‹ uvres de Louise LabéChapitre 44 sur 46 · DES BLASPHÈMES CONTRE J. C. CONTENUS AU · texte numérisé non relu

DES BLASPHÈMES CONTRE J. C. CONTENUS AU

LIVRE DE M. Jehan Calvin, intitulé Congratulation A MESSiRE Gabriel de Sacconay, precenteur de Lion. Lequel dernier livre s'il n'estoit imprimé au temps dud. testateur veult et ordonne qu'on le fasse imprimer à part premièrement et ensemble.ment avec les autres, du tout sans chercher aulcune louange mondaine, Dieu le sçait, mais pour l'honneur de Dieu et de son Eglise et admendement... etc. »

Cette Congratulation à vénérable Prestre, Messire Gabriel de Saconnay, Precenteur de l'Église de Lyon, était une réponse à la Préface mise par lui à une nouvelle édition du livre ayant pour titre : Assertio septem sacramentorum adversus Martinum Lutherum adiîa ab invinctissimo Henrico ejus nominis octavo. Apud inclytam

urhem Londinum, in œdibus Pynson, ann. MDXXl. (In-4% 78 feuillets). Calvin parlant de cet ouvrage dit dans sa Congratulation (p. 10) : « Ce livre donc fut basti par quelques moines et caphards et gens addonnez à babil et contention. Et le Roy estant persuadé par mauvais conseillers, souffrit qu'on l'imprimast en son nom. Or pour ce qu'il s'est depuis repenti de ceste ardeur inconsidérée, et que le livre estoit si lourd et si fade que la mémoire en pouvoit estre incontinent abolie, il est demeuré enseveli par l'espace de trente ans. »

L'édition lyonnaise de l'œuvre du royal auteur, avec une préface du chanoine G. de Saconay, souleva des tempêtes et fit l'objet d'un incident diplomatique. Le 12 août 1561, Trockmorton, ambassadeur d'Angleterre à Paris, dénonçait cette préfacée Calvin. Théodore de Eèze et Nicolas des Callards réclamaient des poursuites et voulaient que a Saconay fût appelé et livré en procès pour son livre. » Trockmorton modéra cette ardeur, disant : « Il se trouve quelques fautes aucunes fois, lesquelles se remédient et se réparent plus pertinemment par silence que par procès. » Cet avis prévalut, et Catherine de Médicis remit, le 8 octobre 15 61, à l'ambassadeur anglais, le curieux procès-verbal que voici :

o Nous, Guillaume de Gadaigne, baron de Saint- Victor, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, seneschal de Lyon, et lieutenant pour sa majesté au gouvernement de Lyonnois, sçavoir faisons que nous, ayant receu les lettres missives du dit seigneur soussignées par sa majesté et scellées de son cachet, à nous

adressans en date du XV' jour de septembre, l'an présent MVLXI, par lesquelles nous est mandé exhiber et défendre au libraire qui a imprimé certain livre intitulé : Régis Anglia Henrici hujus nominis octavi asserùo septem sacramentorum adversus Martinum Lutherutn, avec une préface de M. Gabriel de Saconay, de vendre, ni exposer en vente, ni encore en pays estrangers pour y estre vendu le dit livre, jusques à ce que la dite préface aura esté reformée en certains endroitz plus à plein déclarez par les dites lettres, sur peine de confiscation de tous les ditz livres, et de punition corporelle, avons ce jourd'huy, vingt-troisiesme des ditz mois et an, mandé venir par devant nous Guillaume Roville, marchant libraire demeurant à Lyon, sous le nom duquel on dit le dit livre avoir esté imprimé, et pareillement avons mandé venir le dit M. Gabriel Saconay, auxquels comparans par devant nous, avons fait entendre la volonté du roy, leur exhibant les dites lettres et dicelles faisant lecture, suivant lesquelles avons prohibé et défendu au dit Roville de vendre ou exposer en vente, ni envoier dehors pour vendre ce dit livre par luy ou par interposite personne, sur les peines contenues ez dites lettres, jusques à ce que la dite préface aura esté réformée ez IlII", IIII», et 1111»% IIP feuilletz d'icelles. Et avons enjouint au dit de Saconay, suivant la volonté du dit seigneur, de reformer la dite préface ez ditz endroitz et de supprimer ou bien changer ce qui semble offenser la mémoire du dit feu roy Henry, huitiesme d'Angleterre, en ce qu'il parle du repudiement de sa première II. 6.

femme, et dict au dit 1111^" feuillet qu'il a fait divorce tout à un coup avec sa femme légitime et l'Esglise, espouse de Dieu, au commencement du IIII^^, IIP', que la taclie et macule d'heresie dure encore par le jourd'liuy en son royaume et que sa nouvelle Jesabel avoit enfin porté la peine qu'elle avoit justement méritée, en sorte que la royne d'Angleterre à présent régnant se puisse tenir pour contente et satisfaite. Lequel M. Gabriel de Saconay nous a dict et respondu qu'il obéira à la volonté de sa majesté, et quant au dit Roville libraire, il nous a dict et respondu que véritablement il a imprimé ou faict imprimer le dict livre, et a promis, moyennant son serment et sur les peines à lui indictes, qu'il ne vendra ni exposera en vente, et n'enverra dehors pour vendre, ni aultrement publier le dit par luy, ni interposite personne en quelque sorte que ce soit, jusques à ce que la dite préface ait esté reformée selon et suivant la volonté de sa majesté; desquelles defîenses , promesses et autres choses nous avons octroyé lettres aux ditz de Saconay et Roville et autres qu'il appartiendra, pour s'en servir en temps et lieu que de raison. Fait l'an et jour sus diz.

«De GuADAiGNE (sic).»

NOTES

NOTES

p. 6, I. 5. — Toutes les recherches faites en France, en Espagne, en Italie et en Allemagne pour trouver, avant i^^o, l'expression par la plume ou par le dessin de l'idée mère du Débat de Folie et d'Amour sont demeurées sans résultat.

Dans le Journal de Jean Héroard (Soulic et Éd. de Barthélémy, à Paris, chez Didot, 1868) on lit, t. II, p. 115, le 5 janvier 1616 : « Le baron de Lux tué par M. le chevalier de Guise à l'entrée de la rue de Grenelle. Le roi fait jouer une comédie françoise De la Folie et de l'Amour aveugle ; il va en la salle de la comédie. »

P. 6,1, 20. — On connaît ua Jean Dagoneau ou Dagonneau, protestant maçonnais, qui, avec ses frères, prit une part active aux guerres de religion. La paternité de la Légende de Domp Claude de Guyie lui est généralement attribuée; mais, malgré les indications obligeamment fournies par M. Tamizey de Larroque, il m'a été impossible de savoir si cet ouvrage n'appartiendrait pas, au moins en partie, i Gibbert-Regnault, Seigneur de Vaux. La

discussion ouverte il y a longtemps sur cette question peut tenter encore quel(iue patient amoureux de bibliographie. (Voir l'article consacré à Jean Dagoneau par la France protestante, de Haag.)

P. 6, 1. 24. — On lit dans le Dictionnaire historique, géogrdphique et biographique de Maine-et-Loire, par Celestin Port (t. III, p. 467), à l'art. Sancé : « La terre appartient, depuis au moins les dernières années du xvi° siècle, à la famille Ridouet, dont un membre, Jacques Ridouet de Sancè, est auteur d'un dialogue allégorique La Folie et l'Amour, imprimé, dit-on.» Cette indication, conforme à celle du manuscrit de Dagoneau, est tout ce qu'on a pu découvrir sur Ridouet et sur ses œuvres.

P. 7, 1. 27. — Dans ses Gemellcs ou PareilleSf'P'ieTre de Saint-Julien, attribuant le Débat de Folie et rf'^moHr, généralement si clair et si limpide, bien des fois si fin et si délicat, presque toujours si simple et si sensé, à « l'érudiie gaillardise » de Maurice Sceve, nous montre clairement qu'il n'y entendait rien. La Muse audacieuse qui avait besoin de quatre raille quatre cent quatre-vingtdix vers pour célébrer la Délie objet de plus haulte vertu, était incapable non pas seulement d'écrire, mais encore de concevoir ce tout petit poème en prose.

P. g, I. 26. — Il suffira, pour s'lh convaincre, de lire les vingtquatre sonnets dans l'ordre où ils sont imprimes et numérotés par Jean de Tournes, ou de jeter les yeux sur l'argument ciaprès, d'une lecture beaucoup moins intéressante, mais un peu plus rapide:

I. Apr^s un prologue dans la langue du chantre de Laure, — II. Louise Labé s'adresse à l'être aime: lui qui sut inspirer tant d'amour, pourquoi n'aime-t-il pas? — UI. Elle se consume en longs désirs et en espérances déçues, et c'est en vain que l'amour vient faire rage contre son cœur, il n'y a déjà plus de place pour une blessure nouvelle. — IV. Mais plus le Dieu cruel nous assaille, plus il nous donne de force pour combattre avec lui. — V. Invocation à l'astre des nuits, confident de sts soupirs

et de ses larmes. — VI. Béni soit cependant le retour du soleil qui lui fera voir celui qu'elle aime! et, le voyant, tlle einploiera si bien le pouvoir de ses yeux qu'elle ne tardera pas à faire sa conquête. — VII. Tendre appel à « l'âme bien aymée, » et, toute tremblante à l'idée de sa venue, douce prière pour se la rendre favorable. — VIII. Fidèle peinture de l'ttat de son âme, qui vit, qui meurt, qui brûle et se noie, et que l'amour mené sans trêve de la peine à la joie pour la remettre bien vite en son premier malheur. — IX. Des qu'elle commence à prendre un repos désire, elle croit posséder le bien après lequel elle soupire. O douces nuits, si elle ne dcit avoir de bonheur en vérité, faites au moins qu'elle en ait en songe ! — X. Quand elle le voit, le front couronné de lauriers « au chef d'honneur plus haut que nul atteindre, » son cœur passionnément épris se demande si, à tant de qualités, il ne pourrait pas joindre celle de lui être « pitoyable. » — XI. Tout, autour d'elle, réjouit sa \'ue, et ses petits jardins pleins de fleurs amoureuses, et les beaux yeux aux doux regards de celui qu'elle aime, mais le plaisir que reçoivent ses yeux ne sert qu'à attacher davantage son coeur. — XII. Aussi quand elle essaye quelque chanson joyeuse, son luth qui pleura si souvent avec elle, ne produit sous ses doigts qu'un accompagnement de soupirs et de larmes. — XIII. Ah ! que l'envie ne l'empêche pas de s'unir à lui, qu'à lui elle puisse s'attacher comme le lierre à l'arbre, la mort envieuse de son bonheur pourra alors venir la prendre, et si son esprit sur ses lèvres s'enfuit elle mourra « plus que vivante, heureuse. » — XIV. « Tint que Ses yeux pourront larmes epandre, » tant que sa main saura toucher le luth pour le chanter, tant que son esprit sera content de ne comprendre que lui, elle ne saurait désirer mourir; mais quand elle sentira sa main impuissante, sa voix cassée, ses yeux taris et son esprit sans grâce, elle priera la mort de «« noircir » le plus clair de ses jours. — XV. Pour fêter le retour du soleil, Zêphir éveille la terre, les fleurs se parent de mille couleurs, et dans les arbres les oiseux font merveille. Que Zêphir fasse vers elle revenir son soleil, et il verra s'il ne la rend pas plus belle. — XVI. Après l'orage, le beau temps; après le grand jour, la

nuit sombre; après le combat, le repos. Elle l'a vu et console dans ses peines, craignant de ne pas faire assez pour lui ; mais à présent qu'il l'a embrassée, à présent qu'elle est comme il la voulait, elle le trouve plus froid qu'elle n'aurait désiré. —

XVII. Elle fuit la ville où tout sans lui lui devient ennuyeux, où rien sans lui ne saurait la distraire; et il pourra la contraindre à lui donner ce qu'elle estime le mieux, car il lui faudrait vivre hors d'elle-même pour parvenir à ne plus penser à lui. —

XVIII. Et mêlant à ceux de son ami ses « baisers tant heureux, » elle s'écrie: « Jouissons-nous l'un de l'autre à notre aise, lors double vie à chacun en suivra. » — XIX. A Diane, qui la rencontre en l'épaisseur des bois et lui demande ce qu'elle a fait de son arc et de ses flèches, elle répond: « Le passant à qui je les ai jetées les a ramassées, et il s'en est servi contre moi pour me faire cent et cent bresches. » — XX. On lui avait prédit qu'elle aimerait un homme dont on lui fit la peinture, et le jour où elle le rencontra, elle crut que le ciel avait formé cet amour; mais aujourd'hui «je croy, dit-elle, qu'étaient les infernaux arrêts que de si loin m'ourdissaient ce naufrage.» — XXI. « Quelle grandeur rend l'homme vénérable?» et «< Quel naturel est le plus aimiable ? » Elle l'ignore, mais elle sait bien que toutes les ressources de l'art ne sauraient accroître sa passion. — XXII. La puissante harmonie du ciel lie ensemble les esprits divins, mais si ce qu'ils aiment se trouvait loin d'eux, que deviendrait leur bonheur? — XXIII. Que sont-ils devenus les serments d'autrefois et les louanges dont il la comblait si souvent? C'est la douleur qui la fait ainsi parler, mais elle se console en pensant que lui-même aussi souffre quelque martyre. — XXIV. Ne reprenez, dames, si j'ai aimé, dit-elle en terminant son poème, et Dieu vous garde d'être plus malheureuses que moi.

P. lo, I. 29. — Il est de mode aujourd'hui de chercher la vie d'un auteur dans ses œuvres. Pour les biographes futurs, éclairés par les critiques, les correspondances et les préfaces dans lesquelles on ne craint pas de s'autobiographier, ce travail sur nos contemporains sera moins périlleux; mais quand on le fait sur

d'anciens auteurs dont il nt reste à peu pr.s rien, on s'expcse à commettre d'étranges erreurs.

A l'occasion du V centenaire de la mort de Pétrarque, il a été imprimé, en France et en Italie, quelques douzaines de : Vie de Pétrarque d'après ses vers. Tous les auteurs de ces ingénieux travaux y ont trouvé les traces marquées de l'amour de Pétrarque pour Laure de Noves, femme de Hugues de Sade, qui, fidèle à son mari et respectueuse de ses onze enfants, ne succomba jamais, malgré l'avalanche de rimes qui tomba sur elle. Cependant M. de Berluc-Pérussis vient de démontrer jusqu'à l'évidence que toute cette histoire est une légende, dont l'inventeur est le marquis de Sade. La Laure chantée par Pétrarque était une jeune fille, sœnr et non pas femme de Hugues de Sade. Le pape, qui voyait de bon œil l'alliance du poète avec Laure de Sade, était prêt non seulement à lui laisser ses revenus ecclésiastiques malgré son mariage, mais encore à le doter convenablement. Malheureusement Pétrarque était boiteux, peut-être même sujet à des crises qui ressemblaient a l'épilepsie, et la jeune fille n'en voulut pas.

Combien feudra-t-il de temps pour que cette histoire, autrement vraisemblable que la légende, et du reste appuyée sur les témoignages les plus sérieux, remplace le récit que l'on trouve partout? Sans doute autant qu'il en faudra pour détruire l'invention récente de la collaboration d'Olivier de Magny aux vers de la Belle Cordiére, collaboration découverte dans les vers mêmes de Louise Labé. Il est à propos de remarquer ici que les trois derniers biographes de Louise Labé ont cherché son histoire dans ses sonnets et dans ses élégies. Cochard y a découvert un seul amour, qui remplit à peu près toute son existence; M. Monfalcon y en a trouvé deux, presque d'égales dimensions; quant à M. Blanchcmain, il y en a vu deux grands entre deux petits.

P. ij, I. 4. — Antoine du Verdier, sieur de Vauprivas, né à Montbrison le ji novembre 1544, niort à Duerne le 25 septembre 1600, d'après M. Delaroa. Il a composé une Bibliothèque françoise, dans laquelle sont décrits la majeure partie des livres qui furent publiés au XVI* siècle en France et surtout à Lyon.

Page 1