CHAPITRE VI
barbare, qui ne cesse d'être inflexible que par des maux irréparables , et se borne à gémir en vain sur les tombeaux qu'il a creusés. Le courage et la piété filiafe de la jeune Elisabeth Potoski charment dans les Exilés de Sibérie; et les détails de ce petit roman historique respirent une simplicité touchante. Quant à la Prise de Jéricho, dont nous avons déjà parlé à l'occasion des Mélanges de littérature de M. Suard, nous n'en dirons ici qu'un mot : c'est un mauvais ouvrage dans un mauvais genre; un poëme qui n'est point en vers. Les prétendues aventures de la Juive Raab sont moins embellies que défigurées par un langage hermaphrodite, qui se sépare de la prose sans pouvoir atteindre à la poésie. Ces formes lourdes et guindées nous semblent aussi déparer les commencemens de Mathilde , roman dont l'action se passe à la fin du douzième siècle , durant la croisade de Philippe- Auguste et de Richard-Cœur-de-Lion ; mais bientôt l'auteur s'échauffe avec son sujet; la diction devient naturelle : alors l'intérêt commence; et quelquefois il acquiert une haute énergie. Philippe ne paraît qu'un moment ; Richard n'occupe guère plus d'espace ; Lusignan , roi de Jérusalem , est fort maltraité ; Montmorenci a beaucoup d'éclat; Saladin, sans être méconnaissable, est inférieur à sa renommée ; pour son frère , Malek-Adhel, c'est le personnage d'élite : il est
bon , généreux , tendre , passionné , vaillant , invincible ; il unit au plus baut degré toutes les qualités aimables et toutes les vertus chevaleresques. Mathilde, sœur de Ricbard, est digne du héros musulman : son amour pour Malek-Adhel est gradué , motivé avec art ; on est fortement ému, soit lorsque, seule avec lui au milieu de Touragan du désert, elle attend la mort qui les menace, soit lorsqu'elle accourt sur un champ de bataille devenu l'autel , le lit nuptial et le tombeau de son amant, qui expire en invoquant le dieu de Mathilde. En général, les effets tragiques dominent dans les productions de madame Cottin. Hors des scènes de passion, son style se traîne; et l'on voit qu'elle ne connaît point assez l'art d'écrire; mais elle fut douée d'une sensibilité rare; elle sait peindre l'amour, surtout l'amour entouré de malheurs; elle ne prêche ni ne régente; et, dans chacun de ses bons romans , l'héroïne est aussi tendre qu'aimable : elle établit et soutient bien un caractère qu'elle affectionne ; elle compose enfin sans timidité , mais sans audace; et l'on doit regretter cette dame , enlevée à la littérature dans un âge où son talent, déjà très-remarquable, pouvait encore se perfectionner.
Les romans de madame de Flahaut, aujourd'hui madame de Souza, se distinguent par une grâce qui leur est particulière. Dans Adèle de Sénange,