LA YIE ET LES OUVRAGES
MADAME DUFRENOT.
Madame Dufrenoy avait entrepris, en îjjaa ,, d'écrire, soua le titre modèle de«Sp«wnirê* les mémoires de sa vie j différentes circonstances , telles que des travaux littéraires entrepris et inachevés , les soins à rendre à une mère chérie , d'un âge avancé et d'une santé chancelante , les distractions inévitables de la société dont elle était l'un des ornements, ne lui permirent pas d'accomplir ce projet. On
m£langb5 de littérature. 4^5
nV trouvé dans ses manuscrits qu'un petit nombre de pages, où les détails dé son enfance et les premières impressions de sa jeunesse sont racontés arec naïveté , mais qui ne peuvent offrir d'intérêt qu'à sa famille et à ses amis intimes. Nous devons regretter que le temps lui ait manqué pour interroger ses souvenirs , retracer les scènes diverses d'une vie constamment agitée , ses alternatives de bonne et de mauvaise fortune , ses longues peines , ses plaisirs fugitifs, pour nous dévoiler le mystère des créations poétiques qui ont fait sa gloire plus que son bonheur.
• A l'époque de la révolution , madame Dufrenoy était dans tout l'éclat de la jeunesse , dans toute la fraîcheur de son talent. L'imposait spectacle d'un grand peuple redemandant ses droits, si long- temps oubliés, frémissant d'enthousiasme aux noms de liberté et de justice , devait frapper tous les esprits et réveiller dans tous les cœurs dés émotions sympathiques : aussi peu de Français échappèrent en 1789 à fe commotion générale. On croyait voir briller l'aurore <fttnë régénération sans
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résistance , d'une liberté sans orages ; l'illusion ne fut pas de longue durée : bientôt les intérêts opposés se heurtèrent , les factions furent déchaînées , la France se couvrit de gloire et de deuil,
Dans ce temps d'agitation et de troubles civils , madame'Dufrenoy, dont le mérite était déjà connu , et qui se trouvait en rapport avec des personnages influents de diverses opinions, prit toujours le parti de la faiblesse et du malheur ; chaque excès de la révolution était pour elle un sujet de profonde tristesse et une occasion de rendre service à des infortunés. Que de touchantes anecdotes, que de faits précieux elle aurait pu nous révéler? Ses souvenirs n'auraient, point été remplis d'apologies douteuses et d'accusations hasardées : son coeur, exempt d'envie , fut accessible à l'amitié , jamais à la haine. Elle ne se piquait point de dévotion, mais elle était pieuse et pleine d'indulgence : une célébrité fondée sur le scandale aurait fait le tourment de sa vie : son premier besoin était de laisser une mémoire sans ta* che et un nom respecté.
J| «dame Dufrenoy est née à Paris le 3 décembre 1765, dans l'une des maisons de la ne do Harlay, près de celles où forent életés Boileau et madame Rolland. Son père , Jacques Billet , joaillier, distingué dans sa profession , aimait les arts , les lettres et ceux qui les cultivaient avec honneur. Comme l'instruction n'était pas encore très répandue , il devint l'oracle de son quartier : on le consultait sur les questions les plus difficiles. Madame Dufrenoy nous apprend dans ses notes manuscrites qu'il arrangeait plus d'affairés que ne pouvaient en déranger les procureurs de la rue du Harlay et des rues adjacentes. De tous les faits qu'elle rapporte ; c'est peut-être le seul qu'on puisse sans témérité soupçonner d'exagération.
M. Billet , joaillier de la cour de Pologne et de plusieurs grandes maisons de France, avait acquis dans son commerce une fortune considérable. Son inclination pour la littérature lui avait valu l'amitié de quelques hommes célèbres; il les recevait avec plaisir, et oes réunions avaient pour lui un intérêt par*
ticujier. On y parlait des productions nouvelles; on y citait les épigrammes du jour; on s'y décbtfnait contre le parlement II anpeou ; les anecdotes de la cour et de la ville n'étaient pas oubliées ; en6n cm jouissait du présent , sans trop s'inquiéter de l'avenir*
Madame Dufrenoy était bien jeune k cette époque; cependant ces conversations littéraires et politiques frappaient son imagination; elle commençait à sentir et & exagérer le prix de la célébrité ; elle ne séparait pas le bonheur de lu gloire ; et ce sont peut-être ces premières impressions qui ont fait sa destinée. Elle se rappelait parfaitement l'urbanité de Boche* de Chabannes* la morgue décisive de la Harpe , les saillies ingénieuses de Champlbrt, et les dissertations poétiques d'André Murville.
Une tante de madame Dufrenoy était religieuse et supérieure de la maison des soeurs hospitalières de La Roquette. Cette tante, qu'on nommait la mère Saint- Félix, se chargea de son éducation. « Elle me traitait, dit madame Dufrenoy dans ses notes , avec une
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tendresse maternelle j elle m^appsit à lira* et me fit donner des leçons de musique. Mes études se bornaient à apprendre par cocrur l'Évangile 9 les épltres des apôtres, et le grand catéchisme de Montpellier. On distribuait des images- aux pensionnaires qcd savaient le mieux leurs leçons. Gomme j'étais fréquemment la première de ma classe , ma tante me regardait comme un prodige , et ne tarissait point sur l'éloge de mon esprit.
Ma mère , enchantée de mes progrès , me donna pour récompense h M*gaê4* des **- Jhntê par madame Leprince de Beaumoftt.
Cet ouvrage , l'un des meilleurs que l'on ait autrefois composés pour l'éducation , fit mes délices. Dans les heures de récréation, je me retirais pour me livrer & ta lecture sous les beaux ombrages de notre couvent. Ma tante, ravie de mes dispositions, me donna la clé de sa bibliothèque ; mais elle voulut que sa cellule devint mon cabinet de lecture : elle craignait d'encourir le blâme des religieuses en étendant un peu trop le cercle de mun instruction. Ce fut donc à la dérobée , et comme en
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bonne fortune, que je lus les sermons de Massillon, ceux de Bourdaloue, YlmitiUia* de Jésus- Christ ,, quelques autres livres de piété, et les Vies des saints. Ce dernier livre me remplit d'enthousiasme. Je relus plus de vingt fois l'histoire de sainte Geneviève et celle de sainte Cécile; j'admirais leurs vertus, leur courage , leur dévouement religieux , et j'aurais voulu cueillir la palme du martyre.
» J'entrais alors dans ma septième année , et ma tante me traitait comme une jeune fille toute formée. C'était moi qui lisais dans sa cellule les prières de l'église , qu'elle écoulait avec recueillement. Tous les matins je nie le* vais une heure avant mes compagnes ; et , lorsque j'avais récité tout haut les oraisons du jour, je faisais le café de la mère Saint* Félix, ou sa soupe aux herbes, déjeuner frugal que je partageais avec elle. J'étais heureuse de la voir, heureuse de sa tendresse ; et je ne concevais de bonheur que dans l'état religieux. »
Nous avons conservé ces détails, puce l'ils donnent l'idée de,la première éducation
que recevaient alors les jeunes filles. Tout cela a été changé ; on dit que c'est pour le Mieux , et je n'ai nulle envie de discuter la question.
Madame Dufrenoy , toute préoccupée qu'elle était des charmes de la clôture , revint cependant avec plaisir sous le toit paternel. Ce fut un bonheur pour elle qu'une liaison de parenté établit un lien plus doux d'intimité entreelleet M. Laya,qui devait aussi se vouer avec distinction à la culture des lettres , et qui, jusqu'à la mort de madame Dufrenoy, est resté fidèle & cette franche amitié de jeunesse qui ne vieillit jamais. Les conseils et Firfstruction supérieure de M. Laya furenTutiles à une jeune femme qui , sous le voile d'une timidité naturelle, cachait un ardent désir de la gloire littéraire. Une seule anecdote fera juger de celte timidité, qui n'était peut-être qu'un excès de modestie. Madame Denis, nièce de Voltaire ^alors madame Du vivier), la reçut à dîner chez elle ajçec son mari , M. Petit-Dufrenoy. Elle pouvait alors avoir dixsept ans. a J'avais été invitée à la soirée , m'a
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raconté M. Laya. Madame Italie, s'cxprimant sur le compte de ma jeune cousine , dit à Tune des dames de sou cercle , assez ha* pour que madame Dufrenoy l'entendit :
<c Cette jeune femme est fort jolie , mais elle » est bien béte. » La pauvre jeune femme quitta la place , et vint à moi, à l'extrémité du salon, dévorant ses larmes; elle suffoquait* Elle me conta naïvement le doux propos de madame Denis. Je saisis cette occasion pour l'exhorter à vaincre cette malheureuse timidité qui comprimait et annulait, pour ainsi dire , dans la société toutes les ressources de son esprit. » Mais l'usage du monde pouvait seul vaincre ce sentiment de défiance qui accompagne presque toujours le vrai mérite.
On voit quelle était très jeune lorsqu'on lai fit épouser M. Petit- Dufrenoy, procureur au Chàtelet , homme d'esprit et de plaisir, aimant aussi la littérature et les hommes de lettres , menant on grand train de maison , et honoré de la confiance de plusieurs familles illustres. Voltaire, dans les dernières années de sa vie , l'avait chargé de quelques affûtes
difficiles; et nous avons lu quelques' lettres inédites où iî rend justice à ses lumières et à sa probité.
Nous n'avons plus maintenant pour nous guider que le souvenir des conversations confidentielles de madame Dufrenoy et quelques notes sur ses ouvrages, oe qui ne nous permettra pas de mettre une liaison bien inti- ' me entre les événements que nous allons raconter.
M. Dufrenoy aimait Iteaucoup le monde «t voyait une société distinguée ; sa femme n'ojv posait aucune résistance à ses goûts, maif elle préférait la solitude : c'est le penchant naturel de tous ceurf qui ont de la* portée dans l'esprit et de la vivacité dans l'imagination. Madame Dufrenoy s'y Hv#!rt autant que cela pouvait s'accorder avec ses devoirs ; elle recevait, dans la retraite , des inspirations quf tàfirendaient heureuse. Bientôt elle sentit le besoin d'en Axer les traces fugitives. Elle dftit poète , il ne lui manquait plus que la connaissance de l'art : ce fut l'objet de ses nouvelles études.
a Dans ma jeunesse , dit madame Dufrenoy, on me fit présent des Elégies de Parny, de cet auteur divin. Déjà la passion de la poésie dévorait mon âme ; j'étais sensible et malheureuse : l'élégie devenait mon domaine.
Pour bien me pénétrer de ses différents caractères , j'étudiai les anciens; je ne quittais plus Catulle , Tibulle et Properce ; ils occupaient mes jours , enchantaient mes veilles ; bientôt je les sus par cœur ; et cependant je les lisais sans cesse. Parny me sembla les avoir atteints; et je cherchai à suivre ses traces , sans néanmoins l'imiter, l'amour n'ayant pas chez les femmes la même expression que chez les hommes: Moins passionnées, peut-être plus tendres, ces nuances mè parurent ouvrir un nouveau sentier à l'élégie. »
Pendant que madame Dufrenoy s'abandonnait ainsi au culte des Muses et aux douces rêveries , tout changeait autour d'elle ; la révolution faisait des progrès rapides , et renversait dans' la poussière tout ce qui lui opposait quelque obstacle. Les intérêts qui s'attachaient aux anciennes institutions furent al-
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laqués, et peu de fortunes particulières résistèrent à la violence de la destruction.
M. Dufrenoy éprouva de grandes pertes, çtles supporta avec courage*. Madame Dufrenoy, devenue attentive aux mouvements politiques, et dont Tàme généreuse s'indignait de tous les excès, devint suspecte au parti révolutionnaire. La mort de Louis XVI, le sort de la famille royale, lui avaient fait verser des larmes : elle fut forcée d'aller cacher sa douleur dans la retraite. L'aspect des champs , la vie solitaire , convenaient à ses goûts : elle se retira dans une jolie maison de campagne , à quelques lieues de Paris , et y donna asy le à plusieurs proscrits. M. de Fontanes , qui avait eu le bonheur d'échapper aux échafauds de Lyon , se réfugia près d'elle, et fut à l'abri de l'orage qui grondait encore. Les conseils de M. de Fontancs, qui attachait alors quelque prix à la profession d'homme de lettres , ne furent pas inutiles à sa protectrice. Ils lisaient ensemble les meilleurs poètes de l'antiquité et des temps modernes; ils cherchaient à surprendre le secret de leur gé-
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nier et s'eflbrçaienf quelquefois de lutter contre eux. M. de Foixtanes pouvait donner des leçons de goût; personne ne pouvait mieux les comprendre et les suivre que madame Dufreaoy.
Nous voudrions pouvoir rappeler ici tontes les nobles amitiés que madame Dufrenoy cul* tivcrit dès cette époque et qu'elle a fidèlement conservées jusqu'à sa mort. Elle comptait par» mi ses amis d'abord M. Laya, à qui elle a adressé une éplrre, et dont VAmi des loi* avait révélé le talent et le courage; ensuite M. Félix Faulcon , membre de plusieurs semblées législatives; M. de 6érando, qui Vait survivre aux plus chers objets de ses affections,, et dont la vie n'a été qu'une défense continuelle de la philosophie et de l'humanité ; Camille Jordan, dont le nom est inscrit parmi ceux de nos grands citoyens et de dos plus* illustres orateurs. Elle les; aima, les servit aux jours de l'adversité avec cet infatigable dévouement qui a produit tant d'actions héroïques pendant les tempêtes de la révolution. Le malheur trouva toujours près d'elle
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un accès facile ; eHe compromît souvent sa sûreté personnelle pour sauver des proscrits; et, quand tout subissait le joug de la terreur, elle ne craignait que les dangers qui menaçaient ses amis.
Le calme se rétablit par degrés dans Tinté* rieur; mais, comme nous l'avons dit, toutes les fortunes privées avaient éprouvé plus ou moins de secousses , et celle de M. Dofrenoy se trouva entièrement ruinée. Madame Dufrenoy soutint ce revers avec fermeté. Elle avait un fils né avec d'heureuses dispositions, dont l'existence devait être assurée : elle se livra sans hésitation aux travaux les plus in~ compatibles avec ses habitudes et ses goûts ; mais la tendresse maternelle surmonta tous les obstacles. Cette femme , élevée dans l'aisance,, familiarisée avec les élégances de la vie, et dont la brillante imagination entretenait avec le monde idéal un commerce assidu, passait les jours et les nuits à faire des copies pour les avocats, les avoués et les hommes d'affaires. Son fils fut placé dans une maison d'éducation. Elle soutint son mari, que menaçait
une infirmité redoutable , la perte entière de la rue. Rien de plus digne d'admiration que ce dévouement de tous les jours , de toutes les heures , que cette lutte perpétuelle contre des besoins sans cesse renaissants! Madame Dufrenoy en trouvait la récompense dans son cœur, dans l'affection d'une mère et d'une sœur tendrement aimées , et dans l'estime de tous ceux qui connaissaient sa position ainsi que la constance et le but de ses efforts.
Quelques années pénible» s'écoulèrent dans ces occupations si peu poétiques ; enfin ses dé* marches et les sollicitations de ses amis obtinrent pour M. Dufrenoy le greffe du tribunal d'Alexandrie. Madame Dufrenoy suivit son mari et lui servit de secrétaire. Les rives pittoresques du Tanaro , le beau ciel de l'Italie 7 ne la laissèrent point sans inspirations, mais ne purent la détourner de la tâche qu'elle s'était imposée. M. Dufrenoy fut malheureusement frappé de cécité , et tout le fardeau du greffe retomba sur le secrétaire. Cette situation ne pouvait être de longue durée : les deux époux rentrèrent en France privés de
leur dernière ressource et n'entrevoyant qu'un avenir d'infortunes. Madame Dufrenoy se remit avec ardeur au travaiLingiat des copistes; elle y joignait la composition de quelques ouvrages pour la jeunesse dont le #uccès a été constaté par df nombreuses éditions. Mais tant de soins, altéraient sa santé ; et peut-être eût-elle succombé , victime du devoir et de la vertu , si la Providence ne lui eût envoyé un protecteur et un ami.
III. 4e comte de Ségur, dont le nom rappelle de glorieux souvenirs, et qui réunit dans sa famille tous les genres d'illustrations; M. de *$égur, renommé pour le savoir,Jle goût , le talent et le noble caractère , fut instruit de la situation où se trouvait une femme si heureusement douée , et dont il avait apprécié le mérite. Il attira sur elle l'attention d'un gouvernement despotique par circonstance , mais qui du moins savait distinguer le talent et le mettre à sa place. Madame Dufrenoy. obtint une pension qui l'éleva au-dessus du besoin , et lui laissa les loisirs nécessaires pour cultiver les lettres. Ce fut à pau.près vers la même it. a 9
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époque que parut pour la pmoaière tria le JUcueilde ses œuvre* poétiques. Le succès passa se» espérances; les. meilleurs critiques s'accordèrent à eu faire l'éloge. M. Dusaalt luimême , censeur difficile et dédaigneux, avona que les Elégies de madame Dufrenoy étaient empreintes de cette verve vivifiante , de ce génie poétique, qui prennent leur souTce dans une àmç vivement émue et dans une imagination passionnée; nulle voix ennemie ne troubla ce concours de suffrages. Madame Dufrenoy cherchait la gloire , et se trouva heu* reuse d'être arrivée au terme de ses vœux.
Ses travaux littéraires devinrent alors glus variés et plus nombreux. Parmi les ouvrages qu'elle composa pour l'instruction de la jeunesse nous nous contenterons de citer la Biographie des demoiselles, qui jouit d'une estime méritée. Elle voulut aussi cueillir des pal* mes académiques : l'académie de/ Jeux floraux , celle de Cambrai , lui ont décerné pàur sieurs couronnes ; enfin en 1814 elle obtint le prix de poésie proposé par l'Académie française. Le sujet du poème était U Mari rfe
baywrà, sujet héroïque, qui sortait du genre adopté par madame Dufrenoy, et qu'elle traita avec cette élévation de sentiments, cette force dé pensée et cette pureté de goût dont l'accord est devenu si rare. C'était le greqper exemple du prix de poésie accordé & une femme par cette docte assemblée; et , ce qui est digue de remarque , l'opinion publique cohfirma son jugement '
À cet* époque , des événements imprévus firent passer la famille dqi Bourbons d'un long exil sur le tsAne de France. Bientôt une autre révolution , moins inattendue , ramena ^dans 1* palais des rois l'exilé de l'Ile d'Elbe. Au milieu de ces vicissitudes, les partis se prononcèrent avec chaleur; et, comme il arrive presque toujours en de telles circonstances , le parti définitivement victorieux devint persécuteur. Des listes de proscription forent dressées : ou exigeait des individus isolés plus de fixité d'opinion que n'en avaient montré les rois eux-mêmes; les calomnies, les délations, devinrent des preuves de loyauté ; la gloire nationale aurait même été décimée si le sen-
fiaient de l'honneur eût été in*ns enraciné dans le cœur français, et si la vue importune des drapeaux de l'étranger n'eût réveillé au fond des âmes les feux mourants du patriotisme, g
Dans toutes ces convulsions de la société, madame Dbfrenoy conserva l'indépendance de son talent et sa sympathie pour les opprimés. Elle aimait sa patrie ; et' l'état d'abaissement où elle la voyait réduite en présence de l'Europe armée lui inspira ces plaintes d'une jeune Israélite sur la destruction de Jérusalem , élégie du genre le plus élevé , où, sous Je voile transparent de l'allégorie, l'auteur verse des larmes sur les malheurs de la France, sur le sort de ses guerriers , et rêve encore pour elle un avenir de grandeur.
Cependant la situation particulière de madame Dufrenoy s'améliorait progressivement; sa haute renommée pouvait exciter l'envie, mais ne pouvait en recevoir d'atteinte. Elle vivait près de sa mère et de sa sœur ; son fils, digne élève de l'ancienne École polytechnique,
▼oyait s'ouvrir devant lui une carrière d'honneur et d'indépendance ; de vrais amis se faisaient un plaisir de sa société : on y remarquait au premier rang son ancien ami M.
Laya, dont l'Académie avait récompensé les travaux littéraires ; l'abbé Sicard , cet apôtre de l'Humanité ; M. Tissot , heureux traducteur de Virgile et de Théocrite , poète plein d'enthousiasme et de goût , prosateur distingué, et qui a laissé au collège de France des souvenirs d'estime qui ne sont pas effacés ( i ) ; M. Ponge rvi lie, qui a naturalisé en France les beautés sévères et didactiques de Lucrèce, et dont le début a été , comme celui de l'abbé Delillû , un coup de maître et un triomphe ; fiérasger, dont le nom n'a besoin d'aucun titre , parce qu'il est le poète de l'époque, le poète national,. aussi philosophe qu'Ho~
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(i) M. Tissot a. repris son cours aux acclamations d'une jeunesse studieuse qui sait apprécier le mérite et le patriotbiqe.
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race, inspiré comme lui, mais plus fier et plus libre ; madame Tnstti , élève chérie de madame Dufrenoy, devenue célèbre par la seule énergie de son talent , et qui s'eftt placée sans effort et sans prétention au premier rang ; madame Deabordes-Vahnore, dont ksaoceitts harmonieux ouvrent le cœur aux plus douces impressions. M'oublions pas M. Vieontt, poète de la liberté et de la civilisation, qui le premier a souleva l'indignation des hommes de bien contre les oppresseurs de la Grèce, et dont la verve étinoelante a flétri toutes les tyrannies.
Madame Dufrenoy était bien digne dVtovt des amis : elle ne songeait qu'à faire valoir leur mérite; elle se montrait fière de leurs succès , et jamais aucun sentiment de jalousie ne troubla la sérénité de son âme. Comme elle se plaisait à rendre justice aux femmes qui se distinguaient dans la carrière des lettres ! avec quel ton de vérité elle a célébré dans ses vers madame Yerdier et madame Boordic-Viot , dont elle conservait précieusement le souvenir ! « J'avais à peine essayé quel-
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qoM «vers , dit-elle lorsque madame Vêrdier était déjà eélèbre ; ses louanges , répétées de toutes parts, excitèrent m on. émulation. La Harpe avait cité avec beaucoup d'éloge une idylle intitulée la Féntmins de Feueluèê % et avait <dH:
De Verdier dans -l'idylle a vaincu Deahoulière*.
« Madame Bourdic-Yiot me répétait sou* vent : a Noos sommes une foule de mofettes; » madame Verdier seule est une muse. s
Cstons encore une note sur madame Boutdic-Viot; elle servira à faire apprécier le caractère de madame Dufrenoy plue justement que toutes nos observations, c Madame Bourdic-Viot était partie pour Barcelone; elle fut enlevée en route par une maladie violente. La veille du jour où cette douloureuse nouvelle fut annoncée dans les journaux > j'avais reçu d'elle une lettre mêlée de vers, dans laquelle elle faisait des projets délieienx pour le printemps suivant. On était à la fin de Tété.
. » La dernière partie de cette lettre était fe contraste parfait de la première. Là elle s'enivrait des plus douces illusions , elle m'asso~ ciait aux jouissances qu'elle se promettait ; ici sou style avait une teinte si douloureusement mélancolique, que ma tendresse en fot alarmée. Je flae dis en soupirant : Celte femme si aimable, si vive, si légère même, quoique si véritablement affectueuse et bonne, s'étourdit; mais elle n'est point heureuse. Hélas ! les projets, les espérances, les peines, tout était terminé. Il ne restait plus d'elle que ses ouvrages ; elle n'existait, plus que dans le cœur de ceux qui l'avaient aimée. Son trépas subit et prématuré me porta le coup le plus terrible -, je perdais en elle une véritable amie; mes regrets furent profonds comme mes sentiments* »
Madame Dufrenoy était sensible aux suffrages du public , mais encore plus à celui de ses amis, qu'elle consultait volontiers, et dont elle savait apprécier les conseils. Elle avouait que l'une des jouissances les plue vives qu'elle eût éprouvées dans sa vie était d'avoir fourni
à Béraâger le sujet d'une de ses^ chansons les plus gracieuses. Béranger, qu'elle comparait souvent à La Fontaine, parce que l'un etl'autre, j>nt élevé leur genre à un rang sublime , avait reçu un exemplaire des Elégies de madame Dufrenoy ; et la lecture de te charmant ouvrage lui inspirales vers suivants, qui trouvent ici naturellement leur place- Veille encore, 6 lampe fidèle, Que trop peu d'huile vient nourrir!
Sur les leoents d'une immortelle Laisse mes regafds s'attendrir!
De l'amour que sa lyre implore, Tu le sais, j'ai subi la loi.
Veille , ma lampe , veille encore , Je lis les vers de 'Dufrenoy.
Son livre est plein d'jôi doux mystère , Plein d'un bouiieur de peu d'instants ; Il rend à mon lit solitaire Tous les songes de mon printemps.
Les dieux qu'au bel âge on adore Voudraient-ils revoler yetê moi !
Veille, ma lampe, veille encore, Je lis les vers de Dufrenoy.
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9 , cotntdc âapho , qu'elle égale , Elle eût, 00 proie à deux penchants, Des amours 'ardente rivale, Am grâces consacré sep chants , Parny près d'une Éléonore Ne l'aurait pu voir sans effroi.
Veille, ma lampe, veille encore, Je 1U les vers de Dafrenoy.
Combien a pleure* sur nos armes Son noble cœur, de gloire épris!
De n'être pour rien dans ses larmes L'Amour alors parût sarpw>y Jamais au pays qu'elle honore Sa lyre n'a manqué de fbi.
Veille, ma lampe, veille encore, Je lis les vers de Dufctnby.
Aux citants du nord 'on fait hommage Des lauriers du Pinde avilis; 11 Mais de leur gloire sois l'image , Toi , ma lampe , toi qui pans 5 A ton déclin , je vois l'aurore Triompher de ftmbre et de toi; Tu meurs j et je relis encore Les vers charmants de Dafrenoy.
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Béranger , coupable d'avoir chanté Ja gloîfe en exil , et attaché quelques traits vengeurs aux flancs de ses ennemis , expia bientôt cette audac#tous les verrous de Sainte ~ Pélagie.
Madame Dufrenoy s'affligea plus que le poète d'une captivité que devaient adoucir tant de . témoignages d'estime et d'amitié; elle confia l'exjfteqpion de ses sentiments à sa lyre fidèle. Il y avait du courage dans la manifestation de ces sentiments , puisque la pension de madame Dufrenoy dépendait du pouvoir ; mais elle ne mit jamais de calcul dans sfcconduite : elle se laissait aller Ahs réflexion à ces nWh . vements du cœur qui n'ont rien de commun avec l'intérêt personnel.
Cependant de nouveaux malheurs la tuenaçaient ; sa santé s'aflhiblit , et sa mère , madame DucbaflUaitr , mocfcle de vertus et de bonté , fut altrfhte en même temps d'une maladie grave , qui , malgré ïes SOàns assidus de se^^les et les Becoore de Fart, la conduisit parrogrés au dernier term%de sa vie. Ma* dame Duchanffour était parvenue à un âge avancé ; mais sa mort frappa sa famille comme
d elle eût été imprévue. Le choc que madame Dufrenoy en reçut fut violent; et, comme par un triste pressentiment de sa destinée , elle marqua elle-même , dans le cimetière du P. Lachaise , la placé qu'elle devait bientôt occuper près de sa mère.
Tous les moyens possibles forent ejnjfcoyés pour la distraire de sa douleur : ses amis redoublèrent d'attention pour elle ; la tendresse de sa sœur et du reste de sa famille l'entoura de. soins et de consolations : on s'efforça de diriger son imagination vers les études et les travaux qui avaient eu tant de diarmes peur elle , et Ton parvint à adoucir sinon ^ calmer entièrement ses regrets. Les succès de son fils, heureux dans un mariage bien assorti , et la Vue de ses petits-fils, la rattachèrent à l'espérance et à la vie.
Madame Dufrenoy vint alors occuper dans la rué des Francs «Bourgeois un joli appartement qui touchait à un petit jardin auquel elle attachait beaucoup de prix.
L'une de ses occupations favorites était de pré-
SS LITTBHATURB. #>!
stder à sa t triture, et de l'orner de fleurs. Elle attendait avec impatienoe le retour de la belle saison j mais le printemps ne devait plus rçnaître pour elle : les fleurs qu'elle avait cultivées ont seryi de guirlandes funèbres , et se sont fanées sur un tombeau. Une indisposition subite , qui ne présentait d'abord aucun caractère alarmant, surprit madame Dufrenoy vers le milieu du mois de mars i8a5.Le froid était encore rigoureux , et une affection de poitrine se déclara si vivement qu'il fut impossible d'en arrêter les progrès. Madame Dufrenoy vit approcher la mort avec fermeté ; l'espoir d'une vie future ne l'avait jamais abandonnée ; elle mourut avec la conviction qu'elle allait rejoindre une mère adorée, et qu'elle reverrait un jour les objets de. ses plus chères affections.
Cette perte affligea profondément sa famille ; et les amis des lettres françaises partagèrent ses regrets. M. le comte de Ségur paya un tribut d'estime à son ancienne amie, et M . Tissot prononça sur sa tombe un discours rempli de cette touchante éloquence à laquelle
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Part est étranger et qui prend souYoe dans le ocear. Madame Dafrenoy repose auprès de» sa mère* Un monument funéraire, d'une élégante simplicité , indique la dernière demeure de cette femme illustre, qui, dans une vie s) diversement agitée, sfest acquis des droits légitimes à la gloire .
En lisant avec quelque attention le recueil de ses poésies, on aperçoit facilement les causes du grand succès qu'elles ont obtenu et le principe de vie qui les fera triompher de l'oubli. 81 elle a cherché dsns les formes cette sagesse de composition et cette pureté do goût qui distinguent les modèles classiques , dans tout h veste elle s'est montrée originale et créatrice. L'expression de ses sentiments, relevée par une délicieuse harmonie, est si naïve, qu'elle touche et émeut comme l'accent réel des passions. La poésie chea elle ne parait point un grt : c'est seulement un langage plus relevé que le langage vulgaire , et plus propre à rendre des impressions exaltées; on voit couler ses larmes ,' on partage ses alternatives de douleur et d'espérance. Ceux qui ont éprou
xi les peints du cœur, «t le nombre en est considérable, retrouvent en elle l'interprète fidèle d* leurs émotions. Nulle recherche ambitifuae dans les pensées, nulle superfluité d'ornements; tqpt y est simple et pénétrant comme la vérité.
Nous ajouterons , comme l'une des causes principales des effets que produisent ces poésies, l'élévation des sentiments et le reflet d'un noble caractère. Tout ce qui est grand et héroïque enflammait l'imagination de madame Dufrenoy : elle pleura sur les malheurs de de son pays avec autant d'amertume que sur une amitié trahie ; ses vers portent l'empreinte de l'époque où ils furent composés. Elle fut sensible aux grandeurs de la France comme à ses revers , et la vue de l'étranger lui inspira des chants mélancoliques qui ont agrandi le domaine de l'élégie. Supérieure sous tous les rapports à madame JDeshoulières , mais ne devant peut-être cette supériorité qu'à l'influence des grands spectacles dont elle lut témoin, et dont elle reçut les impressions, elle
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a conquis une palme immortelle, et son nom, chéri des contemporains , vivra autant que la littérature française dans l'estime de la postérité.
•-ÏUAll
Trois volumes de cette col étaient imprimés lorsque la révolution de juillet est survenue. La crise était depuis long-temps préparée. La dissolution de la chambre des députés, et les ordonnances despotiques qui suivirent cette mesure, ne furent qu'un accident qui en détermina la manifestation; la résistance devint générale parce qu'il y avait unanimité de sentiments et d'intérêt. Une fois la force morale et la force matérielle aux prises, le résultat ne pouvait être douteux , le droit devait triompher.
Jamais spectacle plus instructif ne fut offert au monde : d'un côté le déploie-
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ment d'une armée privilégiée, imposante par sa tenue, la discipline et l'expérience de ses chefs, des troupes de cavalerie d'un aspect formidable, des régiments étrangers habitués à l'obéissance passive , des trains d'artillerie savamment disposés, des créatures dévouées dans toutes les administrations, une faction audacieuse loi* du danger; de l'autre côté, un peuple sans armes mais plein de courage, des jeunes gens enflammés d'amour pour k liberté, mais sans chefs, sans pkn de défense, jetés à Fhnproviste sur le champ de la révolution. La lutte s'engage, faible d'abord, s'animant par degrés , bientôt élevée au phis haut point d'énergie. Dès lors tout est décidé :
car les peuples, une fois ébranlés, ne reculent jamais; leur destinée est de ne se reposer que dans la victoire.
Trois jours ont suffi pour briser un
système dé servitude combiné et Suivi avec la plus aveugle opiniâtreté. Il n'a fallu que trois jours pour détruire l'ouvrage aucruel l'Europe coalisée a travaillé peinturante ^.Q^e leçon p^
les rois! Charles X et sa famille tombés du faite des grandeurs; lui-même réveillé tout à coup de ses rêves de domination absolue, solitaire dans sa cour si récemment peuplée de flatteurs, cherchant des yeux uîi ami et trouvant à peine un valet : voilà le sort de Phomnie couronné qu'une nation abandonne, rameau desséché que le premier coup de vent détache du chêne qui le soutenait.
La révolution de juillet a porté seè fruits ; la nation est rentrée dans ses droits, et sa modération prouve qu'elle est digne de les exercer. Nous avons appris, par une sévère expérience, que l'égalité absolue, et une liberté sans Kmi-
tes, ne sont que des chimères imposai-* blés à réaliser; qu'on s'égare à les poursuivre, et que l'anarchie, avec ses fureurs sanguinaires, est au bout de la course. Nous savons que l'obéissance à la loi qui circonscrit les libertés individuelles dans les bornes posées par l'intérêt général est le premier devoir du citoyen, et que la jouissance incontestée des droits communs est la véritable égalité. Ces vérités, devenues populaires, nous garantissent la paix intérieure, comme l'énergie et le brillant courage de la nation assurent son indépendance.
Dans le mouvement social qui a brisé tous les obstacles, bien des intérêts ont été froissés; le commerce de la librairie en particulier a subi une crise rendue inévitable par une production accélérée que la consommation ne pouvait atteindre : ce n'est que l'embarras du moment. La litté-
rature, émancipée sous un gouvernement ami de l'instruction et de la gloire nationale, ne peut tarder à devenir féconde; de jeunes talents, élevés par de patriotiques inspirations, promettent de dignes suc-* cesseurs aux honorables écrivains qui, depuis trente ans, ont hâté par leurs travaux la marche de la civilisation : le génie ne meurt pas en France.
bailleurs le besoin de l'instruction est devenu général, et les plaisirs de l'esprit n'appartiennent plus à une seule classe.
Dans nos départements comme à Paris, les écrivains de l'époque actuelle trouvent des appréciateurs éclairés, des lecteurs qui jugent par eux-mêmes, et dont les jugements sont exempts de haine ou de partialité. Les coteries font de petites renommées assez bruyantes, mais qui ne grandissent jamais ; la nation seule distribue la gloire.
470 conclusion.
Dans ce concours littéraire, je taie mm efforcé de donner un but utile aux productions que j'ai eu la hardiesse de pré** senter au public. Sur dix volumes au moins que je pouvais publier, j'en ai choisi quatre qui ne m'ont pas semblé indignes de l'attention des amis des lettres; le reste est condamné à l'oubli.
Dans ces quatre volumes se trouvent un Tableau littéraire et philosophique du dix-huitième siècle, un Discours sur Montaigne, et des Nouvelles américaines , qui sont réunis pour la première fois. En relisant les trois volumes imprimés quelques mois avant notre révolution, je n'y ai pas trouvé un mot que je voulusse changer, une pensée qui ne fût pas cligne d'une époque de liberté.
Sous l'empire, sous la restauration, je n'ai eu, comme écrivain y qu'une seule idée, celle de faire servir la littérature au triomphe des vérités morales qui çn-
noblissent les destinées de l'homme, et des principes politiques qui rendent les nations libres et heureuses. On pourra me contester le talent de l'écrivain ; je n'en serai pas surpris : mais on ne me refuserait pas sans injustice le mérite de l'attachement à la patrie et du dévouement à la liberté.