‹ Œuvres de M.A. JayChapitre 20 sur 48 · NICOLAS FR«BMÂN. II · texte numérisé non relu

NICOLAS FR«BMÂN. II

ce malheur, dont l'idée seule me cause un effroi mortel , je déclare à tout l'unirers que ce n'est pas moi , Jean - Nicolas Derville , qui suis le père de mon ouvrage , et que je Fai trouvé tout fait dans un vieux manuscrit de la Bibliothèque royale. Je suis prêt d'aile leurs à faire afficher dans tous les lieux publics et carrefours de Paris que je ne suis pas heureux. Afin donc que l'envie sache à quoi s'en tenir sur ce point essentiel , et ne me regarde pas comme un écrivain favorisé de la fortune , je recommande les vérités suivantes à l'attention de tous les méchants critiques et de tous les critiques méchants.

i<^ Je n'ai point d'amis qui se fessent un devoir de me produire dans le monde , d'annoncer mes chefs-d'œuvre 5 et de solliciter pour moi les éloges des journalistes. On ne me vit jamais en habit de velours » l'épée au côté et la plume au chapeau , attendre dans une antichambre que le patron eût achevé de folâtrer avec sa chienne favorite , ou de converser sérieusement avec son perroquet , pour mie recevoir du haut de sa grandeur, et

Il8 KIOOL^ FBJUMAK.

m'asBorer , en bàillani, de sa liés hante el k plos aonreal tiès imilik protection.

a« Je n'épouse ks passions d'ancon parti ; je n'entre ni dans leurs amitiés*, ni dans leiits ressentjmttus : j'admire ComeiUe, Racine , et Voltaire , Monteaqokn et fiossnet , Pascal et Rousseau , MaUd>randie et Montaigne ; et je mesore mon admiration, non sur l'époque où ils viraient , mais seulement sur le mérite de leurs ouvrages.

3® Je ne promine point mon inutilité dans un équipage somptueux; je n'ai même pu parvenir au modeste tilbury. Enfin, quoique je trouve quelquefois le pnvé de Paris brûlant, je ne le brûle jamais , et mes jambes on peu grêles me tran^iortent, tant bien que mal , dans tous les lieux où je suis appelé par mes affaires , ou par l'amour du pbisir.

Dn plaisir! A peine eus-je écrit ces mots, qœ l'Envie elle-même , au regard loucbe, au firoDt d'airain, à la voix de pie grièdie, parut devant moi , sous les traits de **** , détachant une couleuvre de sa hideuse chevelure.

NICOLAS FRBSMAN. ng

Arrêtez , m'écriai-je , déesse protectrice de toutes les noirceurs anonymes qui circulent chaque jour dans Paris ; arrêtez , et jugez si les plaisirs que je puis me procurer sont dignes d'allumer votre noble courroux.

L'habitude me conduit quelquefois dans ces salons où Fennui manque rarement de se trouver, entre l'insipide gazouillement de nos dandis politiques et littéraires , et les pesantes dissertations des grotesques adorateurs de la muse anglo- germanique. Là, jamais la raison n'ose élever sa voix ; on y trouve peu de décence dans les manières , peu d'urbanité dans les conversations; les femmes même y sont à peine respectées , et la vieillesse n'y conserve aucune autorité. L'honnête homme, fatigué , garde silence , et la sottise y triomphe impunément. Si je veux me préparer les douceurs d'un profond sommeil, j'ouvre au hasard quelques uns de ces poèmes en prose, de ces romans historiques dont la littérature française est inondée depuis quelque temps , et qui vont rejoindre , dans le vaste gouffre de l'oubli, cette foule de poésies vraiment

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fegitives , de drames originaux imités de Byron on de Maturin , de discours acadëmi* ques , de lucubrations kanto-platoniciennes , et d'ëpltres dédicatoires qui ont épuisé Fadmiratiou d'un jour. Je m'en rapporte à tousmême sur le plaisir qu'ils peuvent me faire éprouver ; je ne pense pas qu'il en existe de plus innocent, de moins digne d'envie.

Lorsque, après avoir consulté l'état de mes finances , je me trouve en état d'acheter un plaisir d'un genre plus noMe , je vais à l'Opéra ; je m'expose aux détonations d'un orchestre impitoyable , et à toutes les horreurs du récitatif obligé. Là , j'entends mugir tout ce peuple de héros et de dieux, dont les voix ont quelque chose d'infernal. J'admire, j'applaudis^ je bâille, et je me retire, emportant avec moi des souvenirs qui me suivent jusque dans les bras du sommeil. Souvent , au milieu des nuits, la basse-taille du grand-prétre, l'accent harmonieux du trombonne, le char aérien qui laisse échapper une pesante Minerve ou un lourd Jupiter, assiègent mon imagination et me réveillent en sursaut : tant on reçoit

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dtmpressions fortes et durables dans ce tianpie des meryeiUes.

Je croyais que ces areux suffiraient pour désarmer la déesse ; mais elle n'était pas satisfaite , et le dialogue continua ainsi :

l'bnvib.

N'as-tu pas un bon estomac ?

l'autbuk.

Oui , déesse : je fais hardiment meis quatre repas par jour: J'ai un estomac à toute épreuvie, un véritable estomac de poète, qu'un cardinal paierait au poids de l'or.

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