‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 103 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rien de mieux dessiné que les trois principaux personnages, Adèle, le lord Sidenham, et Je marquis de Sénange, modèle d'un vieillard aimable et d'un excellent mari. Dans Emilie et Alphonse, l'auteur peint avec vérité les grands airs du duc de Candale; mais, si ce brillant homme de cour inspire fort peu d'intérêt, on en prend beaucoup en récompense aux chagrins de sa jeune épouse , il

et même au sort de l'espagnol Alphonse, malgré la bizarrerie de son caractère et de ses tragiques aventures: ces deux romans sont rédigés en forme de lettres. Charles et Marie ^ ainsi c^n Eugène de Rothelin^ a la forme simple et rapide d'un journal écrit à la hâte, à mesure que les événemens s'écoulent. Tout plaît dans Charles et Marie : les vertus de la bonne lady Seymour, la sensibilité ingénue de Marie, sa troisième fille, la tendresse passionnée de Charles Lenox , et même l'égarement de Philippe, qui a confondu avec l'amour la douce amitié de Marie. Un père ami intime et confident de son fils, un fils non moins dévoué à son père qu'à sa maîtresse, l'esprit supérieur de la maréchale d'Estouteville, et encore plus le charme infini de sa petite -fille, Athénaïs, embellissent Eugène de Rothelin. C'est, à notre avis, après Adèle de Senange, le meilleur ouvrage de madame de Flahaut, si pourtant il faut choisir entre des productions presque également agréables.

Œuvres posthumes. III. I 3

i-iG LITTÉRATURE FRANÇAISE.

C'.es jolis romans iToffrent pas, il est vrai, le développement des grandes passions ; on n'y doit pas chercher non plus l'étude approfondie des travers de l'espèce humaine ; on est sûr au moins d'y trouver partout des aperçus très-fins sur la société , des tableaux vrais et bien terminés , un style orné avec mesure , la correction d'un bon livre et l'aisance d'une conversation fleurie , l'usage du monde , mais cet usage exquis et rare qui observe et ne s'exagère point les convenances; des sentimens délicats, des tours ingénieux, des expressions choisies, l'esprit qui ne dit rien de vulgaire, et le goût qui ne dit rien de trop.

Nous avons eu déjà plus d'une occasion de rendre hommage aux talens de madame de Staël ; mais c'est dans le genre des romans qu'ils se sont déployés avec le plus d'avantage. Delphine et Corinne sont deux productions brillantes : toutefois, en leur payant un juste tribut d'éloges, nous estimons trop l'auteur pour dissimuler de justes critiques. Nous commencerons par Delphine. Il est dangereux d'attribuer à des personnages que l'on met en scène tous les genres de supériorité: c'est beaucoup promettre; et du moins faut- il être sûr de tenir parole. Léonce est au juste le premier homme qui existe; Delphine est précisément la première des femmes possibles ; et c'est une chose tellement convenue qu'eux-mêmes

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