‹ uvres de Louise LabéChapitre 14 sur 46 · EN VN PLEIN ROND IL RENDRA · texte numérisé non relu

EN VN PLEIN ROND IL RENDRA

Tout autour efloient des treilles

Faites auec un tel art.

Qu'aucun n'uji Jîi fans merueilles

Là efpandre fon regard :

La voûte en ejîoit facree

Au Dieu en Inde inuoqué.

Car elle ejîoit accoutrée

Dufep au raijîn mufqué :

Les coulomnes bien polies

Efloient autour enrichies

De Romarins S" Rofiers,

Le/quel s faciles à tordre

S' entrelajfoient en bel ordre

En mile neus fais d'ojïers.

Au milieu pour faire ombrage

Efloient meints arceaus couuers

De Coudriers, S- d'un bocage

Fait de cent arbres diuers :

Là l'Oliue palliante

Qu'Athene tant reclama.

Et la branche verdijfante

Qu'Apolon iadis ayma :

Là l'Arbre droit de Cibelle,

Et le ceiuerin rebelle Au plajjîr vénérien :

Auec l'cbjcurc ramee Par Phebe iadis formée Du corps Cyparijpen.

Sous cette douce verdure, Soit en la gaye faijon.

Ou quand la trijie froidure Nous renferme en la mai/on, Tarins, Rojfgnols, Linotes Et autres oifeaus des Bois Exercent en gayes notes Les dous iargons de leurs voix:

Et la vefue tourterelle T pleint & pleure à par elle Son amoureus tout le iour :

De fa parole enrouée A pleints v à pleurs vouée Efroyant l'air tout autour.

Et à fin qu'à beauté telle

Rien manquer on ne pujî voir.

De la beauté naturelle Qii'un beau iardin peut auoir.

Il y ut une fonteine.

Dont l'eau coulant contre val En fautant hors de fa veine Semblait au plus cler crifial :

Elle ne fut point ornée, Ny autour enuironnee

De beaus mirtes Cipriens,

Ny de buis, ny d'aucun arbre,

Ny de ce precieus marbre

Qu'on taille es monts Pariens t Mais elle ejîoit tapijjee

Tout l'enuiron de/es bors.

Ou fou onde courroucée

Murmuroit fes dous acors.

D'herbe toujiours verdoyante.

Peinte de diuerfes jleurs ,

Qui en l'eau doufondoyante

Mejloient leurs belles couleurs.

Qui ujl regarde la tejie

D'un NarciJJe qui s'arrejle

Tout panchant le col fur l'eau.

On ujl dit que/on courage

Contemplait encor l'image

Qui trop S* trop lui fut beau.

AuJJî par cette verdure

EJloit le iaune Souci,

Qui encor la peine dure

De fes feus n''a adouci :

Ains touiours fe vire & tourne

Vers fon Ami qu'il veut voir.

Soit au matin, qu'il aiourne,

Ou quand il eji près du foir.

Là aujjî ejloient Brunettes,

Majiis, damas, violettes

Çà & là fans nul compas :

Auéc laf.eur, en laquelle

Hiacinte renouuelle

Son nom après fon trefpas. .

Le ruijjeau de cette Jourfe A par foy s^ebanoyant, D'une foible S* lente courfe Deçà delà tournoyant Faifoit une protraiture Du lieu ou fut renfermé Le monjire contre nature En Pajîphaë formé :

Puis fon onde entrelajjee, De longues erreurs laffee Par un beau pré s'efpandoit:

Ou maugré toute froidure Vne plaifante verdure Eternelle elle rendoit.

Titan laijjant fa campagne Peu à peu fous nous couloit, Et dens la tiède eau d'Efpagne Son char il defateloit :

Quand en ce lieu de plaifance Loiïije eji oit pour unfoir, Qjii cherchant refouijfance Près la font fe vint ajfoir :

Elle ayant ajfej du pouce Taté l'harmonie douce De fon lut,fenlant le fon Bien d'accord, d'une voix franche

lointe au bruit de fa main blanche.

Elle dit cette chanfon :

La forte Tritonienne,

Fille du Dieu Candien,

Et la vierge Ortygienne,

Seur du beau Dieu Cynthien,

Sont les deus feules Deeffes

Ou i'ay mis tout mon dejir,

Et que ie Jù pour maitreffes

Des mon enfance choifïr.

Si Venus m'a rendu belle.

Et toute femhlable qu'elle,

Auec fa diuinité,

Que pourtant elle ne penfe,

Qu'en unfeul endroit i'ofenfe

Ma chajle virginité'.

La pucelle Lionnoi^e

Fredonnant meints tons diuers,

Au fon plein de douce noife,

N'ut deus fois chanté ces vers,

Qu'un fommeïl de courfe lente

Defcendant parmi les Cieus,

Finit fa voix excellente

Et fon ieu melodieus.

Sur la verdure efpandue

Tous dous il Va ejiendue,

Flatant fes membres difpos :

Deffus fes yeus il fe pofe.

Et tout fon corps il arrofe

D'un trefgracieus repos.

En dormant tout deiiant elle Sa merefe prefenta, En/on beau vifage telle Qii' alors qu'elle s'acointa D'AnchiJe, -près du riuage Du Simoent Phrygien :

Dont naquit le preus courage Qiii au camp Hejperien Renouuella la mémoire, Et la trionfante gloire Dufang Troyen abatu.

Qui deuoit en rude guerre Tout le grand rond de la Terre Conquérir par fa vertu.

Eli' regarde par merueille Son vifage nompareil, Son haut front, fa ronde oreille.

Son teint frefchement vermeil, Le vif cor al de fa bouche.

Ses fourcis tant gradeus, Q]ie doucement elle touche Pour voir les rais de fes yeus :

Non fans contempler encore Celle beauté qui décore La rondeur de fon tetin, Qiii ni plus ni moins foupire Qii'au printems le dons Zephire Alenant l'air du matin.

Apres que la Cyprienne

Vt Jon regard contmié.

Voyant de la fille Jienne

La plus qu'humeine beauté^

Esbahie en fon courage

De fa grand' perfeccion,

Elle augmenta dauantage

Vers eW fon afeccion ;

Puis toute gaye & ioyeufe.

D'une voix trefgracieufe.

Pour defcouurir fon fouci,

Tenant les vermeilles rofes

De fa bouche un peu defclofes

Elle parola ainfl :

Les Dieus n'ont voulu permettre

Ans vains penfers des mortels.

Que d'eus ils fe pujfent mettre

A fin : bien que leurs autels

Soient tous couuers de fumée,

Ou pour gaigner leur faueur

Ou pour leur ire animée

Faire tourner en douceur.

Tous les veus pas ils n'entendent

Qui deuant leurs yeus fe rendent .•

Ains les ont à nonchaloir.

Veu ni prière qu'on face

N'y font rien, fi de leur grâce

Ils n'ont un mefme vouloir.

Que penfes tu fille chère,

Penfes tu bien refifier

Contre les dars de ton frère S'il lui plait t'en molejîer ?

Il /cet domter tout le monde De Jon arc audacieus :

L'Océan, la Terre ronde, L'Air, les Enfers, & les Cieus.

Onq fille n'ut la puijfance De lui faire refiftance.

Et f es fiers coups fout enir :

Mais ie te veus faire entendre Pourquoy i'ay voulu defcendre Du Ciel, pour à toy venir.

Les hommes pleins d'ignorance.

Citoyens de ces h as lieus.

Te penfent de leur femence.

Et non de celle des Dieus :

Mais par trop ilsfe deçoiuent (Bien qu'ils le tiennent pour feur) Et affe\ ils n'aperçoiuent De ta beauté la grandeur.

Qjii diroit, voyant ta face, Que tufujjes de la race D'un homme Jîmple &• mortel?

La Terre f aie & immunde, Nefauroit aus yeus du monde De foy produire riens tel.

Tout ainjî la beauté rare D'Heleine, chacun penfoit Engendrée de Tyndare :

Car on ne la connoijfoit .

Toutefois fi efioit elle Fille du Dieu haut tonnant, Qui fa maifon fupernelle.

Le haut Ciel, abandonnant, Atoumé d'un blanc plumage.

Semblant l'Oifeau qui prefage.

En chantant, fa proche mort, En Lede fille de Thefie De fa femence celefie, La conçut par fon effcrt, Auecques deus vaillans frères.

Dont l'un alaigre efcrimeur Domta les menajfes fieres.

Et la trop âpre rigueur Du cruel Roy de Bebrice, Acoutumé d'outrager Et meurtrir par fa malice Chacun foudart efiranger :

L'autre de hardi courage, Inuenta premier l'ufage De ioindre au char le courfier ; Ou il fe roula grand' erre, Effroyant toute la terre Des deus ronds bornej d'acier.

Ainfi, bien qu'on ne te donne L'honneur d'efire de mon fang.

Et du fier Dieu qui ordonne Les puijfans foudars en rang, I. 7.

* Le mont lie Fovriiicre anciennement itpelc forum Vcneris.

Si m'eft ce chqfe affeuree.

Que de Gradiue le fort En moy tu fus engendrée, loingnant le gracieus bord, Ou la Sone toute quoye Fait une paijible voye S'en allant fendre Lion :

Dens lequel on voit encore Vn mont *, ou Ion me décore.

Qui retient de moy f on nom.

Le lieu ou tu fus conçue Ne fut vile ny château, Ains une forejî tijfue De meint plaifant arbrijjeau.

Dont ie veus (en témoignage De ta race) te pouruoir, Ainji que d'un héritage Que ie tiens en mon pouuoir.

Là autour font meintes plaines, Efquelles les blondes graines \ De Ceres pourras cueillir, \ Et la liqueur qui agrée A Bachus, & meinte pree Ou l'herbe ne peut faillir.

Là aujjî font meints bocages Deçà delà efpandus.

Ou en tout tems les ramages Des Oifeaus font entendus.

Parfois tu y pourras tendre

Le ret rare, à ton iefir.

Et quelque gibier y prendre

Pour acroitre ton plaijir :

Ou t'exerçant à la chajfe

Tu pourfuiuras à la trace

Les Lieures fulans de peur.

De chiens autour toute armée,

Vagans dejfous la ramee.

Se guidons à lafenteur.

Et Jî par trop tu te peines

En trop violent effort.

De meintes cleres fonteines

Tu pourras auoir confort :

U eau fartante de leur fourfe

Tes membres refrefchira.

Et la murmurante courfe

A fon bruit t'endormira :

Apres chargée de proye.

Tu te pourras mettre en voye

Pour à ton château tourner.

Qu'en brief bâtir ie veus faire,

Sufifant pour te complaire

S'il te plait y feiourner.

Sur tout (fille) ie t'auife,

Que d'un caur tant odieus

Ton frère tu ne mefprife,

C'ejl le plus puiffant des Dieus.

En ta beauté excellente

Meint homme il rendra tranfi.

Mais fa main ne fera lente A te tourmenter aujjî.

Prens bien à ce propos garde.

Car ia dejia il te darde Son fret âpre & rigoureus :

Dont il t'abatra par terre, Rendant d'un homme de guerre Ton tendre caur amoureus.

En ce il prendra bien vengeance Du bon Poète Rommain, Auquel fans nulle allégeance Ton caur efî trop inhumein.

Bien prendra à ta ieunejfe Auoir apris àfoufrir Des durs harnois la rudeffe.

Et à meint trauail s'ofrir:

Souuent feras rencontrée Depuis la tarde vefpree lufqu'au point du prochein iour, Parmi les bois languijfante.

Et tendrement gemiffante La grand' cruauté d'Amour.

Alors pour ejîre ajfeuree Point en femme tu n'iras, Ains d'une lance parée Cheualier tu te diras.

la en ton harnois brauante le te regarde aJJailUr Meint cheualier, qui fe vante

Hors de l'arçon te faillir :

Puis dextrement aprejïee.

Ayant ta lance arrejîee.

Le defarçonner en bas,

Lui tout froif^e, à grand' peine

Leuerfon arme incerteine.

Chancelant à chacun pas.

A Ji grans trauaus ton frère

Durement te contreindra,

lufqu'à ce qu'à la première

Liberté il te rendra :

Alors laijfant les alarmes,

Et les hajars perilleus,

Tu rueras ius les armes.

Et le courage orguilleus,

Dont tufoulcis mettre en terre

Meint vaillant homme de guerre

Renuersé fous fon efcu,

Qjii repentant en fa face

De fa première menaffe

Tout haut fe crioit vaincu.

Donq laijfant dague & efpee

Ton habit tu reprendras,

A plus dous ieus ocupee

Ton dous lut tu retendras :

Et lors meints nobles Poètes,

Pleins de celejies efprits.

Diront tes grâces parfaites

En leurs trejdoéies efcrij :

Marot, Moulin, la Fonteine, Auec la Mufe hauteine De ce Sceue audacieus.

Dont la tonnante parole.

Qui dens les Ajlres carole.

Semble un contrefoudre es Cieus

Toutefois leur fantajïe

Ton lo-{ point tant ne dira.

Comme d'un la Poëfie,

Qui de Vonde fortira

Du petit Clan, dont la riue

Priuee de jlots irej

Ha en tout tems l'herbe yiue

Autour des bors retire^.

De cil la Mitfe nouuelle

Rendra ta grâce immortelle :

Du Ciel il eji ordonné

Qu'à lui le bruit de la gloire

De fauoir mife en mémoire,

Entièrement foit donné.

Qu'à ton cœur toujiours cgree Du Poète le labeur : -'

Son efcriture eJi facree A tout immortel bonheur.

Ayant qui ton loj efcriue.

Mourir ne -p eus nullement:

Ainjï Laure, ainji Oliue Viuent éternellement.

Vn Bouchet en façon telle.

Met en mémoire immortelle

De Jon Ange le beau nom :

Sacrant l'Angélique face,

Sa beauté, fa bonne grâce.

Au temple du faint renom.

A tant la Deeje belle

Mit fn à fon dous parler :

Son chariot elle atelle

Toute prejîe à s'en voler :

Les mignonnes colombelles

Par le vague doucement

Esbranlent leurs blanches efles

D'un paifble mouuement.

Loui-^e eftant efueillee

Rejia toute efmerueillee

De lafainte vif on ;

Ignorante f fon fonge

EJl vérité ou menfonge.

Ou quelque autre illufon.

Son corps droit, fa bonne grâce.

Son dur teton,fes beausyeus,

Les diuins traits de fa face.

Son port, fon ris gracieus.

Le front ferein, la main belle,

Le fein comme albajlre blanc

Montrent euidemment quelle

Sortit du Ciprien flanc.

Puis fa vaillance & prouejje,

Son courage, fon adreffe.

Et la force du brasjîen De grand heur acompagnee, La montrent de la lignée Du Gradiue Thracien.

Mais d'autre part, fa doârine.

Sa fagejje, /on fauoir, La penfee aus arts encline Autant qu'autre onq put auoir ; Les vers dodîes qu'elle acorde.

En les chantant de fa voix, A l'harmonieufe corde.

Frétillante fous Jes doits :

Et la chafî été fi délie, Qiii toufiours efi auec elle.

Nous rendent quafi tous feurs Qji'elle ut la naiffance fienne De la couple Cynthienne, Ou de lune des neuf Seurs.

Toutefois il nous faut croire Ce que nous difent les Dieus, Qui par la nuitée noire Se montrent aus dormans yeus.

Ainfi Heàior à Enee En un fonge s'aparut.

Et la fienne defîinee En fonge il lui difcourut.

Souuent la future chofe Dufain efprit qui repoje EJî preuuë de bien loin :

DE DIVERS POETES . l6l

Cefonge prefque incroyable, Qui après fut véritable, En pourra ejlre témoin.

Mais il ejl teins douce Lire, Qpe tu cejjes tes acors.

Si ajfei tu n'as pu dire.

Si as tu fait tes effors.

Celle harpe Methimnoife, Qui peut la mer efmouuoir, N'ut la Ninfe Lionnoi-^e Chanté félon fon deuoir :

Non pas toute la Mufque De celle bende Lirique Qui (longtems ha) jloriffoit En la Grèce : qui meint Prince, Meint pais, meinte Prouince, De fon chant rejiouijfoit.

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