‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 134 sur 179 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

lin {3oète hrique ; on trouve en ses écrits la perfection dans plusieurs genres , et , dans chaque genre, tous les tons qu'il peut comporter. Panégyriste habile, railleur socratique, philosophe aimable, critique supérieur, homme de plaisir, homme de cour et toujours libre, Horace se permet jusqu'au cynisme : la seule chose en ce grand poète qu'il soit facile et défendu d'imiter. Comment égaler sa précision sublime, profonde ou piquante? Comment le suivre dans sa course, lorsqu'il franchit les intermédiaires, et va d'idée en idée par des nuances fugitives, par des mouvemens rapides, quelquefois par des transitions soudaines? Son traducteur, doué d'ini très-bon esprit, n'accepterait pas des louanges exagérées. Nous n'osons pas dire, et lious ne croyons pas qu'il ait vaincu toutes les difficultés d'une telle entreprise : il en est peutêtre d'insurmontables; il en est plusieurs qu'il a surmontées. C'est dans les satires et dans les épîtres qu'il nous semble avoir le mieux saisi les beautés d'Horace; mais partout il a déployé les ressources d'un talent exercé, partout cette facilité qu'il faut avoir pour oser écrire, et dont il faut se défier pour bien écrire; cette clarté sans laquelle il n'y a point de style; et cette correction continue, qualité rare, et cependant nécessaire, du moins si l'on veut acquérir une réputation qui soit admise par les gens de lettres.

Plusieurs genres de petits poèmes nous présentent des noms que nous avons déjà vus figurer en d'autres parties de la littérature, ou que nous verrons bientôt reparaître avec éclat dans la poésie dramatique. Quelques épîtres de M. Ducis ont embelli nos séances : on y reconnaît l'indépendance qui lui est propre, la libre imagination d'un poète peintre, et jusqu'à l'empreinte vigoureuse d'un génie tragique. Une épître de M. de Fontanes à M. Boisjolin, sur les paysages ^ se fait remarquer par une manière large et de très-heureux détails. Les lecteurs ont accueilli les Souvenirs^ la Mélancolie^ le Méîite des femmes \ productions brillantes, publiées successivement par M. Legouvé. Il serait difficile de porter plus loin l'élégance du style et la mélodie de la versification. D'ingénieux apologues de M. Arnault ont obtenu, à juste titre, les applaudissemens d'un nombreux auditoire : entre plusieurs que nous pourrions citer, qui ne se rappelle cette belle fable du Chêne et des Buissons^ l'un des meilleurs ouvrages que l'on ait composés dans ce genre après La Fontaine! C'est aussi avec succès que M. Ginguené s'est mis au rang de nos fabulistes : plusieurs de ses apologues ont été publiés dans la Revue ou dans le Mercure de France; il en est beaucoup qui n'ont point paru; la plupart sont contés avec une précision piquante; quelques-uns ont un grand sens. En un

Page 1