‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 129 sur 179 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

de Descartes, d'Huyghens, de Cassiiii,de Newton, d'Herschel; il n'a pas même oublié des astronomes plus modernes, qui n'ont fait qu'exposer longuement les découvertes du génie; enfin, c'est l'ouvrage d'un esprit cultivé, sage, ami de toutes les lumières. Nous voudrions pouvoir ajouter que c'est aussi l'ouvrage d'un poète. M. Chénédollé, dans le Génie de V Homme, a développé moins de philosophie , mais jjIus de talent poétique. Des quatre chants de son poème, le premier seul est relatif à l'astronomie. On y trouve d'assez beaux vers sur la lune; ils n'égalent pourtant pas le superbe morceau de Lemière, et quelquefois ils le rappellent. Le troisième chant, qui a pour objet la nature de l'homme, est terminé par un épisode un peu surchargé de détails, mais où les beautés compensent les défauts. Ainsi, depuis le dix-huitième siècle, et spécialement depuis Voltaire, la poésie française a parlé le langage des philosophes, et même a pénétré dans le domaine des sciences physiques. Actuellement encore les trois règnes de la nature sont l'objet des travaux d'un poète; et l'on peut compter sur un bel ouvrage: car le sujet est admirable; et le poète est M. Delille.

Si décrire est aujourd'hui fort en usage dans notre poésie, attendu qu'il est plus difficile de peindre, traduire et retraduire encore n'est pas

moins à la mode; car inventer est un don trèsrare. Durant la période que nous parcourons, on a publié deux nouvelles traductions en vers des Géorgiqiies de Virgile : l'une est de M. Raux; l'autre est de M. Cournand, professeur au collège de France. Elles paraissent tendre également à une fidélité scrupuleuse; et c'est un genre de mérite qu'il serait injuste de leur contester. Mais ce mérite n'est pas tout ; et la fidélité ne produit pas toujours la ressemblance, ainsi que nous l'avons déjà remarqué. Rien de plus louable sans doute que de pareilles tentatives : elles prouvent du moins l'étude approfondie des grands classiques. Il est beau d'ailleurs de ne pas craindre une rivalité dangereuse; et nous ne prétendons pas décourager l'émulation ; mais , comme on doit être juste envers tout le monde, nous sommes forcés de le dire : pour le style , la versification , le talent poétique , les deux essais que nous indiquons sont bien loin de pouvoir entrer en concurrence avec la traduction immortelle qui les a précédés, et qui suffit à notre littérature.

Nous venions de terminer ce chapitre, quand le nouveau poème de M. Delille a paru. Il est composé sur un plan très-vaste, et divisé en huit chants, dont quelques-uns ont une étendue considérable. La lumière et le feu, l'air, l'eau, la terre font le sujet des quatre premiers; les trois suivans

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