CHAPITRE PREMIER. fi
est venue la barbarie ; par leur rapprochement , la civilisation s'accroît. On conçoit, d'après cet aperçu rapide , qu'il serait facile de pousser beaucoup plus loin, jusqu'où s'étendent les vues d'un philosophe accoutumé à diriger toutes ses pensées vers le perfectionnement de l'espèce humaine. Les cartes d'Egypte, dressées par ordre du gouvernement, doivent être exécutées conformément aux vues de M. de Yolney. Une idée aussi féconde en résultats utiles devait fixer l'attention des hommes d'État et des hommes de lettres du dixneuvième siècle.
En cherchant quels furent les progrès de l'art de penser et de l'analyse de l'entendement , on retrouve plusieurs des hommes qui ont perfectionné la grammaire philosophique ; et nous ne tenterons pas d'expliquer un fait qui tient à la nature même de ces sciences. C'est à Racon qu'il faut remonter encore: ce fut lui qui, dès le commencement du dix-septième siècle, rejeta, comme inutiles aux progrès de l'esprit humain, la logique et la métaphysique des écoles ; lui qui fraya des chemins nouveaux ; qui montra le but véritable, et signala tous les écueils. Hobbes, disciple de Bacon, fut substantiel , profond et concis dans son Traité de la nature humaine , et plus encore dans sa logique , appelée Calcul. Descartes, dans sa méthode , en établissant le doute comme base
nécessaire de l'examen , en exigeant l'évidence comme signe indispensable de la vérité , fonda ])armi nous la saine logique. En métaphysique , il erra, faute d'avoir suivi lui-même les règles sûres qu'il avait déterminées. Arnauld et Nicole , vingt ans après , composèrent cet art de penser si célèbre sous le nom de Logique de Port-Rojal ^ livre sage et bien écrit, où quelques erreurs du temps sont rachetées par des vérités de tous les siècles. Malebranche découvrit les pièges qui nous sont tendus par nos sens et les rêves de notre imagination ; mais cette imagination qu'il redoutait , l'égarant par une route contraire , Tentraîna dans un spiritualisme inaccessible à la raison humaine. L'universel Arnauld , durant ses longues discussions avec Malebranche, remua plutôt qu'il n'éclaira ces ténèbres métaphysiques. Buffier, quoique jésuite, se permit quelque philosophie dans sa Logique et dans sa métaphysique. Dumarsais. quoique philosophe, mit peu d'idées dans sa logique. Elle est courte; mais elle est vide et toute scolastique, indigne de lui. Il s'y occupe fort du syllogisme, et commence par bien établir la différence qui existe entre l'ange et l'âme humaine. Vers le même temps parut une traduction du grand ouvrage de Locke. On repoussa la nouvelle doctrine; et les idées innées, si bien réfutées ])ar le sage Anglais , prévalurent encore en France