TROISIÈME ÉCRIT DE M. LEIBNIZ
Ou Réponse à la seconde réplique de M. Clarke.
\ . Selon la manière de parler ordinaire, les principes maihématiques sont ceux qui consistent dans les mathématiques pures, comme nombre, arithmétique, géométrie. Mais les principes métaphysiques regardent des notions plus générales, comme la cause et Peffet.
2. On m'accorde ce principe important, que rien n'arrive sans qu'il y ait une raison suffisante pourquoi il en soit plutôt ainsi qu'autrement. Mais on me l'accorde en paroles, et on me le refuse en effet ; ce qui fait voir qu'on n'en a pas bien compris toute la force. Et pour cela on se sert d'une de mes démonstrations contre Vespace réel absolu^ idole de quelques anglais modernes. Je dis idole, non pas dans un sens théologique, mais philosophique; comme le chancelier Bacon disait autrefois , qu'il y a idola tribus , idola specûs.
3. Ces messieurs soutiennent donc que l'espace est un être réel absolu ; mais cela les mène à de grandes difficultés. Car il paraît que cet être doit être éternel et infini. C'est pourquoi il y en a qui ont cru que c'était Dieu lui-même, ou bien son attribut, son immensité. Mais comme il a des parties, ce n'est pas une chose qui puisse convenir à Dieu.
4. Pour moi, j'ai remarqué plus d'une fois que je tenais l'espace pour quelque chose de purement relatif, comme le temps ; pour un ordre des coexistences, cx)mme le temps est un ordre des successions. Car l'espace marque en termes de possibilité, un ordre des choses qui existent en même temps aulant qu'elles existent ensemble; sans entrer dans leurs manières d'exister. Et lorsqu'on voit plusieurs choses ensemble , on s'aperçoit de cet ordre des choses entre elles.
5. Pour réfuter l'imagination de ceux qui prennent l'espace pour une substance, ou du moins pour quelque être absolu, j'ai plusieurs démonstrations ; mais je ne veux me servir à présent que de celle dont on me fournit ici l'occasion. Je dis donc, que si l'espace était un être absolu, il arriverait quelque chose dont il serait impossible qu'il y eût une raison suffisante, ce qui est encore notre axiome. Voici comment je le prouve. L'espace est quelque chose d'uniforme
absolument ; et sans les choses y placées, un point de l'espace ne diffère absolument en rien d'un autre point de l'espace. Or il suit de cela, supposé que l'espace soit quelque chose en lui même outre l'ordre des corps entre eux, qu'il est impossible qu'il y ait une raison pourquoi Dieu, gardant les mêmes situations des corps entre eux, ait placé les corps dans l'espace ainsi et non pas autrement ; et pourquoi tout n'a pas été pris à rebours, par exemple, par un échange de l'orient et de l'occident. Mais si l'espace n'est autre chose que cet ordre ou rapport, et n'est rien du tout sans les corps, que la possibilité d'en mettre; ces deux états, l'un tel qu'il est, l'autre supposé à rebours, ne différeraient point enlre eux. Leur différence ne se trouve donc, que dans notre supposition chimérique de la réalité de l'espace en lui-môme. Mais dans la vérité, l'un serait justement la même chose que l'autre , comme ils sont absolument indiscernables; et par conséquent il n'y a pas lieu de demander la raison de la préférence de l'un à l'autre.
6. Il en est de même du temps. Supposé que quelqu'un demande pourquoi Dieu n'a pas tout créé un an plus tôt; et que ce même personnage veuille inférer de là , que Dieu a fait quelque chose dont il n'est pas possible qu'il y ait une raison pourquoi il l'a faite ainsi plutôt qu'autrement : on lui répondrait que son illation serait vraie, si le temps était quelque chose hors des choses temporelles ; car il serait impossible qu'il y eût des raisons pourquoi les choses eussent été appliquées plutôt à do tels instants qu'à d'autres, leur succession demeurant la môme. Mais cela même prouve que les instants hors des choses ne sont rien , et qu'ils ne consistent que dans leur ordre successif; lequel demeurant le même, l'un des deux états, comme celui de l'anticipation imaginée, ne différerait en rien, et ne saurait être discerné de l'autre qui est maintenant.
7. On voit par tout ce que je viens de dire, que mon axiome n'a pas été bien pris ; et qu'en semblant l'accorder on le refuse. Il est vrai, dit~on, qu'il n'y a rien sans une raison suffisante pourquoi il est, et pourquoi il est ainsi plutôt qu'autrement : mais on ajoute, que cette raison suffisante est souvent la simple volonté de Dieu ; comme lorsqu'on demande pourquoi la matière n'a pas été placée autrement dans l'espace, les mêmes situations entre les corps demeurant gardées. Muif; (î'estjustoment soutenir que Dieu veut quelque chose, sans qu'il y ait aucune raison suffisante do sa volonté contre l'axiome, ou la règle générale de tout ce qui arrive. C'est retomber dans Vindifférence vague , que j'ai montrée chimérique absolument , même dans les créatures, et contraire à la sagesse de Dieu, comme s'il pouvait opérer sans agir par raison,
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8. On m'objecte qu'en n'admettant point cette simple volonté, ce serait ôter à Dieu le pouvoir de choisir, et tomber dans la fatalité. Mais c'est tout le contraire : on soutient en Dieu le pouvoir de choi*sir, puisqu'on le fonde sur la raison du choix conforme à sa sagesse. Et ce n'est pas cette fatalité, qui n'est autre chose que Tordre le plus sage de la Providence^ mais une fatalité ou nécessité brute •qu'il faut éviter, ou il n'y a ni sagesse, ni choix.
9. J'avais remarqué qu'en diminuant la quantité de la matière, on diminue la quantité des objets où Dieu peut exercer sa bonté. On me répond qu'au lieu de la matière, il y a d'autres choses daqs le vide, où il ne laisse pas de l'exercer. Soit; quoique je n'en demeure point d'accord , car je tiens que toute substance créée est accompagnée de matière. Mais soit, dis-je, je réponds que plus de matière était compatible avec ces mêmes choses ; et par conséquent, c'est toujours diminuer ledit objet. L'instance d'un plus grand nombre d'hommes ou d'animaux ne convient point; car ils ôteraient la place à d'autres choses.
40. Il sera difficile de nous faire accroire que dans l'usage ordinaire, sensorium ne signifie pas l'organe de la sensation. Voici les paroles de Budolphus Croclenius, dans son Dictionarium philoso^ phicum, verbû Smsitorium : Barbarum scholasticorum, dit-il , qui interdum sunt simiœ Grascorum. Jli dicunt Alff9>îT^ptov. Ex quo illi feçerunt sensitorium pro sensorio, id est^ organo sensationis,
4 4 . La simple présence d'une substance, même animée, ne suffît pas pour la perception. Un aveugle, et même un distrait ne voit point. Il faut expliquer comment l'âm'e s'aperçoit de ce qui est hors d'elle.
42. Dieu n'est psis présent aux choses par situation, mais par essence ; sa présence se manifeste par son opération immédiate. La présence de l'âme est d'une tout autre nature. Dire qu'elle est diffuse par le corps, c'est la rendre étendue et divisible ; dire qu'elle est tout entière en chaque partie de quelque corps , c'est la rendre divisible d'elle-même. L'attacher à un point, la répandre par plusieurs points, tout cela ne sont qu'expressions abusives , idola tribiis.
43. Si la force active se perdait dans l'univers par les lois naturelles que Dieu y a établies^ en sorte qu'il eût besoin d'une nouvelle impression pour restituer cette force, comme un ouvrier qui remédie à l'imperfection de sa machine; le désordre n'aurait pas seulement lieu à l'égard de nous, mais à l'égard de Dieu lui-pnème. Il pouvait le prévenir, et prendre mieux ses mesures pour éviter un tel inconvénient : aussi l\i-t-il fait en effet.
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U. Quand j'ai dit que Dieu a oppqsé à de tels désordres des remèdes par avance^ je ne dis point que Dieu laisse venir les désordres, et puis les remèdes ; mais qu'il a trouvé moyen par avance d'empêcher les désordres d'arriver.
45. On s'applique inutilement à critiquer mon expression, que Dieu est inteUigentia sufyramundana. Disant qu'il est au-dessus du monde, ce n'est pas nier qu'il est dans le monde.
46. Je n'ai jamais donné sujet de douter que la conservation de Dieu est une préservation et continuation actuelle des êtres, pou* voirs, ordres, dispositions et motions ; et je crois l'avoir peut-être mieux expliqué que beaucoup d'autres. Mais, dit-on, this is ail that Icontended for, c'est en cela que consiste toute la dispute. A cela je réponds, serviteur très-humble. Notre dispute consiste en bien d'autres choses. La question est : si Dieu n'agit pas le plus régulièrement , et le plus parfaitement ? si sa machine est capable de topnber dans des désordres, qu'il est obligé de redresser par des voies extraordinaires? si la volonté de Dieu est capable d'agir sans raison ? si l'espace est un être absolu ? sur la nature du miracle ; et quantité de questions semblables, qui font une grande séparation.
47. Les théologiens ne demeureront point d'accord de la thèse qu'on avance contre moi, qu'il n'y a point de différence par rapport à Dieu, entre le naturel et le surnaturel. La plupart des philo^ sophes l'approuveront encore moins. Il y a une différence infinie ; mais il parait bien qu'on ne Ta pas bien considérée. Le surnaturel surpasse toutes les forces des créatures. Il faut venir à un exemple: en voici un que j'ai souvent employé avec succès. Si Dieu voulait faire en sorte qu'un corps libre se promenât dans l'élher en rond, à l'entour d'un certain centre fixe, sans que quelqu'autre créature ^gît sur lui ; je dis que cela ne se pourrait que par miracle, n'étant pas explicable par les natures des corps. Car un corps libre s'écarte naturellement de la ligne courbe par la tangente. C'est ainsi que je soutiens qi^e l'attraction, proprement dite, des corps est une chose miraculeuse, ne pouvant pas être expliquée par leur nature.
TaPISIBME aéPLIQUB DB M. CtA^^KB-
4 . Ce que l'on dit ici ne regarde que la signification de certains mots. On peut admettre les définitions que l'on trouve ici ; mais cola n'empêchera pas qu'on ne puisse appliquer les raisonnements mathématique» à des sujets physiques et métaphysiques.
2. Il est Indubitable que rien n'existe, sans qu'il y ait uf\e raison
4ÎÎ8 LETTRES ENTRE LEFBNIZ ET CLARKE.
suffisante de son existence; et rien n'existe d'une certaine manière plutôt que d'une autre, sans qu'il y ait aussi une raison suffisante de. cette manière d'exister. Mais à l'égard des choses qui sont indifférentes en elles-mêmes, la simple volonté est une raison suffisante pour leur donner l'existence,, ou pour les faire exister d'une certaine manière, et celte volonté n'a pas besoin d'être déterminée par une cause étrangère. Voici des exemples de ce que je viens de dire. Lorsque Dieu a créé ou placé une particule de matière dans un lieu plutôt que dans un autre, quoique tous les lieux soient semblables, il n'en a eu aucune autre raison que sa volonté. Et, supposé que l'espace ne fût rien de réel, mais seulement un simple ordre des corps, la volonté de Dieu ne laisserait pas d'être la seule possible raison par laquelle trois particules égales auraient été placées ou rangées dans l'ordre A, B, C, plutôt que dans un ordre contraire. On ne saurait donc tirer de cette indifférence des lieux aucun argument qui prouve qu'il n'y a. point d'espace réel. Car les différents espaces sont réellement distincts l'un de l'autre , quoiqu'ils soient parfaitement semblables. D'ailleurs , si l'on suppose que l'espace n'est point réel et qu'il n'est simplement que l'ordre et l'arrangement des corps , il s'ensuivra une absurdité palpable. Car , selon cette idée , si la terre , le soleil et la lune avaient été placés où les étoiles fixes les plus éloignées se trouvent à présent, pourvu qu'ils eussent été placés dans le même ordre et à la n)ème distance l'un de l'autre, non-seulement c'eût été la même chose, comme le savant auteur le dit très-bien, mais il s'ensuivrait aussi que la terre, le soleil et la lune seraient en ce cas-là dans le même lieu où ils sont présentement, ce qui est une contradiction manifeste.
Les anciens n'ont point dit que tout espace destitué de corps était un espace imaginaire; ils n'ont donné ce nom qu'à l'espace qui est au delà du monde. Et ils n'ont pas voulu dire par là que cet espace n'est pas réel, mais seulement que nous ignorons entièrement quelles sortes de choses il y a dans cet espace. J'ajoute que les auteurs, qui ont quelquefois employé le mot d'imaginaire pour marquer que l'espace n'était pas réel, n'ont point prouvé ce qu'ils avançaient par le simple usage de ce terme.
3. L'espace n'est pas une substance, un être éternel et infini, mais une propriété ou une suite de l'existence d'un être infini et éternel. L'espace infini est l'immensité , mais l'immensité n'est pas Dieu ; donc l'espace infini n'est pas Dieu. Çje que l'on dit ici des partie.^ de l'espace n'est point une difficulté. L'espace infini est absolument et essentiellement indivisible, et c'est une contradiction dans les termes que de supposer qu'il soit divisé ; car il faudrait qu'il y où»
un espace entre les parties que Ton suppose divisées , ce qui est supposer que l'espace est divisé et non divisé en même temps. Quoique Dieu soit immense ou présent partout , sa substance n'en est pourtant pas plus divisée en parties que son existence Test par la durée. La difficulté que Ton fait ici vient uniquement de l'abus du mot de partie.
4. Si l'espace n'était que V ordre des choses qui coexistent, il s'ensuivrait que si Dieu faisait mouvoir le monde tout entier en ligne droite, quelque degré de vitesse qu'il eût, il ne laisserait pas d'être toujours dans le même lieu, et que rien ne recevrait aucun choc, quoique ce mouvement fût arrêté subitement. Et si le temps n'était qu'un ordre de succession dans les créatures, il s'ensuivrait que si Dieu avait créé le monde quelques millions d'années plus tôt, il n'aurait pourtant pas été créé plus tôt. De plus, l'espace et le temps sont des quantités , ce qu'on ne peut dire de la situation et de l'ordre.
5. On prétend ici que parce que l'espace est uniforme ou parfaitement semblable^et qu'aucune de ses parties ne diffère de l'autre, il s'ensuit que si les corps qui ont été créés dans un certain lieu avaient été créés dans un autre lieu, supposé qu'ils conservassent la même situation entre eux, ils ne laisseraient pas d'avoir été créés dans le même lieu. Mais c'est une contradiction manifeste. Il est vrai que l'uniformité de l'espace prouve que Dieu n'a pu avoir aucune raison externe pour créer les choses dans un lieu plutôt que dans un autre ; mais cela empêche-t-il que sa volonté n'ait été une raison suffisante pour agir en quelque lieu que ce soit , puisque tous les lieux sont indifférents ou semblables, et qu'il y a une "bonne raison pour agir en quelque lieu ?
6. Le même raisonnement dont je me suis servi dans la section précédente doit avoir lieu ici.
7 et 8. Lorsqu'il y a quelque différence dans la nature des choses, la considération de cette différence détermine toujours un agent intelligent et très-sage. Mais lorsque deux manières d'agir sont également bonnes, comme dans les cas dont on a parlé ci-dessus, dire que Dieu ne saurait agir du tout, et que ce n'est point une imperfection de ne pouvoir agir dans un tel cas, parce que Dieu ne peut avoir aucune raison externe pour agir d'une certaine manière plutôt que d'une autre, dire une telle chose, c'est insinuer que Dieu n'a pas en lui-même un principe d'action, et qu'il est toujours, pour ainsi dire, machinalement déterminé par les choses de dehors.
9. Je suppose que la quantité déterminée de matière qui est à présent dans le monde est la plus convenable à l'état présent des
choses, et qu'une plus grande aqssi )>jen qu'une {^us petjle quaiiUté (le matière aurait été moins convenable à Tétat présent jdu monde, et que par conséquent elle n*aurail pas été un plus grand objet die la bonté de Dieu .
40. Il ne s'agit pas de savoir ce qge Goclénius entend par le mot de sensorium; mais en quel sens M. le chevalier Newton s* est servi de ce mot dans son livre. Si Goclénius croit que l'œil, TorBille ou quelqu'aujtre organe des sens est le sensorium , il se trompe. Mais quand un auteur emploie un terme d'art et qu'il déclare en quel sens il s'en sert , à quoi bon rechercher de quelle manière d'autres écrivains ont entendu ce même terme? Scapula traduit le mot cent il s'agit ici domiciliumy c'est-à-dire le heu oii Tàme réside.
4 1 . L'âme d'un aveugle ne voit point parce que certaines obstructions empêchent les images d'être portées au semcyrium , où elle est présente. Nous ne savons pas comment Tàme d'un homme qui voit aperçoit les images auxquelles elle n'est pas présente, parce qu'un être ne saurait ni agir ni recevoir des impressions dans un lieu où il n'est pas.
42. Dieu étant partout, est actuellement présent à tout, essentiellement et substantiellement. Il est vrai que la présence de Dieu se manifeste par son opération ; mais cette opération serait impossible sans la présence actuelle de Dieu. L'âme n'est pas présente à chaque partie du corps; et par conséquent elle n'agit et ne saurait agir par elle-mépie sur toutes les parties du corps, mais seulement sur le cerveau ou sur certains nerfs, et sur les esprits qui agissent sur tout le corps , en vertu des Iqis du mouvement que Dieu a établies.
43 et 4 4. Quoique les forces actives qui sont dans l'univers diminuent, et qu'elles aient besom d'une nouvelle impression, ce n'est point un désordre ni une imperfection dans l'ouvrage de Dieu ; ce n'est qu'une suite de la nature des créatures, qui sont dans la dépendance. Cette dépendance n'est pas une chose qui ait besoin d'être rectifiée. L'exemple qu'on allègue d'un homme qui fait une machine n'a aucun rapport à la matière dont il s'agit ici , parce que les forces en vertu desquelles celte machine continue de se mouvoir sont tout à fait indépendantes de l'ouvrier.
45. On peut admettre les mots (ïlntelligentia supramundana , de la manière dont l'auteur les explique ici. Mais, sans cette explication, ils pourraient aisément faire naître une fausse idée, comme si Dieu n'était pas réellement et substantiellement présent partout.
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46. Je réportds aux questions que l'on propose ici. Que Dieu agit toujours de la manière la plus régulière et la plus parfaite ; qu'il n'y a aucun désordre dans son ouvrage; que les changements qu'il fait dans l'état présent de la nature ne sont pas plus extraordinaires que le soin qu'il a de conserver cet état ; t[ue lorsque les choses sont en elles-mêmes absolument égales et indifférentes, la volonté de Dieu peut se déterminer librement sur le choix, sans qu'aucune cause étrangère la fasse agir; et que le pouvoir que Dieu a d'agir de cette manière est une véritable perfection. Enfin , je réponds que l'espace ne dépend point de l'ordre ou de la situation , ou de l'existence des corps.
17. A l'égard des miracles, il ne s'agit pas de savoir ce que les théologiens on les philosophes disent communément sur cette matière, mais sur quelles raisons ils appuient leurs sentiments. Si uû miracle est toujours une action qui surpasse la puissance de toutes les créatures, il s'ensuivra que si un homme marche sur l'eau , ei si le mouvement du soleil ou de la terre est arrêté , ce ne sera point un miracle, puisque ces deux choses se peuvètit faire sans l'intervention d'une puissance infinie. Si un corps se meut autour d'un centre dans le vide , et si cé mouvement est une chose ordinaire comme celui des planètes autour du soleil , ce ne sera point on mirade , soit que Dieu lui-même produise ce mouvement immédiatement, ott qu'il soit produit par quelque créature. Mais si ce mouvement autour d'un centre est rare et extraordinaire, comme serait celui d'un corps pesant suspendu dans Tair , ce sera également un miracle, soit que Dieu même produise ce mouvement, ou qu'il soit produit par une créature invisible. Enfin , si tout Ce qui n'est pas l'effet des forces naturelles des corps , et qu'on ne saurait expliquer par ces forces, est un miracle, il s'ensuivra que tous les mouvements des animaux sont des miracles, ce qui semble prouver démonstrativement que le savant auteur a une fausse idée de la naftore dti miracle.