‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 143 sur 179 · CHAPITRE X. 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 3o

(Jn a surtout reproché à l'auteur d'avoir trop légèrement impliqué clans l'assassinat de Henri IV le duc d'Épernon , la cour d'Espagne , et jusqu'à la reine Marie de Médicis. Les réponses de M. Legouvé sont dignes d'examen. A-t-il outre-passé toutefois les privdèges du théâtre, au moins à l'égard de Marie? Qu'il nous soit permis de laisser la difficulté indécise. En pénétrant au cœur de l'ouvrage, ne serait-on pas obligé d'avouer que le personnage de Henri IV exigeait une touche plus ferme et plus franche i^ Des querelles de ménage, pour être conformes à la vérité historique, atteignent-elles la hauteur de la tragédie et d'un héros consacré par de si chers souvenirs? On pouvait agiter ces questions avec la politesse qui devrait toujours distinguer des écrivains français, et la mesure convenable en jugeant les productions d'un homme de mérite ; mais il fallait en même temps savoir apprécier l'habileté dont l'auteur a fait preuve, soit dans l'action générale, soit dans les diverses parties de son ouvrage ; les ressources qu'il a déployées dans les scènes difficiles ; les morceaux éloquens qu'il a semés dans le beau rôle de Sully; enfin, cette versification mélodieuse que nous avons déjà remarquée dans ses petits poèmes, et que, loin des illusions du théâtre, les lecteurs aiment à retrouver encore dans les tragédies qu'il a publiées.

Œuvres posthumes lU. UO

3oG LITTERATURE FRANÇATSE.

Plusieurs années avant les teraps dont nous traçons le tableau littéraire, M. Lemercier, touchant à l'extrême jeunesse et presque à l'enfance, avait essayé le genre tragique. Il y a quinze ans, ces essais renouvelés promirent davantage ; on entrevit même dans le Lévite d' Éphraïm quelques lueurs d'un beau talent qui se révéla bientôt , et brilla de tout son éclat dans la tragédie (ï^gamemnon. Là, nul incident inutile; la marche est à la fois rapide et sage; Eschyle et Sénèque sont imités, mais avec indépendance. Le caractère artificieux et profond d'Egisthe , les agitations de ''Clytemnestre, qui résiste avec faiblesse et succombe à l'ascendant du crime; le rôle naïf d'Oreste adolescent, et bien plus encore les scènes, pleines de verve, de la prophétesse Cassandre, ont déterminé les suffrages publics en faveur de cette pièce, reoardée par les connaisseurs comme un des ouvrages qui ont le plus honoré la scène tragique à la fin du dix-huitième siècle. Depuis , et même dans Ophis, qui d'ailleurs est loin d'être sans beautés, M. Lemercier semble inférieur à lui-même. 11 vient de faire imprimer une tragédie non représentée. Son héros principal est Baudoin, comte de Flandre, celui qui, durant les croisades de Philippe- Auguste, osa fonder à Constantinople l'éphémère empire des Latins. Il y a de grands traits dans cet ouvrage, moins, il est vrai, dans les rôles de

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