‹ Œuvres de LeibnizChapitre 28 sur 47 · II · texte numérisé non relu

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cartise de sa résistance , soit à cause des circonstances, l'effet qu'elle obtient dans un autre. Et je ne vois pas comment on pourrait prouver , ou par la raison , ou par ia révélation , que la grâce victorieuse est si puissante qu'elle devait vaincre toutes les résistances, et surmonter tous les empêchements. Il n'est pas du sage de dépenser inutilement plus de force qu'il ne faut.

i29. Je ne le nie pourtant pas, il peut arriver quelquefois que Dieu use de cette grâce triomphante contre les plus grands obstacles , et en dépit de l'obstination la plus opiniâtre; je ne veux pas qu'on doive désespérer jamais de qui que ce soit ; mais il n'en faut pas faire une règle.

430. C'est une erreur beaucoup plus grave que d'attribuer aux seuls élus , la grâce , la loi , la justification , la régénération ; comme si , contre l'expérience , tous étaient des acteurs passagers qui ne doivent recevoir de secours spirituel ni du baptême , ni de l'eucharistie, et plus généralement ni du Verbe ni des sacrements; ou bien , comme si aucun élu, vraiment justifié une fois, ne pouvait retomber dans le crime ou dans le péché délibéré , ou , ainsi que d'autres l'aiment mieux , comme si au miheu des forfaits l'éhi ne perdait jamais la grâce qui Ta régénéré. Ces mêmes hommes ont coutume d'exiger des fidèles la croyance la plus ferme en la foi finale, et dès-lors, ou ils nient que cette croyance soit commandée aux réprouvés, ou ils leur ordonnent de croire ce qui est faux.

431. Mais, entendue plus à la rijgueur, celte doctrine ari)itraire, destituée de tout fondement , tout à fait étrangère au sentiment de l'ancienne Eglise et de saint Augustin lui-même, pourrait exercer sur la pratique urte Influence fâcheuse , inspirant même eu méchant une téméraire assurance en son saluC futur , ou au bon et à l'homme pieux un doute plein d'inquiétude sur sa réception en grâce , exposant celui-ci au danger du désespoir, et celui-là de la sécurité. C'est pourquoi, après le de^Krtisrae, cette doctrine du particularisme est celle que j'aurais le pkss à oœur de dissuader.

492. Mais il arrive heureusement que la plupart tempèrent la rigueur de cette étrange et paradoxale nouveauté , H que les défenseurs restants d'une si glissante doctrine s'arrêtent à la pure théorie, et ne se laissent pas aller dans la pratique à ses mauvaises conséquences , puisque, pleins d'une piété intérieure et digne d'im meilleur dogme , ils travaillent à leur salut avec une crainte toute filiale et une confiance pleine d'amour.

433. Nous pouvons être certains de la foi, de la grâce et de notre justification présente par la c^onscience de ce qui se passe en nous ; nous avons bon espoir de «otre perséviéranee dans l'avenir, mais cet

LÀ CkVfm DK DIEU, etc. 3*7

espoir fte mélûiige d'inquiétude, et, comme le recommande Tapôtre, celui qui g'arrête doit prendre garde qu'il ne tombe ; mars nous relâcher du zèle de la piété dans la persuasion de notre élection^ ou nous confier dans un repentir futur^ c'est ce que nou» ne devons jamais faire*

494. Nous en avons dit assez sur la misanthropie qu'on impute à Dieu ; montrons maintenant qu'on ne peut pas plus joste^ ment lui reprocher le prétendu caprice de son élection , comme si elle n'était déterminée par rien. Le fondement de l'élection est Jésus-Christ ; et s'il y en a qui participent moins que d'autres à Jésus-Christ, la cause en est dans leur méchanceté finale que Dieu, en les réprouvant, a prévue*

435. On demande encore ici pourquoi des secours sont inégalement répartis, ou les secours internes, ou au moins les secours exté^ rieurs, puisque dans l'un ils triomphent de la méchanceté et dans l'autre y succombent. Sur ce point, \eë sentiments sont partagés : les un» veulent que Dieu ait plus aidé les moins n^échants ou ceux qui devaient moins résister ; les autres qu'une assistance égale ait eu plus d'eCBcace auprès de ceux-ci; d'autres, au contraire, ne veulent pas que le» lK>mmes se distinguent en quelque sorte aux yeux de Dieu par la prérogative d'une nature meilleure, ou sinon, moins mauvaise.

436. Certes, il n'est pas douteux qu'auprès du sage la considération des qualités de l'objet n'entre dans les raisons de l'élection. Pourtant la prévalence nrônie de l'objet, prise absdument, ne fait pas toujours la raison du choix ; souvent on regarde plus à la convenance pour une certaine fin , dans une hypothèse donnée.

437. Ainsi il se peut que, dans une construction ou dans un ornement, on ne choisisse pas toujours la pierre la plus précieuse, mais celle qui remplit le mieux la place vide.

438* Le plus sûr est de décider que tous les hommes étant morts spirituellement, sont tous également mauvais, mais non 9emblablement. Ainsi, ils différeront dans leurs inclinations dépravées, et il arrivera que ceux-là seront préférés, qui, par l'enchaînement des choses , se trouvent dans les plus favorables circonstances, c'est-à-dire dans des circonstances telle» qu'ils y ont trouvé moins d'occasions de montrer leur dépravation propre et plus d'occasions de recevoir la grâce.

439. C'est pourquoi nos théologiens, se conformant à l'expérience, ont reconnu entre les hommes une notable différence, même quand la grâce intérieure serait égale, dans les secours extérieurs pour le salut, et dans la disposition des circon.-lances

extérieures qui nous modifient; et ils ont recours à la profondeur de saint Paul : puisqu'en. effet la condition de la naissance, de l'éducation, de la société, du genre de vie et le hasard des événements pervertissent ou corrigent souvent les hommes.

4 40. Ainsi donc, excepté le Christ et la persévérance finale prévue avec laquelle nous nous attachons à lui , aucun fondement de l'élection ou du don de la foi ne nous est révélé ; aucune règle ne doit être établie dont l'application nous soit connue , et au nom de laquelle les hommes puissent ou se féliciter eux-mêmes, ou insulter aux autres.

4 41. Car quelquefois Dieu surmonte une méchanceté rare et une résistance obstinée pour que personne ne désespère de sa miséricorde, ce que saint Paul raconte de lui-même; quelquefois le juste tombe au milieu de la carrière, pour que personne ne se fie trop à soi ; la plupart du temps, cependant, ceux qui montrent une dépravation moins rel>elle, et un plus grand amour du bien et du vrai, ressentent plus fortement l'effet de la grâce divine, afin que personne ne s'avise de croire que la conduite des hommes ne fait rien à leur salut.

44^. Mais il y a une profondeur dans les trésors de la sagesse divine, ou dans le Dieu impénétrable ou ce qui revient au même^ dans cette harmonie universelle des choses , qui est telle que ce plan de l'univers^ où sont compris les événements que nous admirons, les jugements que nous adorons, doit être jugé par tous le meilleur et celui que Dieu devait préférer.

4 43. Le théâtre du monde matériel nous dévoile de plus en plus en cette vie, à la lumière même de la nature, la beauté de sa construction, depuis que les systèmes du macrocosme et du microcosme ont commencé, par les inventions des modernes, à se découvrir.

4 44. Mais la plus magnifique partie des choses, la cité de Dieu, offre un spectacle dont un jour nous serons enfin admis à connaître et à contempler de plus près la beauté , éclairés par la lumière de la gloire divine; car ici-bas on ne peut l'atteindre que par les yeux de la foi, c'est-à-dire par une très-ferme confiance dans la perfection divine; et, plus nous comprenons que c'est non-seulement la puissance et la sagesse de l'Ètre-Suprême mais aussi sa bonté qui agit, plus nous nous échauffons de l'amour de Dieu, plus nous nous enflammons à imiter quelque peu sa divine bonté et sa parfaile justice.

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