‹ uvres de Louise LabéChapitre 8 sur 46 · ELEGIE II · texte numérisé non relu

ELEGIE II

D'vN tel vouloir le fer f point ne defire La liberté, ou fon port le nauire.

Comme i'attens, helas, de iour en iour De toy. Ami, le gracieus retour.

Là i'auois mis le but de ma douleur.

Qui fineroit, quand i' aurais ce bon heur

De te reuoir : mais de la longue attente,

Helas, en vain mon dejir Je lamente.

Cruel, Cruel, qui te faifoit promettre

Ton brief retour en ta première lettre?

As tu Ji peu de mémoire de moy,

Que de m'auoirjî tôt rompu la foy?

Comme oje tu ainfi abufer celle

Qui de tout tems Va ejié Ji jidelle ?

Or' que tu es auprès de ce riuage

Du Pau cornu, peut ejîre ton courage

S'ejî embrasé d'une nouuelle fiame,

En me changeant pour prendre une autre Dame :

là en oubli inconjlamment ejî mije

La loyauté que tu m'auois promije.

S'il eji ainjî, & que dejîa la Joy

Et la bonté Je retirent de toy :

Il ne me Jaut ejmerueiller Ji ores

Toute pitié' tu as perdu encores.

O combien ha de penjee & de creinte,

Tout à par Joy, lame d'Amour ejîeinte !

Ores iecroy, vu notre amour pajjee,

QiTimpoJJible ejl, que tu m'aies laijjee :

Et de nouuel ta foy ie me Jiance.

Et plus qu'humeine ejlime ta conjîance.

Tu es, peut eJîre, en chemin inconnu

Outre ton gre' malade retenu.

le croy que non : car tant Juis coutumiere

De faire aus Dieus pour ta Janté prière,

Que plus cruels que tigres ils feraient, Qiianà maladie ils te prochajfer oient : Bien que ta foie & volage inconfiance Mériterait auoir quelque faufr an ce.

Telle efl mafoy, qu'elle pourra fufre A te garder d'auoir mal & martire.

Celui qui tient au haut Ciel fan Empire Ne me f aurait, ce me femhle, defdire : Mais quand mes pleurs & larmes entendrait Pour toy prians, fan ire il retiendrait, l'ay de tout tems vefcu en fan feruice , Sans me fentir coulpable d'autre vice Qjie de t'auair bien fouuent en fan lieu D'amour force, adore comme Dieu.

Défia deus fais depuis le promis terme De ton retour, Phebe fes cornes ferme, Sans que de bonne au mauuaife fortune De toy. Ami, i'aye nauuelle aucune.

Si toutefois, pour eflre énamouré En autre lieu, tu as tant demouré, Si fay ie bien que t'amie nauuelle A peine aura le renom d'ejire telle, Soit en beauté, vertu, grâce & facpnde. Comme plufîeurs gens fauans par le mande M'ont fait à tort, ce crôy ie, eflre eflimee. Mais qui pourra garder la renommée?

Non feulement en France fuis flatee.

Et beaucoup plus, que ne veus, exaltée. La terre aufji que Calpe 6* Pyrenee

j4uec la mer tiennent enuironnee.

Du large Rhin les roulantes areines.

Le beau pais auquel or' te promeines,

Ont entendu (tu me l'as fait à croire)

Que gens d'efprit me donnent quelque gloire.

Goûte le bien que tant d'hommes dejirent:

Demeure au but ou tant d'autres afpirent:

Et croy qu'ailleurs n'en auras une telle.

le ne dy pas qu'elle ne fait plus belle :

Mais que iamais femme ne t'aymera.

Ne plus que moy d'honneur te portera.

Maints grans Signeurs à mon amour prétendent.

Et à me plaire & feruir prêts fe rendent,

toutes & ieus, maintes belles deuifes

En ma faueur font par eus entreprifes :

Et néanmoins, tant peu ie m'enfoucie,

Que feulement ne les en remercie:

Tu es toutfeul, tout mon mal Sr mon bien:

Auec toy tout, & fans toy ie n'ay rien:

Et n'ayant rien qui plaife à ma penfee,

De tout plaifr me treuue delaijfee.

Et pour plaifr, ennui faijjr me vient.

Le regretter & plorer me conuient.

Et fur cepoint entre en tel defconfort,

Qjie mile fois ie fouhaite la mort.

Ainji, Ami, ton abfence lointeine

Depuis deus mois me tient en cette peine.

Ne viuant pas, mais mourant d'un Amour

Lequel m'occit dix mile fois le iour.

Reuien donq tôt, fi tu as quelque enuie De me reuoir encof un coup en vie.

Et fi la mort auant ton arriuee Ha de mon corps l'aymante ame priuee, Au moins un iour vien, habillé de dueil, Enuironner le tour de mon cercueil.

Que plufi à Dieu que lorsfujfent trouut{ Ces quatre vers en blanc marbre engraue:^.

PAR TOY, AMY, TANT VESQVI ENFLAMMEE, qv'en langvissant par FEV SVIS CONSVMEE, QVI COVVE ENCOR SOVS MA CENDRE EMBRAZEE, SI NE LA RENS de TES PLEVRS APAIZEE.

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