CHAPITRE VI
ministre Bemrode, à son excellente femme, à leur tendre fille Elisabeth, à leur fille Mina, si sensible, si spirituelle, à toute cette famille heureuse par l'amour et par la vertu! Entre les productions de l'auteur, il n'en est peut-être aucune où l'on ne rencontre des traits charmans ; mais il écrit sans cesse et très-vite : c'est dire assez qu'il est inégal. Sterne et Goldsmith paraissent avoir été ses modèles; et, s'il ne les atteint pas, il est du moins le premier de leurs élèves. Dans VHomme singulier, le chien , pins juste que le ministre , puisqu'il déchire avec ses dents l'ordre d'une détention arbitraire , est une idée fort ingénieuse : elle eut fait honneur à Sterne; mais Sterne en eût tiré plus de parti. JY'oublions pas de remarquer qu'en Allemagne, où l'on parle à tout propos de composition originale , l'imitation affectée des formes anglaises n'est particulière, ni à l'écrivain dont nous parlons, ni même aux seuls romanciers. Nous dirons en quoi elle consiste, où elle s'arrête, et combien le goût allemand diffère du goût français, lorsque, dans la suite de notre travail, l'ordre des matières nous présentera quelques traductions récentes des auteurs dramatiques étrangers.
Beaucoup de lecteurs trouveront que, dans ce chapitre, nous avons cité trop d'ouvrages; et nous sommes de leur avis. Beaucoup d'écrivains seront
ô\in avis contraire , et nous reprocheront des omissions nombreuses; mais devions-nous parler de tous les romans originaux ou traduits qui ont paru durant l'époque , spécialement depuis dix années? Un volume eût été trop peu pour en rendre compte : le seul catalogue en serait immense; et trois ans ne suffiraient pas pour les lire. En France, en Angleterre, en Allemagne, il existe pour les romans des manufactures établies , et dont les produits annuels sont à peu près déterminés. On sait, par exemple, combien M. Auguste Lafontaine peut donner de volumes par an : nous lui opposerions aisément plus d'un atelier non moins actif que le sien; et, dans ce genre de marchandise, le Strand de Londres ne le céderait ni à notre Palais-Royal , ni à la foire de Leipsick. Depuis la mort de l'abbé Chiari , romancier très-fécond jadis, mais aujourd'hui très-inconnu , l'Italie entre pour fort peu de chose dans ce commerce, qui est rarement celui des idées. En fait de livres inutiles, la surabondance est plus pauvre que la disette absolue ; et cette surabondance , toujours croissante, devient un fléau pour notre littérature. Dans toutes les classes , tout ce qui sait lire lit des romans ; nous voudrions ajouter seulement : tout ce qui sait écrire en écrit; mais l'émulation va beaucoup plus loin. Ce genre, comme nous l'avons dit ailleurs, se rapproche de