‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 128 sur 179 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

aucun Grec, aucun Romain célèbre ne composa de poëme imiquement descriptif. Ce genre, inventé dans les collèges par les poètes latins modernes, embelli par les Anglais, usé par les Allemands, était inconnu parmi nous anx maîtres de la poésie, avant Saint-Lambert et M. Uelille. Toutefois, dans les ouvrages de ces deux poètes justement renommés, les défauts essentiels au genre sont rachetés par les beautés nombreuses qui appartiennent à leur génie. Les productions de leurs élèves n'ont pas souvent mérité la même louange. Sans tloute , M. Castel, dans le poème des Fleurs; M. Lalane, en deux petits poèmes : les Oiseaux de la Ferme^ et le Potager; M. Michaud, dans le Printemps d'un proscrit , ont fait preuve de quelque talent pour écrire en vers ; mais savent-ils changer de ton? savent-ils animer la nature? et les continuelles descriptions qu'ils accumulent avec complaisance ne fatiguent-elles pas un peu l'attention du lecteur le plus favorablement disposé? Il est un ouvrage plus étendu, et dont le mérite poétique est encore plus remarquable : le poème de la Navigation^ par M. Esménard. Un tel sujet, traité en huit chants, fournissait une ample matière aux descriptions : aussi surabondent-elles ; mais, quand les objets restent les mêmes, comment varier les formes du langage? On doit rendre justice à quelques morceaux hrillans, à celui , par exemple, où

l'auteur décrit ces canaux de navigation, monumens de l'industrie batave. Cependant, des vers bien tournés, des tirades sonores, ne font point disparaître la monotonie, défaut radical de ce long poëme. Le style en est grave, et même un peu trop; il a presque toujours de l'harmonie, souvent de l'élégance, mais rarement de la chaleur, et presque jamais de la précision. Voyez comme le mélange heureux des préceptes, des descriptions, des épisodes, comme les tons variés, les détails rapides , font le charme continu des Géorgiques ! Il ne fut donné qu'à Virgile d'atteindre à la perfection; mais on peut du moins étudier chez hii les formes sévères de la composition didactique, ainsi qu'il étudia lui-même dans Homère les formes brillantes et majestueuses de l'épopée.

C'était un sujet vraiment didactique, c'était même im très-beau sujet que l'astronomie. Manilius le traita durant la plus brillante époque de la littérature latine; mais il était loin d'avoir le génie de Lucrèce; et son poëme n'est guère aujourd'hui qu'un monument curieux de la science astronomique au siècle d'Auguste. Le poëme de l' Astronomie , publié il y a six ans par M. Gudin, est beaucoup plus court que celui de Manilius. Ija matière est bien distribuée dans les trois chants ([ui le composent. L'auteur a suivi, marqué, consacré, les pas de Copeinic, de (ialilée, de Kepler,

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