‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 10 sur 179 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

jusqu'au milieu du dernier siècle, époque mémorable pour la philosophie. Alors Condillac publia cette belle théorie où , supposant une statue animée, isolant chacun de nos sens, les combinant deux à deux, trois à trois, tous ensemble, découvrant les sensations que produit chaque sens isolé, celles qui résultent des sens diversement combinés et enfin de tous les sens réunis, il décrit, avec une précision si méthodique et si lumineuse, l'histoire naturelle de nos idées. Ce fut vingt ans après que le même philosophe donna sa logique, l'une des plus courtes , la plus substantielle que l'on ait jamais écrite , et peut-être son meilleur ouvrage après la Théorie des sensations. L'essai analytique et la Psycologie de Charles Bonnet sont remarquables par une sagacité profonde, mais qui souvent dégénère en subtilité. Helvétius ne fut pas inutile au progrès de l'analyse et de l'entendement. Inférieur à Condillac pour la méthode et l'exactitude, il a plus de hardiesse dans les conceptions, et plus de mouvement dans le style. Son livre de l'Esprit et son livre de l'Homme renferment d'utiles vérités; ils contiennent aussi des paradoxes. On y trouve , par exemple , que tous les hommes seraient égaux en facultés intellectuelles, s'ils étaient également secondés par l'éducation. Des raisons physiques, et par conséquent très- puissantes , semblent démentir cette

idée, qu'Helvétius reproduit sans cesse. Mais, si c'est une erreur, elle est encore philosophique. Il n'y a qu'un ami de l'humanité, qui se trompe ainsi. La classe qui , dans la première organisation de l'Institut, était spécialement consacrée aux sciences morales et politiques leur a donné beaucoup d'essor. Nous aurons l'occasion de le remarquer ailleurs; et déjà nous trouvons ici plusieurs ouvrages qui furent composés sous ses auspices. Ce fut elle qui proposa pour sujet d'un prix cette double question, belle à résoudre, et qui n'était pas d'une médiocre étendue : Déterminer quelle fut Vinfluence des signes sur V acquisition de nos idées et la formation de nos connaissances ; recJiercher quelle influence le perfectionnement des signes pourrait exercer a V avenir sur les progrès de l'esprit humain. Le prix fut obtenu par M. de Gérando, dont le Mémoire, plein de mérite, est devenu bientôt un livre considérable, grâce aux nombreuses additions dont il a cru devoir l'enrichir. Il y traite amplement les questions accessoires qui viennent se rattacher en foule aux deux questions principales. Il expose, dans la première partie , comment les signes naturels réveillent en nous les idées sensibles , sans nous donner toutefois une seule idée abstraite ; et comment les signes artificiels, c'est-à-dire les signes du langage, étendent les facultés de l'entendement, et

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