‹ Œuvres de M.A. JayChapitre 21 sur 48 · L*ENT1B · texte numérisé non relu

L*ENT1B

Ab y misérable ! tu te plains de ta destinée, et tu digères en vrai chanoine de l'ancienne roche -, tu digères !

l'autbuh, déconcerté.

Pardonnez , déesse : cela n'est bon que matériellement 3 mais au moral je ne puis digérer ni le sot orgueil de la ttiédioctité décorée , toi la

133 NICOLAS FBBBM^N.

perfidie du tartuffe qui vous serre la main en public et vous déchire en secret, ni les promesses des protecteurs en titre d'office ; tout cela me reste sur l'estomac comme un plomb.

l'biïyib.

Fort bien. As-tu jamais publié quelque ou-

vrage?

LAUTBUB.

Non ; mais j'ai hasardé sur la scène française une comédie de caractère en cinq actes et en vers , pièce charmante , pièce unique dans son genre, pièce digne de Molière et d'un meilleur sort I

l'bntib.

Tu fus sifflé !

l'autbub.

Outrageusement , injustement , diaboliquement.

l'bnyib.

Je ne m'en souviens plus.

NICOLAS FRESMAN. 1 tl3

l'autbitr.

Je le crois : l'harmonie des sifiElets vous endort , et vous ne vous réveillez qu'au bruit des applaudissements.

l'bnyib.

A la bonne heure ! Quelle a pu être la cause d'une chute aussi bruyante?

l'autbuh.

Que voulez-vous , déesse ! je n'avais songé qu'à composer un bonne comédie , et n'avais pris aucune précaution pour la faire applaudir. D'ailleurs , un succès m'aurait ruiné ; je n'étais point assez riche pour acheter les suffrages d'un parterre et la conscience d'un journaliste ; je ne pouvais réussir.

l'bnyib.

Mais tels et tels ont pourtant réussi. Comment ont-ils fait ?

l'autbiu.

C'est le secret de la comédie.

1^4 nicolas frbbman.

l'envib.

Allons ! je vois bien que ta n%s pas heureux. Encore un mot, et je me retire. As-tu une maîtresse ?

L'AtJtrÈtm.

Oui ! une maîtresse vaporeuse.

l'bntub.

Cela suffît. Je te plaindrais si je n'étais pas TEnvie. Je suis contente. Prends une feuille de papier, et hàte-toi d'écrire le certificat que je veux bien t'octroyer. j^e t'ordonne de le faire connaître au public pour la satisfaction de mes amis , et pour ta propre sûreté.

l'autbub.

Me YCHlà prêt.

l'bntib.

c( D'autant qu'il est avéré , constaté , recon< nu, prouvé »

NICOLAS FRSBMAN. 1^5

l'auteur.

Où ayez-vous pris ee style d'avoué ?

l'bnvib.

C'est au barreau , où je me trouve souvent avec ma sœur la Discorde. Gontimie.

l'auteur.

Prouve.

l'en VIE.

c( Par faits certains, positifs, authentiques, incontestables, que Jean- Nicolas ne possède ni fortune , ni dignités, et n'est en faveur chez aucune puissance ; qu'il a été bien et dûment sifflé en plein théâtre ; que ledit Nicolas peut aspirer tout au plus à l'honneur de lire quelques rapsodies de sa composition à la société philotechnique ; enfin , qu'il n'est point heureux , et ne le sera probablement jamais ; je dé&nds à tous mes féaux et zélés serviteurs, savoir, aux faiseurs de libelles , aux compilateurs de scandale , aux calomniateurs anonymes ou pseudonymes , aux barbouilleurs de

ia6 NICOLAS FRBBMAN.

caricatures, de troubler le repos du susdit Nicolas, à moins qu^il n'obtienne par hasard un succès impardonnable, d

A ces mots , les serpents de l'Envie se dressent, et se mettent à siffler en chœur d'opéra. L'affreuse déesse me lance un regard de travers, jette un cri terrible , et disparaît dans un épais nuage, dont l'odeur empoisonnée pensa me suffoquer.

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