‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 101 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

avec art sa vieille gouvernante. Un roman fort joli d'un bout à l'autre , c'est Mademoiselle de Clennont : la brièveté en est le moindre mérite. Les caractères de la princesse , de son frère M. le duc, et de son amant le duc de Melun , sont tracés avec une vérité charmante. Là, ni incidens recherchés, ni déclamations prétendues religieuses; action simple , style naturel , narration animée , intérêt toujours croissant: voilà ce qu'on y trouve. On croirait lire un ouvrage posthume de madame de La Fayette ; et, s'il nous a été pénible , dans cet article , d'avoir à multiplier les critiques , il nous est doux de le terminer par cette louange.

Madame Cottin s'est acquis une réputation méritée. Son coup d'essai , Claire d'Albe , ne donnait toutefois que de médiocres espérances : la fable en est vulgaire et mal tissue ; les détails n'en sont point heureux ; on rencontre même dans les lettres d'une certaine Élise plusieurs traits inintelligibles pour le lecteur et pour l'auteur. C'est ce que Boileau nommait si bien du galimatias double. De Claire d'Albe à Malvina le progrès a iieu d'étonner : non que ce second ouvrage soit à beaucoup près exempt de défauts. M. Prior y paraît fort déplacé, quoiqu'il serve à l'action. Un prêtre catholique, des mœurs les plus graves, mais qui , malgré sa piété , s'avise d'être amoureux, et de se battre au pistolet avec son rival , est un

personnage inadmissible. Edmont, tout passionné, tout brillant qu'il est , Edmont lui-même laisse quelque chose à désirer. Il n'en est pas ainsi de Malvina : c'est à tous égards un des plus beaux caractères que puissent offrir les romans modernes. Depuis l'inoculation de l'amour dans la Nouvelle Héloïse, il n'est point de situation mieux conçue , mieux développée , plus pathétique en tous ses détails , que celle de Malvina s'introduisant, déguisée, dans le château d'une famille qui la persécute , y devenant la garde malade d'Edmont , son amant ; et là , muette , impénétrable autant qu'active et vigilante, l'arrachant, à force de soins, à la mort, qui semblait déjà le saisir. On n'est pas moins attendri en lisant Amélie Mansfield. Ce qui concerne le premier époux d'Amélie est, à la vérité, peu attachant; mais c'est comme Tavantscène du drame ; et, dès qu'Ernest a paru, les émotions se succèdent avec un progrès rapide, jusqu'au jour où les deux amans sont renfermés dans le même cercueil. On les aime et on les regrette; on plaint avec effroi madame de Woldmar, mère d'Ernest, et très -digne baronne allemande, qui laisse mourir de chagrin son fils unique , de peur qu'il n'épouse Amélie , fille d'une haute naissance , mais veuve d'un mari qui avait le malheur de n'être pas né baron allemand. C'est avec beaucoup de force que l'auteur a peint cet orgueil

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