈ. Xi<
ainà tè ntbîâdtis hdttibté, et avec les dttiteâ les plds àvàHMgeuse»
OeM ^ f6A\ ëiYeôrë Wie^t Sentir ^r anè Idée |)hilbdbt)1ltd(ië , Aéoloffidué et poétlquô tout ensemble. Il V a un dialdéUe dé Laurent Vëua, où cet auteur {\3int que SéxtUs, fllà dé Tart]uln-leftjpértjë, va consulter Apollon, â Delphfes, sur sa destinée. ApolloH hil ptédil tqtl'il viôlierà Lucrète.
Sextus se plaint de la prédietibh. Apditon répbnd (jUë ee tt'ësl
ÈUrs M fhUte, bti'U h'ëst que le devin, que Jupitéh ^ tout i*ég1é , t t}iÉ« €m. g fdi 4u'il fâdt Se plaindre. Là finit le dialogue, dfl Ton voit que Valla sauve la prescience de Diéil ëlit dépens de H bdhtéi ttiàis bè ta^eUt paâ là ebmtilë M. Leibniz t'ëhtend: il continue, ^on ^1^ systèhié, la flclion de Valla. Sexibs va â tbdone se plèihdHB à Jupiter du brime âUquet il est destitié. Jiipitër liji répond qu'il n'é dù'â ne pditit éllëf à ttdmfe; mais Séxtbâ dédatiô fieitettt^t qU'U hé petit fënottcer â l'eSpéraHeé d'être bi; et ô*feh vài Aprtèd âdh dépaH , le &;i%(ld-brêtMé Théoddre dëmailde à Jupiter ^dt^él il WA pâ« ddhhé iihë adti^ë vdlohté à ^jttuS. JdpitUr en- ^ié Tbébddhë â Athêtle* consUliéh Minerve. Elle Idi hiohtre le palais des destinées, où sont les tablëâdt de tdtis Ibs unlvëi^ |k)S^ ilblëô-, debdife té èih hi%^\ïàû rheineui: Théoddre Vdlt dèmS le Ôlëilléut lé cHmë êd Sèktiig, d'dû naît là liberté dé Itdmé, dd gbd* tiëi*néKlënl ilècodd ed vëi*lti , bn ëttijpli^ utile à une grande partie du Retire humain, etc. Thébddrë h'a plus rieri â dire. .
Lé ThêOdicéé Sëblé suffirait poul* repi^ésëiltér M. Leibniz : une iiii^ulre idâthënsé , des ahëcdotëâ cdriéuseS Sdt* les livres dû léâ iJëi^ttnés . bfedlifcddb d'étjuitè et Mthé de faveur pour tous les abtebl^ dtéâ, ffit^cè ëh leS bdnibattdnlt, deS vdês Sîiblinies ël Ib^ minëUSëll ; déS raiâonheiiiëtits dd fond des^iiëls bti settt tbujdiifé l'ëftprit Éêddiêtridue, ufi stVlë où Id forée dominé^ et 6ù fcëpéndant Ibht àAm les ëghébiëdt^s d'IlHé intdginailôh fledfëdsé.
mm devrions pi^ésëhtéhient dvdi^ éplii^ê M; Lëibdij^ , il de Test pourtant pas encore : non parce que nous avbns passé Ètin^ silëhûë tf^ès^-grâbd dbmbiiç dé èhbSê^ pàHicUlièrèS , tjdi ddraient bëdi-être
gdrmë y avaient ihàvaillé: tnais dès le lëid[is qu'il était en Angleterre , il avait dit â MM. Bbyle et d'Oldenbourg ; qu'il de croyait pas q[ue ces grands hommes eussent encore frappé au but. Ils podvaiéttt bien faire (Jdê des natiôiis qui ne s*ëdtënddieht pas eussent ftisêmënt dbttimërce; mais ils n'avaierit pâ8 dlti-apé les véritable! tMi^ctèréë réeli, qui étaient rinStrbmëht le plus flh dont l'esprit hllthàin Se pût Servit^, et c^di devdiedt éiirêmemént faciliter et le fal^nriemént et la hiémoîre, ël l'inverition d^ choses. Ils dei^aiëHt ressembler^ autant (jli'il était pbssiblé, aux caractèrB$ d'dlgèbre, qui en effet sont très-simples et très-exprëssift, (|di ri'oht