CHAPITRE X
guide que son imagination; et son imagination l'a bien conduit. Quelle fidélité dans le tableau des mœurs arabes ? quelle chaleur impétueuse dans la passion de Pharan ! Combien Saléma est touchante ! Quel intérêt dans les situations ! Quelle brillante originalité dans le style! Là, plus richement que partout ailleurs, M. Ducis a déployé l'étendue de son talent poétique. Trois de ses anciens ouvrages ont reparu sur la scène avec des changemens considérables: OEdipe, Macbeth et Hamlet. OEdipe n'est plus chez Adniète : il est à Colone, ainsi que dans la pièce de Sophocle; et la double action a disparu. Peut-être l'unité encore n'est-elle pas assez complète : Thésée peutêtre est trop occupé de son jeune fils Hippolyte, que le spectateur ne voit point; et l'idée de refaire dans un songe tout le récit de Théramène ne paraît pas des plus heureuses ; mais le public a vivement senti comme autrefois les beautés répandues en foule dans les rôles d'OEdipe , d'Antigone et de Polynice; et ces beautés sont du premier ordre. Il en est d'égales dans Macbeth : le rôle principal en est rempli; le rôle de Frédégonde en offre aussi beaucoup ; et l'auteur l'a enrichi, durant l'époque actuelle, de cette terrible scène de somnambulisme qu'il n'avait osé tenter autrefois. Le rôle intéressant du jeune Malcolme est également nouveau dans la pièce;
3oo LITTÉIL\TURE FRANÇAISE.
et nous croyons qu'elle est aujourd'hui, clans son ensemble, la meilleure tragédie de M. Ducis. Malgré les changemens, Hamlet pourrait essuyer plus de reproches : l'amour du héros pour Ophélie est tiède et dépourvu d'effet ; son délire est plus sombre qu'imposant; et l'on est en droit de trouver un peu monotone une frénésie qui dure quatre actes ; mais on ne doit qu'admirer lorsqu'on entend le prince danois, tenant en main l'urne funèbre où sont renfermées les cendres de son père, interroger une mère criminelle. Voilà un dialogue pathétique, des traits de maître, une scène vraiment supérieure; et il faut bien qu'elle le soit, puisque, malgré l'identité des situations, elle n'est point éclipsée par la snperbe scène de Sémiramis et de Niuias. Il est donc juste de reconnaitre en INI. Ducis un des plus grands talens qui nous restent. Il serait possible de désirer qu'il fut plus régulier dans ses plans; mais ses plans sont toujours animés par d'énergiques peintures et de vigoureux détails. S'il imite souvent les compositions étrangères, aux beautés qu'il emprunte, il ajoute des beautés égales. Imiter ainsi, c'est inventer. Aucun poète n'a mieux approfondi les sentimens de la nature; chez aucun la tendresse filiale ne parle de plus près au cœur d'un père : il fait couler de vertueuses larmes, il fait jouer avec force le l'cssorl puissant de la teneur; et