‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 133 sur 179 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

élevés de Thomas, de Malfilâtre, de Gilbert, ont obtenu de légitimes éloges ; mais il faut composer des ouvrages soutenus, imposans, nombreux, pour être justement placé parmi les maîtres de la lyre.

Une ode sur le tremblement de terre de Lisbonne annonça les talens de Lebrun. Son ode à V^oltaire, en faveur de la petite-nièce de Corneille, est à la fois un bon ouvrage et une bonne action. Ruffon, son illustre ami, lui inspira deux odes éloquentes, et dont la dernière est un chef-d'œuvre. Durant l'époque dont nous présentons le tableau littéraire , il a lu , dans nos séances publiques, sa belle ode sur l'enthousiasme; et cette autre, non moins belle, où, parvenu à la vieillesse, il remonte jusqu'à son enfance, repasse en vers brillans sa vie entière, et se promet, à l'exemple d'Horace et de Malherbe, une immortelle renommée. Entre les nombreux hommages qu'il a rendus à la liberté, on distingue le chant qu'il composa sur le combat et l'incendie du vaisseau nommé le Vengeur. Naguère il a célébré dignement cette mémorable campagne où tant de succès furent couronnés par la prise de Vienne et la victoire d'Austerlitz. Il avait plus d'un ton, sans doute : il est élégant et fleuri dans son ode sur les paysages; mais, presque toujours, c'est Pindare qu'il aime à suivre, et dont il atteint sou-

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veut la hauteur. S'il en est aussi près qu'Horace, on ne voit pas qu'il sache, comme le poète latin, détendre les cordes de sa lyre, mêler le plaisir à la philosophie, chanter Lydie, Glycère et l'amour, et surpasser Anacréon. Selon le judicieux Quintilien, Eschyle eut tant d'élévation qu'il porta cette qualité jusqu'au défaut: on en pourrait dire autant de Lehrun. Mais, s'il est permis de lui reprocher le luxe et l'abus des figures , l'audace outrée des expressions , et trop de penchant à marier des mots qui ne voulaient pas s'allier ensemble, l'envie seule oserait lui contester une étude approfondie de la langue poétique, une harmonie savante, et ce beau désordre essentiel au genre qu'il a spécialement cultivé. Aussi, quoiqu'il ait excellé dans l'épigranime, quoiqu'il ait répandu des beautés remarquables en des poèmes que, par malheur, il n'a point achevés, il devra surtout à ses odes l'immortalité qu'il s'est promise; et, dût cette justice rendue à sa mémoire étonner quelques préventions contemporaines, il sera dans la postérité l'un des trois grands lyriques français.

C'est ici que nous parlerons d'une traduction en vers des poésies d'Horace, ouvrage considérable, publié par M. Daru. Parmi les poètes anciens, Horace est peut-être le plus difficile à bien traduire en vers français : ce n'est pas seulement

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