‹ uvres de Louise LabéChapitre 13 sur 46 · SONETTO · texte numérisé non relu

SONETTO

Ardo d'un iolce fuoco, e queft' ardore Smoijar non cerco, anji m'è caro tanto, Che lieto in me-^o de le fiamme io canto Le vojîre lodi e' l Jopran vojlro honore;

E chieggio in guiderdone al mio Signore Che non mi dia cagion d'eterno pianto ; Ma d'un ijîejj'o fuoco hoggi ahrettanto Viporgaji ch' ogn hor n'auuampi il cuore.

AmoT Jeco ogni ben mai/emper apporta, Qiiando d'un par dijio due Petti inuoglia : Ma s'un ne lafcia, è morte atroce e ria :

Siatemi dunque voi Jicura fcorta :

Suegliate homai quejia grauofa fpoglia, Ch' à voi conjacrero la penna mia.

Auuenturoji fiori,

Che cosï dolcefeno,

Che cosî care chiome in guardia hauejie;

Benedetto iljereno

Aër' doue nafcejie ;

E' que' mille colori

ii8

Dr cui natiira in voi vagaji piacque :

Ben fil doke deji'wo

Il vojlro, é quef mattino

Che Ji felice al morir vojîro nacque:

Vinchino hor vofiri oiori

Gli oiorqfi Sabei, gli Arabi honori.

Dolce Luija mia

Che tanio bellafete,

Quanto ejjer' vi voleté : £' corne il core

Hauete fculto amore, e cortejîa ;

TaV ne gli occhi di lor' Ji fcorge traccia

Da quejîe dolci braccia,

Da quejîi ardenti baci, anima bella,

Morte fola mi fuella

Ne vnqua mai fra noi maggior Ji fia

Paura é gelofia.

Alîra luce non veggio :

Altro foie, aima bella,

Fuor' che i vojîn occhi fanti

Non hô : é quejli hor' chieggio

Sol' per mia guida é ftella

Sempre corne hor fereni.

A voi beati amanti

Altra inuidia, altro ^elo

Non hauro mai :fe il cielo

VuoV che io mia vita meni

In cofi fatta guifa

A i dolci raggi lor' dolce Luifa.

Eftreines, à Dame Louïze Labé

Loiïqe ejî tant gracieufe & tant belle, Louï-{e à tout ejl tant bien auenante, Loui-{e ha l'œil ieji viue ejlmcelle, Louï-^e ha face au corps tant convenante, Dejî beau ■port, fi belle ^ fi luifante, Loui\e ha voix que la Mufique auoue, Loui-^e ha main qui tant bien au lut ioue, Loui\e ha tant ce qu'en toutes on prife, Que ie ne puis que Loui\e ne loue.

Et fi ne puis ajfej louer Louise.

Ton lut herfoir encorfe rejentoit De ta main douce, & gojier gracieus, Et fous mes doits fans leur ay de chant oit : Quand un Démon, ou fur moy enuieus.

Ou de mon bien fe feignant foucieus , Me dit ! c'efi trop fus un lut pris plaifir . N'aperçois tu un furieus defir Cherchant autour de toy une cordelle.

Pour de ton caur la Dame au lut faifirf Et, ce difant, rompit ma chanterelle.

Epitre à fes amis, des gracieufetez de D. L. L.

Que faites vous, mes compagnons, Des chères Mufes chers mignons ?

Au ous encore en notre abfence De votre Magny fouuenance?

Magny votre compagnon dous, Qui ha fouuenance de vous Plus qu'ajfej, s'urie Damoifelle Sa douce maitrejfe nouuelle Qui Vejîreint d'une ejiroite Foy Le laijfe fouuenir de foy.

Mais le Pouret qu'Amour tourmente D'une chaleur trop véhémente.

En oubli le Pouret ha mis Soymefme & fes meilleurs amis :

Et le Pouret â rien ne penfe, Et Jî n'a de rien fouuenance, Mais feulement il lui fouuient De la maitrejfe qui le tient:

Et rien fin on d'elle il ne penfe N'c^ant que d'elle fouuenance.

Et tout brûlé du feu d'amours PaJJe ainjî les nuits & les iours, Sous le ioug d'une Damoifelle Sa douce maitrejfe nouuelle.

Qiii le fait ore efclciue Jien,

Ataché d'un nouueau lien :

Qui le ccrur de ce miferable

Brûle d'un feu non fecourahle.

Si le fecours foulacieus

Ne lui vient de fes me/mes yeus,

Qjji premiers fa Jlijmme alumerent,

Qui premiers f on cœur enflammèrent.

Et par qui peut ejîre adouci

L'amoureus feu defonfouci.

Mais ny le vin ny la viande,

Tant fait elle douce & friande.

Ne lui peuuent plus agréer.

Rien ne pourrait le recréer.

Non pas les gentilejfes belles

De ces gentiles Damoifelles,

De qui la demeure Ion met

Sur l'Heliconien fommet.

Qu'il auoit toujiours honorées,

Qu'il auoit toujiours adorées

Des f on ieune âge nouuelet,

Encores enfant tendrelet.

Adieu donq Nynfes, adieu belles.

Adieu gentiles Damoifelles,

Adieu le Choeur Pegajîen,

Adieu l'honneur Parnafen.

Venus la mignarde Deejfe,

De Paphe la belle Princejfe,

Et fon petit fis Cupidon

Me maitrifent de leur brandon.

Vos chanfons n'ont point de puijfance

De me donner quelque allégeance

Aus tourmens qui tiennent mon caur.

Genné d'une douce langueur

le n'ay que faire de vous, belles :

Adieu, gentiles Damoifelles :

Car ny pour voir des monceaus d'or

AJJemble-[ dedens un trejor,

Ny pour voir jîofloter le Rone,

Ny pour voir efcouler la Sone,

Ny le gargouillant ruijfelet,

Qui coulant d'un bruit doucelet,

A dormir, d'une douce enuie,

Sur la frefche riue conuie :

Ny par les ombreus arbrijfeaus

Le dous ramage des oifeaus,

Ny violons, ny efpinettes,

Ny les gaillardes chanfonnettes,

Ny au chant des gayes chanfons

Voir les garces & les garçons

Fraper en rond, fans qu'aucun erre,

D'un branle mefuré, la terre.

Ny tout cela qu'a de ioyeus

Le renouueau delicieus,

Ny de mon cher Giués (qui m'ayme

Comme fes yeus) le confort mefme,

Mon cher Giués, qui comme moy

Languit en amoureus e'moy,

Ne peuvent Hâter la langueur

Qui tient genne mon poure caur :

Bien que la mignarde maitrejfe,

Pour qui ie languis en de'trejfe.

Contre mon amoureus tourment

Ne s' endurcijfe fièrement ,

Et bien qu'ingrate ne fait celle,

Celle gentile damoifelle

Qui fait d'un regard bien humain,

Ardre cent feus dedens monfein.

Mais que fert toute la carejje Q}ie ie reçoy de ma maitrejje?

Et que me vaut pajfer les iours En telle ejperance d'amours.

Si les nuij de mile ennui-^ pleines Rendent mes efperances veines?

Et les iours encor pleins d'ennuis, Qu'abfent de la belle ie/uis?

Quand ie meurs, abfent de la belle.

Ou quand ie meurs prejent près d'elle N'o/ant montrer (b dur tourment!) Comment ie l'ayme ardantement ?

Celui vraiment eji mijerable Qii Amour, voire eftant fauorable.

Rend defaflame langoureus.

Chetif quiconque ejî amoureus.

Par qui fi cher efi efiimee Vne fi légère fumée D'un plaifir Juiui défi près

De tant d'ennui';[ qui font après.

Si ày ie aujji cher ejîimee Vneji légère fumée.

Des beautez de d. l. l.

Ou print l'enfant Amour le fn or qui dora En mile crefpillons ta tefie blondijfante? En quel iardin print il la roje rougijfante Qui le lij argenté de ton teint colora ?

La douce grauité qui ton front honora,

Les deus rubis balais de ta bouche alléchante. Et les rais de cet ail qui doucement m'enchante, En quel lieu les print il quand il t'en décora ?

D'où print Amour encor ces filets & ces leffes

Ces haims & ces apajîs que fans fin tu me dreffes Soit parlant ou riant ou guignant de tes yeus?

Il print d'Herme, de Cypre, S- dufein de l'Aurore, Des rayons du Soleil, & des Grâces encore, Ces atraits (y ces dons, pour prendre hommes & Dieus.

DEDIVEKSPOFTES 13^

A elle m e f m e .

O ma belle rebelle, Las que tu m'es cruelle !

Ou quand d'un dousfoujris Larron de mes efprits, Ou quand d'une parole Si mignardement mole, Ou quand d'un regard d'yeus Traytrement gracieus.

Ou quand d'un petit gejle Non autre que celejle.

En amoureufe ardeur Tu m'enjlammes le caur.

O ma belle rebelle.

Las que tu m'es cruelle/ Quand la culfante ardeur Qui me brûle le cœur.

Veut que ie te demande A fa brûlure grande Vn rafrechijjement D'un baifer feulement.

O ma belle rebelle, Q}ie tu fer ois cruelle!

Si d'un petit baifer Ne voulais l'apaiftr.

Au lieu d'aJegement AcroiJJ'ant mon tourment.

Me puijje-ie un iour, dure, Vanger de cette iniure :

Mon petit maître Amour Te puijfe outrer un iour.

Et pour moy langoureufe Il te face amoureufe.

Comme il m'a langoureus Pour toy fait amoureus.

Alors par ma vengeance Tu auras connoijjance Que vaut d'un dous haijer Vu Amant refujer.

Et fi ie te le donne.

Ma gentile mignonne, Quand plus fort le defr En viendrait te fiifir :

Lors après ma vengeance.

Tu auras connoijfance Quel bien fait, d'un haifer L'Amant ne refujer.

-^Si^

Double Rondeau, à elle.

Eflant nauré d'un dard fecrett émeut.

Par Cupidon, & hlefse à outrance, le n'ofois pas déchirer mon tourment Saiji de peur, delaifsé d'efperance.

Mais celui feuî, qui m'auoit fait î'ofenfe, M'a ajjeurê, difant, que fans ofenfe le pouuois bien mon ardeur déceler, Ce que i' ay fait fans plus le receler, EJiant nauré.

A une donq pourement affuré,

Creingnant bien fort d'elle ejlre refuse, Ay declairé du tout ma doleance :

Et fur mon mal hardiment excusé Lui fupliant me donner allégeance, Ou autrement ie perdrois pacience Efant nauré.

Au mien propos ha fi bien refpondu Celle que i'ay plus chère que mon ame, Et mon vouloir fagement entendu.

Que ie confens qu'il me foit donne blâme Si ie l'oublie : car elle m'a rendu Lefens, l'efprit, l'honneur, le cœur & lame EJlant nauré.

Ode en faueur de D. Louïze Labé à fon bon Signeur.

Mufes, filles de lupiter, Il nous faut ores aquiter Vers ce doàfe & gentil Fumée, Qui contre le tems inhumain Tient vos meilleurs trets en fa main, Pour paranner fa renommée.

le lui dois, il me doit aujji :

Etji i'ay ores du fou ci Pour faire mon pay ment plus dine, le le voy ores deuant moy En un aujjj plaifant émoy Pour faire fon Ode Latine.

Mais par ou commencerons nous?

Dites le, Mufes : car fans vous le ne fuis l'ignorante tourbe.

Et fans vous ie ne peu chanter Chofe, qui puijfe contenter Le père de la lyre courbe.

Quand celui qui iadis naquit

Dens la tour d'erein, que conquit lupiter d'une caute rufe,

yt trenché le chef qui muoit

En rocher celui qu'il voyait,

Le chef hideus de la Medufe:

Adonques -par l'air s'en allant.

Monté fur un cheual volant,

Il portoit cette horrible tejie :

Et ia dejia voifin des Cieus

Il faifoit voir en mile lieus

La grandeur de cette conquejle.

Tandis du chef ainjî trenché

EJiant frefchement arraché,

Dijiiloit du fang goûte â goûte:

Qui foudein qu'en terre il ejioit.

Des fleurs vermeilles enfantoit,

Qui changeaient la campagne toute.

Non en Serpent, non en ruijfeau.

Non en Loup, & non en oifeau.

En pucelle. Satire, ou Cyne :

Mais bien en pierre : faifant voir

Par un admirable pouuoir

La vertu de leur origine.

Et c'efl aujji pourquoy ie crois.

Que fendant l'air en mile endrois

Sur mile étrangères campagnes,

A la fin en France il vola.

Ou du chef hideus s'efcoula

Quelque fang entre ces montagnes :

Mefmement auprès de ce pont

Opposé vij à vi^ du mont,

Du mont orguilleus de Foruiere :

En cet endroit ou ie te vois Egaier meinte & meinte fois »•' Entre l'une S* l'autre riuiere.

Car dejlors que fatalement l'en aprochay premièrement, le vis des la première aproche le ne/ay quelle belle Jleur :

Qui foudein m'efclauant le caur Le fit changer en une roche.

le vi\ encor tout à lentour Mile petis frères d'Amour, Qui menoient mile douces guerres :

Et mile creintifs amoureus Qjii tous comme moy langoureus Auoient leurs cœurs change^ en pierres.

Depuis ejîant ainfi rocher, le vij près de moy aprocher Vne Medufe plus acorte Que celle dont s'arme Pallas, Qui changea iadis cet Atlas Qui le Ciel fur l'ef chine porte.

Car elle ayant moins de heautej, De ces cheueus enferpentej Faifoit ces changemens ejlranges:

Mais cetteci, d'unfeul regard De fon ail doucement hagard Fait mile plus heureus ef changes.

Celui qui voit fon front fi beau,

Voit un ciel, ainçois un tableau

De crijlal, de glace, ou de verre :

Et qui voit Jon four cil bénin.

Voit le petit arc hebenin,

Dont Amour /es traits nous dejferre.

Celui qui voit fou teint vermeil.

Voit les rofes qu'à Jon réueil

Phebus èpanit & colore :

Et qui voit /es cheueus encor.

Voit dens Paâole le tre/or

Dequoy /es /iblons il redore.

Celui qui voit /es yeus iumeaus,

Voit au ciel deus heureus Jlambeaus,

Qui rendent la nuit plus /erene :

Et celui qui peut quelque/ois

E/couter/a diuine voix

Entend celle d'une Sirène.

Celui quijîeure en la bai/ant

Son vent/ dous &/ plai/ant.

Fleure l'odeur de la Sabee :

Et qui voit /es dens en riant

Voit des terres de l'Orient

Meinte perlette de/robee.

Celui qui contemple /on /ein

Large, poli, pro/ond & plein,

De l'Amour contemple la gloire,

Et voit /on teton rondelet,

Voit deus petis galons de lait.

Ou bien deus boulettes d'iuoire.

Celui qui voit fa belle main.

Se peut ajjeurer tout Joudein D'auoir vîi celle de l'Aurore:

Et qui voit/es pie^Jî petis, S'ajfeure que ceus de Thetis Heur eus il ha pîi voir encore.

Quant à ce que l'acoutrement Cache, ce fernble, exprejjement Pour mirer fur ce beau chef d'euure, Nul que lAmi ne le voit point :

Mais le grajfelet embonpoint Du yifage le nous defcauure.

Et voilà comment iefu-^ pris Aus rets de l'enfant de Cypris, Efprouuant fa douce pointure :

Et comme une Medufe fit.

Par un dommageable proufit.

Changer mon caur en pierre dure.

Mais c'efi au vray la rarité De fa grâce 6" de fa beauté.

Qui rauit ainfi les perfonnes :

Et qui leur ote cautement Lafranchife S* lefentiment, Ainfi que faifoient les Gorgonnes.

Le Tems cette grand' fauls tenant " Se vét de couleur ajuree.

Pour nous montrer qu'en moiffonnant Les chofes de plus de durée.

Il fe gouueme par les Cieus :

Et porte ainfi la barbe grife.

Pour faire voir qu'Hommes & Dieus

Ont de lui leur naijfance prife.

Il ajfemble meinte couleur

Sur fon a^ur, pource qu'il treine

Le plaifir après la douleur

Et le repos après la peine :

Montrant qu'il nous faut endurer

Le mal, penfant qu'il doit fin prendre.

Comme l'Amant doit efperer.

Et merci de fa Dame atendre.

Il porte fur fon vêtement,

Vn milier d'efles empennées.

Pour montrer comme vitement

Il s'en vole auec nos années:

Et s'acompagne en tous fes faits

De cette gente Damoifelle,

Confejfant que tous fes efets

N'ont grâce ne vertu fans elle.

Elle s'apelle Ocafion

Q]ii chauue par derrière porte.

Sous une doéle allujion.

Ses longs cheueus en cette forte :

A fin d'enfeigner à tous ceus

Qui la rencontrent d'auenture,

De ne fe montrer pareffeus

A la prendre à la cheuelure.

Car s'ellefe tourne & s'en fuit,

En vain après onfe trauaille :

Sans ejjpoir de fruit on la fuit. Le Tems ce dous loifir nous baille, De pouuoir gayement ici Dire & ouir meinte s f omettes, Et adoucir notre fouci, En contant de nos amourettes.

Le Tems encore quelquefois Admirant ta grâce éternelle, Chantera d'une belle voix D'Auanfon ta gloire éternelle ; Mais or l'ocajion n'entend Ope plus long tems ie l'entretienne, Creingnant perdre l'heur qui m'atend Ou qu'autre mafque ne furuienne.

MADRIGALE.

Arfe cofi per voi, Donna, il mio core Il primo di ch' intento vi mirai, Che certo mi penfai

Che no potejje in me crefcere piu ardore : Ma in voi belta crefcendo d'hor in hora, Crefc in me il fuoco ancora.

Il quai no potra mai crefcer Jî pocco, Ch' altro no far o piu che fiamme e fuoco.

Toute bonté abondante

Au; gouuerneurs des faints Cieus, Vu, qui de main foudroyante Eflonne mortels & Dieus, Enfemença ces bas lieus De diuerjîté d'atomes Formej de ce vertueus SurpjJJant celui des hommes.

Le/quels d'une dejiinee

Sous quelque fatal heureus.

Pour former une bien née Furent enfemble amoureus :

Et goûtant le fauoureus, Lequel ou l'Amour termine, Ou le rend plus doucereus, La font voir chofe diuine.

M ejmement Jî familière A la troupe des neuf Seurs, Qu'elles l'ont pour leur lumière Fait lampeger en leurs chaurs :

Là receuant les honneurs De ceus, qu'on n'a laifsé boire Aus fourfes & cours donneurs De perpétuelle gloire.

Elle le fait aparoitre Au iode de fes efcrij.

Qu'on voit iournellement naître, Et deuancer les efprits, Qui auoient gaigne le pris D'ejlre tnieus luj en notre aage.

O féminin entrepris De V immortalité -gage !

Qui une famé amoureufe, Qui mieus les pajjîonnr^, Et de veine plus heureufe Difcerne les aptes nej, Et à l'Amour fortune^.

De ceus, lefquels à outrance Seront toujiours mal mene\.

Et repuj d'une efperance?

Qui de langue plus diferte Fait le Mufagete orer Contre l'éloquence experte Du Dieu, qui peut atirer Par le caut de fon parler L'erreur à la vraye trace?

Qui près d'eus peut fommeiller.

Comme elle, fur le Parnajfe?

Donq que fur fes temples vole Ce vert entortillonnè Pris de la ramure mole De la fuyarde Daphné, Et doâement façonné

Pour orner Ij/eur de celle, Qui fort it, le coup donné, En armes, de la ceruelle.

--^san-

sonnet à D. L. L. par A. F. R.

Si de ceus qui ne t'ont connue, qu'en lifant Tes Odes & Sonnets, Louise, es honorée : Si ta voix de ton lut argentin tempérée, D'arrejîer les pajjans eji moyen fujifant :

Et fi fouuent tes yeus d'un feul rayon luifant Ont meinte ame en prifon pour t' adorer ferrée : Tu te peus bien de moy tenir toute affeuree. Car Jîijmais ton ail fus un caur fut puiffant ,

Il ha efté fur moy, Cf fait meinte grand' playe : Telle grâce à chanter, baller , fonner te fuit. Qu'à rompre ton lien ou fuir ie n'efjaye.

Tant tes vers amoureus t'ont donné los & bruit, Qu'heureus me fens t'auoir non le premier aymee. Mais prifé ton fauoir auant la renommée.

A Dame Louïze Labé, Lionnolze, la comparant aus Cieus.

Sept feus on voit au Ciel, lef quels ainjî Sont tous en toy mejle:^ enfemblement.

Phehé ejl blanche : 6- tu es blanche aujjt. Mercure ejî ioéie : & toy pareillement.

Venus toujiours belle : Jemblablement Belle toujiours à mes y eus tu te montre. Tout de fin or ejl le chef du Soleil : Le tien au fien le voy du tout pareil. Mars ejl puijjant : mais il creint ta rencontre.

lupiîer tient les Cieus en fa puiffance : Ta grand' beauté tient tout en fon pouuoir. Saturne au Ciel ha la plus haute ejfence : Tu as aujjî la douce iouijfance Du plus haut heur qu'autre pourrait auoir.

Donq qui veut voir les grans dons, que les Dieus Ont mis en toy, qu'il contemple les Cieus.

Des louenges de Dame Louïze- Labé, Lionnoize.

// ne faut point que i'apelle Les hauts Dieus à mon fecours.

Ou bien la bande pucelle

br,6' î iMi2.Jk

Pour m'ayier en mon di/cours.

Puis que les Dieus, de leur grâce,

Les faintes Mu/es, les Cieus

Ont tant illujire la face.

Le corps, l'efprit curieus

De celle, dont i'apareille

La louenge nompareille,

le congnoy bien clerement

Que toute ejfence diuine

Mefauorije, & s'encline

A ce beau commencement.

Sus fus donq, blanche fenejlre,

Fay tes refonans effors ;

Et toy, ô mignarde dejlre.

Chatouille f es dous acors:

Chantons la face angelique.

Chantons Té ieau chef doré.

Si beau, que le Dieu Delphique

D'un plus beau n'ejî décoré.

N'oublions en notre mètre

Comme elle ofa s'entremettre

D'armer fes membres mignars :

Montrant au haut de fa tefe

Vne efpouuentable crefte

Sur tous les autres foudars.

0 noble, è diuin chef d'euure

Des Dieus hauteins tous puijjans.

Au moins meintenant defcauure

Tes yeus tous refiouijfans.

Pour voir ma Mufe animée.

Qui de fa robufte main

HauJJera ta renommée,

Trop mieus que ce vieil Rommein,

Qui fa demeure ancienne,

La terre Saturnienne

Delaija pour ta beauté,

A fin qu'à toy rigoureufe

Il fut hojîie piteufe

En fa ferme loyauté.

La Mufe do die diuine

Du vieillard audacieus.

Par le vague s'achemine

Pour t'enleuer iufqu'aus Cieus :

Mais la Parque naturelle

Dens les Iberiens chams

Courut defemplumer l'aile

De fes pleurs. S* de fes chants :

Enuoyant en fa vieillejje,

Malfeant en ta ieunejfe,

Son corps, au tombeau ombreus :

Et fon ame énamourée

En l'obfcure demeurée

Des Royaumes tenebreus.

Dieus des voûtes ejtoilees.

Qui en perdurable tour

Retiennent emmantelees

Les terres, tout à l'entour :

Permetei moy que ie viue

Des ans le cours naturel,

A fin qu'à mon gré i'efcriue

En un ouurage éternel.

De cette noble DeeJJe

La beauté enchanterejfe.

Ce qu'elle ha bien mérité :

Et qu'en fa gloire immortelle,

On voye esbahie en elle

Toute la pojîerité.

Ainji que Semiramide,

Qui feingnant ejhe l'enfant

De fon mari, print la guide

Du Royaume trionfant.

Puis démontant la Nature

Et le fexe féminin

Hasarda à l'auenture

Son corps iadis tant bénin,

Courant furieufe en armes

Parmi les Mores gendarmes.

Et es Indiques dangers

De fa rude fimeterre

Renuerfant deffus la terre

Les ef cadrons efi ranger s.

Ainfi qu'es Alpes cornues

(Qui, f oit Hiuerfoit EJié,

Ont toujîours couuert de nues

Le front au Ciel arrejlé)

On voit la fuperbe tejîe

D'un roc de * pins emplumé , * ^phcrefc i^ur fapim.

Rajiie par la tempefte De Jon corps acoutumé.

En rouUant par fon orage Froijfer tout le labourage.

Des Beufs les âpres trauaus, Ne laijfant rien en fa voye Qu'en pièces elle nenuoye.

Cherchant les profondes vaux :

Ou comme Penthajîlee, Qui pour fon ami Hedior Comhatoit entremeflee Par les Grecs, aus cheueus d'or.

Ores de fa roîde lance Enferrant l'un au trauers, Or' du branc en violance Trébuchant Vautre à l'enuers :

Et ainf que ces pucelles Qui l'une de leurs mammelles Se bruloient pour s'adejirer Aus combas & entreprifes Aus bons guerroyeurs requifes, Pour l'ennemi rencontrer:

Louïje ainjî furieufe

En laijfant les habij mois Des femmes, & enuieufe De bruit, par les Efpagnols Souuent courut, en grand' noife, Et meint affaut leur donna.

Quand la ieunejje Françoife

Pjrpignan enuironna.

Là fa force elle defploye,

Là de fa lance elle ployé

Le plus hardi ajjaillant:

Et braue dejfus la celle

Ne demontroit rien en elle

Que d'un cheualier vaillant.

Ores la forte guerrière

Tournoitfon defirier en rond :

Ores en une carrière

Effayoit s'il ejloit pront :

Branlant en flots fon panache ,

Soit quand elle fe iouoit

D'une pique, ou d'une hache,

Chacun Prince la Iouoit ;

Puis ayant à lafenejîre

L'efpee ceinte, à la dejire

La dague, enrichies d'or.

En s'en allant toute armée

Eli' femhloit parmi l'armée

Vn Achile, ou un Heâor.

L'orguilleus fis de Clymene

Nous peut bien auoir apris

Qu'il ne faut par gloire vaine

Qu'un grand trein fait entrepris.

L'entreprife qui ejl faite

Sans le bon confeil des Dieus

N'a point, ainf qu'on fouhaite,

Son dernier efet ioyeus :

Ainji cette belliqueufe Ne fut iamais orguilleufe :

Telle au camp elle n'alla :

Ains ce fut à la prière De Venus, fa douce mère, Qui un foir lui en parla.

Vn peu plus haut que Icpplaine, Ou le Rone impetueus Embrajfe la Sone humeine De fes grands bras tortueus.

De la mignonne pucelle Le plaifant iardin ejîoit.

D'une grâce & façon telle Que tout autre il fur mont oit :

En regardant la merueille De la beauté nompareille Dont tout il eJloit armé.

Celui bien on l'ujî pu dire Du iujîe Roy de Corcyre En pommes tant renommé.

A Ventrée on voyoit d'herbes.

Et de thin verflorijfant.

Les lis & croijjans fuperbes De notre Prince puijfant :

Et tout autour de la plante De petits ramelets vers De marioleine flairante EJJoient plante'i cesfx vers:

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