‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 135 sur 179 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

genre que notre inimitable La Fontaine n'a pas renHu moins difficile, l'esprit et l'enjouement de M. Andrieux ont animé des narrations charmantes, parmi lesquelles le conte excellent du Meunier sans Souci nous semble mériter la première place. Enfin, l'ouvrage qui a fait connaître M. Raynouard, Socrate au temple cV A glaure , unit la sagesse du style à la richesse de Tordonnance ; et nos suffrages unanimes, en lui décernant un prix de poésie, n'ont fait que prévenir les suffrages publics. Au reste , en ces diverses compositions , si resserrées dans leur cadre, on voit, ainsi que dans les grands poèmes et les bons ouvrages en prose de l'époque actuelle, briller et dominer partout les opinions d'une saine philosophie, cachet profond du dixhuitième siècle, et marque certaine de l'influence qu'il conservera, sinon sur tous les esprits, du moins sur tous les esprits distingués.

On peut associer à cet éloge les discours en vers de M. Millevoye et de M. Victorin Fabre. Le premier, deux années de suite, a remporté le prix de poésie. Doué d'un sens droit, d'un goût pur et d'une oreille délicate, il développe un vrai talent dans un âge où d'heureuses dispositions seraient déjà dignes de louanges. Le second , plus jeune encore, n'a pas autant d'égalité dans le style; mais son imagination est rapide; et ses idées ont souvent de l'éclat. Deux fois en concurrence avec

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ago LITTÉRATURE FRANÇAISE.

M. Millevoye, la première année il a mérité l'accessit. Ses progrès ont été sensibles Tannée suivante; et nous avons même regretté de ne pouvoir lui décerner un second prix ; mais ce res^et n'a pas été long : les fonds du prix ont été faits par M. de Champagny, alors ministre de l'intérieur. Dans ce dernier conco'urs, ^I. Bruguières du Gard s'est distingué par une pièce de vers très -bien écrite, et que nous avons cru devoir honorer d'une mention. M. Millevoye, le même dont nous venons de parler, vient de donner au public un recueil de ses poésies. Il est dans ce recueil un nouvel ouvrage qui mérite beaucoup d'estime à plusieurs égards : c'est un petit poème intitulé BelzuricCy ou la Peste de Marseille. On y désirerait plus de variété, une ordonnance plus imposante, des épisodes plus touchans et mieux conçus : mais on y trouve de la gravité, de l'élégance, de l'harmonie, d'énercjiques tableaux. La poésie d'ailleurs exerce le plus beau de ses droits, lorsqu'elle chante les héros de l'humanité. De ce nombre est assurément Belzunce , qui , dans les plus terribles circonstances , remplit avec un zèle sans bornes les devoirs sacrés de l'épiscopat. N'oublions pas que le respectable évêque de 3Iarseille obtint, dans le dernier siècle, les hommages poétiques de Pope et de Voltaire; car les philosophes savent louer les ministres de la religion, quand les ministres de la religion savent pniliquor la verfu.

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