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47Q LETTRES fiNTHE LEIBIflX KT OLARKE.
102. On dit maintenant, que c'est une suite de Vinertie de ia matière; mais c'est ce qu'on ne prouvera pas non plus. Celte inertie, mise en avant, et nommée par Kepler, et répétée par Desçartes dans se» lettres , et que j'ai employée dans la Théodicée, pour donner une image et en môme temps un éobantilloa de l'iow perfection naturelle des créatures , fait seulement que les vitesaes sont diminuées quand les matières sont augmentées; omis c'est sans aucune diminutioa des forces.
Sur le § 10.
103. J'avais soutenu que la dépendance de la machine du monde d%n auteur divin, est plutôt cause que ce défaut n'y est point; que Touvrage n'a point besoin d'être redressé ; qu'il n'est point sujet à se détraquer ; et enfin, qu'il ne saurait diminuer en perfection. Je donne maintenant à deviner aux gens, comment on peut inférer contre moi, comme on fuit ici, qu'il faut, si cela est, que le monde matériel soit infini et éternel , sans aucun commencement; et que Dieu doit toujours avoir créé autant d'hommes et d'autres espèces qu'il est possible d'en créer.
Sur le 8 il.
404. Je ne dis point que l'espace est un ordre on une situation qui rend les choses situables; ce serait paHer ^limatias. On n'a ^'à considérer mes propres paroles, et les joindre à ce que je viene de dire ci«"des8U3, numéro 47, pour montrer comment Fe^it vient à se former l'idée de Tespace , sans qu'il faille qu'il y ait un être réel et absolu qui y réponde, hors de l'esprit et hors des rapporta^ Je ne dis donc point que l'espace est un ordre ou une situation, mais un ordre des situations, ou selon lequel les situations sont rangées, et que l'espace abstrait est cet ordre des situations conçues comme possibles. Ainsi c'est quelque chose d'idéal. Mais il semble qu'on ne me veut point entendre. J'ai répondu déjà ici, numéro 54, à l'objection qui prétend qu'un ordre n'est point capable de quantité.
405. On objecte ici que le temps ne saurait être un ordre des ehoses successives , parce que la quantité du temps peut devenir plus grande ou plus petite, Tordre des successions demeurant le même. Je réponds que cela n'est point : car si le temps est plus grand, il y aura plus d'états successifs pareils interposés; et s'il est plus petit, Il y en aura moins, puisqu'il n'y a point de \iàe ni de condensation ou de pénétration, pour ainsi dire, dans les temps, non plus que dans les lieux.
laETTRES ENTRE LEIBIOE ET CLARKB. 471
406. Je soutiens que sans les créatures , l'immensité et l'éternité de Dieu ne laisseraient pas de subsister, mais sans aucune dépen*^ dance ni des temps ni des lieux. S'il n'y avait point de créatures ^ il n'y aurait ni temps ni lieux, et, ps^r conséquent, point d'espace actuel. L'immensité de Dieu est indépendante de l'espace , comme l'éternité de Dieu est indépendante dû temps. Elles portent seulement à l'égard de ces deux ordres de choses, que Dieu serait présent et coexistant à toutes les choses qui existeraient. Ainsi je n'admets point ce qu'on avance ici, que si Dieu seul existait, il y aurait temps et espace comme à présent. Au lieu qu'alors, à mon avis, ils ne seraient que dans les idées , comme de simples possibilités. L'immensité et l'éternité de Dieu sont quelque chose de plus émi«»nent que la durée et l'étendue des créatures, non-seulement par rapport à la grandeur, mais encore par rapport à la nature de la chose. Ces attiibuts divins n'ont point besoin de choses hors de Dieu, comme sont les lieux et les temps actuels. Ces vérités ont été assez reconnues par les théologiens et par les philosophes,
Sur le §42.
407. J'avais soutenu que l'opération de Dieu, par laquelle il redresserait la machine du monde corporel, prête par sa nature, à ce qu'on prétend , à tomber dans le repos, serait un miracle. On a répondu que ce ne serait point une opération miraculeuse , parc^ qu'elle serait ordinaire, et doit arriver assez souvent. J'ai répliqué que ce n'est pas Vuiuel ou le non uêuel qui fait le miracle proprement dit, ou de la plus grande espèce, mais de surposief lis forcm des créatures; et que c'est le sentiment des théologiens et des philoso*phes. Et qu'ainsi on m'accorde, au moins, que ce qu'on introduit et que je désapprouve, est un miracle de la plus grande espèce, sui-^ vaut la notion reçue, c'est-à-dire qui surpasse les forces créées; et que c'est justement ce que tout le monde tâche d'éviter en philosophie. On me répond maintenant que c'est appeler de la raison à l'opinion vulgaire. Mais je réplique encore que cette opinion vul* gaire, suivant laquelle il faut éviter en philosophant, autant qu'il se peut, ce qui surpasse les natures des créatures, est très-raison** nable. Autrement rien ne sera si aisé que de rendre raison de tout^ en faisant survenir une divinité, Deum eao machina^ sans se soucier des natures des choses.
408. D'ailleurs, le sentiment commun des théologiens ne doit pas être traité simplement en opinion vulgaire. Il faut de grandes rai-<sons pour qu'on ose y contrevenir, et je n'en vois aucune ici.
409. Il semble qu'on s'écarte de sa propre notion, qui demandait que le miracle fût rare, en me reprochant, quoique sans fondement, sur le § 31 , que l'harmonie préétablie serait un miracle perpétuel; si ce n'est qu'on ait voulu raisonner contre moi ad hominem.
Sur le § 43.
HO. Si le miracle ne diffère du naturel que dans l'apparence et par rapport à nous, en sorte que nous appelions seulement miracle ce que nous observons rarement, il n'y aura point de différence interne réelle entre le miracle et le naturel ; et, dans le fond des choses, tout sera également naturel, ou tout sera également miraculeux. Les théologiens auront-ils raison de s'accommoder du premier, et les philosophes du second?
411. Cela n'ira-t-il pas encore à faire de Dieu l'âme du monde, si toutes ses opérations sont naturelles, comme celles que l'âme exerce dans le corps ? Ainsi Dieu sera une partie de la nature.
112. En bonne philosophie, et en saine théologie, il faut distinguer entre ce qui est explicable par les natures et les forces des créatures, et ce qui n'est explicable que par les forces de la substance infinie. Il faut mettre une distance infinie entre l'opération de Dieu, qui va au delà des forces des natures, et entre les opérations des choses qui suivent les lois que Dieu leur a données, et qu'il les a rendues capables de suivi-e par leur nature , quoique avec son assistance.
113. C'est par là que tombent les attractions proprement dites, et autres opérations inexplicables par les natures des créatures, qu'il faut faire effectuer par miracle, ou recourir aux absurdités, c'est-àdire, aux qualités occultes scolastiques , qu'on commence à nous débiter sous le spécieux nom de forces , mais qui nous ramènent dans le royaume des ténèbres. Cest inventa fruge, glandibus vesci.
114. Du temps de M. Boyle , et d'autres excellents hommes qui fleurissaient en Angleterre sous les commencements de Charles II, on n'aurait pas osé nous débiter des notions si creuses. J'espère que ce beau temps reviendra sous un aussi bon gouvernement que celui d'à présent , et que les esprits un peu trop divertis par le malheur des temps, retourneront à mieux cultiver les connaissances solides. Le capital de M. Boyle était d'inculquer que tout se faisait mécaniquement dans la physique. Mais c'est un malheur des hommes, de se dégoûter enfin de la raison même et de s'ennuyer de la lumière. Les chimères Commencent à revenir et plaisent, parce qu'elles ont quelque chose de merveilleux. Il arrive dans le pays
philosophique ce qui est arrivé dans le pays poétique. On s*esl lassé des romans raisonnables » tels que la Clélie Française , où ÏAnnène allemande; et on est revenu depuis quelques temps aux Contes des Fées.
,415. Quant aux mouvements des corps célestes, et, plus encore, quant à la formation des plantes et des animaux, il n*y a rien qui tienne du miracle, excepté le commencement des choses. L'organisme des animaux est un mécanisme qui suppose une préformaiion divine ; ce qui ensuit est purement naturel et tout à fait mécanique.
If 6. Tout ce qui se fait dans le corps de l'homme, et de tout animal, est aussi mécanique que ce qui se fait dans une montre. La différence est seulement telle qu'elle doit être entre une machine d'une invention divine , et entre la production d'un ouvrier aussi borné que l'homme.
Sur le § 44.
117. Il n'y a point de difficulté chez les théologiens sur les miracles des anges ; il ne s'agit que de l'usage du mot. On pourra dire que les anges font des miracles, mais moins proprement dits, ou d'un ordre inférieur. Disputer là-dessus serait une question dé nom. On pourra dire que cet ange qui transportait Habacuc par les airs , qui remuait le lac de Bethzaïda , faisait un miracle ; mais ce n'était pas un miracle du premier rang, car il est explicable par les forces naturelles des anges, supérieures aux nôtres.
Sur le §45.
118. J'avais objecté qu'une attraction proprement dite, ou à la scolastique^ serait une opération en distance, sans moyen. On répond ici qu'une attraction sans moyen serait une contradiction. Fort bien ; mais comment l'entend-on donc , quand on veut que le soleil , à travers un espace vide , attire le globe de la terre? Est-ce Dieu qui sert de moyen? Mais ce serait un miracle, s'il y en a jamais eu ; cela surpasserait les forces des créatures.
419. Ou sont-ce peut-être quelques substances immatérielles, ou quelques rayons spirituels, ou quelque accident sans substance, quelque espèce comme intentionnelle , ou quelque autre je ne sais quoi qui doit faire ce moyen prétendu? choses dont il semble qu'on a encore bonne provision en tête, sans assez les expliquer.
120. Ce moyen de communication est, dit-on, invisible, intangible, non mécanique. On pouvait ajouter avec le même droit,
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inexplicable , non intelligible , précaire , sans fondement , sans exemple.
434. Mais il est régulier, dit-on, il est constant, et par conséquent naturel. Je réponds qu il ne saurait être régulier sans être raisonnable ; et qu'il ne saurait être naturel sans être explicable par les natures des créatures.
422. Si oe moyen, qui fait une véritable attraction, est constaiit et en même temps inexplicable par les forces des créatures, et 8*M est véritable avec cela, c'est un çiiracle perpétuel ; et s'il n'est pas miraculeux , il est faux. C'est une chose chimérique , une qualité occulte seolastique.
423. Il serait comme le cas d'un corps allant en rond, sans s*écarter par la tangente, quoique rien d'explicable ne l'empêchât de le faire. Exemple que j'ai déjà allégué, et auquel on n'a pas trouvé à propos de répondre , parce qu'il montre trop clairement la différence entre le véritable naturel d'un côté , et entre la qualité occulte chimérique des écoles de l'autre côté.
Sur le § 46.
424. Les forces naturelles des corps sont toutes soumises aux lois mécaniques, et les forces naturelles des esprits sont toutes soumises aux lois morales. Les premières suivent l'ordre des causes efficientes, et les secondes suivent l'ordre des causes finales. Les premières opèrent sans liberté , comme une noontre ; les secondes sont exercées avec liberté, quoiqu'elles s'accordent exactement avec cette espèce de montre, qu'une autre cause libre supérieure a acconunodée avec elles par avance. J'en ai déjà parlé numéro 92.
425. Je finis par un point qu'on m'a opposé au commencement de ce quatrième écrit, où j'ai déjà répondu ci-dessus, numéros 4 %, f9, 20. Mais je me suis réservé d'en dire encore davantage en concluant. On a prétendu d'abord que je commets une pétition de principe; mais de qu^l principe, je vous en prie? Plût à Dieu qu'on n'eût jamais supposé des principes moins clairs ! Ce principe est celui du besoin d'une raison sufi^nte pour qu'une chose existe, qu'un événement arrive, qu'une vérité ait lieu. Est-ce un principe qui a besoin de preuves? On me l'avait même accordé, on fait semblant de l'accorder au second numéro du troisième écrit, peut-être parce qu*il aurait paru trop choquant de le nier; mais ou l'on ne Ta f^it qu'en paroles, ou l'on se contredit, ou l'on se rétracte.
426. J'ose dire que sans ce grand principe on ne saurait venir à
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la preuve de Texislence de Dieu , ni rendre raison de plusieurs autres vérités importantes. *
427. Tout le monde ne 8*en est-il point servi en mille occasions? Il esft vrai qu'on l'a oublié par négligence en beaucoup d'autres i mais c'est là justem^t l'origine des chimères ; comme, par exemple» d'un temps ou d'un espace absolu réel, du vide, des atomes, d'une attraction à la scolasUque , de l'influence physique entre l'âme et le corps, et de mille autres fictions, tant de celles qui sont restées de la fausse persuasion des anciens, que de celles qu'on a inventées depuis peu.
428. N'est-ce pas à cause de la violation de ce grand principe que les anciens se sont déjà moqués de la déclinaison sans sujet des atomes d'Épicure ? Et j'ose dire que l'attraction à la scola-* fltique , qu'on renouvelle aujourd'hui , et dont on ne se moquait pas moins il y a trente ans ou environ , n'a rien de plus raison*^ nable.
429. J'ai souvent défié les gens de m'apporter une instance contre ce grand principe, un exemple non contesté, où il manque; mais on ne l'a jamais fait, et on ne le fera jamais. Cependant il y a une infinité d'exemples où il réussit; ou plutôt il réussit dans tous les cas connus où il est employé. Ce qui doit faire juger mi^ sonnablement qu'il réussim encore dans les cas inconnus , ou qui ne deviendront connus que par son moyen , suivant la maxime de la philosophie expérimentale, qui procède a poiteriori; quand même il ne serait point d'ailleurs justifié par la pure raison , ou d priori,
430. Me nier ce grand principe, c'est faire encore d'ailleurs comme Épicure, réduit à nier cet autre grand principe, qui est celui de la contradiction ; savoir que toute énonciation intelligiblô doit être vraie ou fausse. Chrysippe s'amusait à le prouver contra Épicure; mais je ne crois pas avoir besoin de l'imiter, quoique j'aie déjà dit ci-dessus ce qui peut justifier le mien, et quoique je puisse dire, encore quelque chose là-dessus , mais qui serait peut^ être trop profond pour convenir à cette présente contestation. Et je crois que des personnes raisonnables et impartiales m'accorderont^ que, d'avoir réduit sou adversaire à nier ce principe, c'est l'avoir mené ad absurdum,