CHAPITRE X. 3o
senti l'inutilité du rôle de la reine; celui du ciiancelier n'est guère plus utile; et c'était bien assez d'un ministre persécuteur. Il serait même à souhaiter que le personnage intéressant du connétable ftit lié plus intimement à l'action. En regardant de près Pliilippe-le-Bel, û faut bien le dire encore , à travers des touches indécises , on cherche , sans la trouver, la physionomie de ce prince remarquable, qui distingua si bien le temps où il devait braver la cour de Rome, et le temps où il pouvait la gouverner en l'invoquant; qui sut calculer tout son règne; qui, despotique et populaire, lit à la lois du bien et du mal, non par inclination, mais par intérêt, et ne choisit des vertus vl des vices que ce qui pouvait lui être utile. Mais quelle dignité imposante, et souvent quelle noble éloquence dans les discours du grand - maître! Quelle heureuse idée que celle du jeune Marigni , associé secrètement à ces templiers dont son père a juré la ruine, osant prendre leur défense au fort du péril, révélant son secret quand il ne peut plus que partager leur infortune, se dévouant pour eux , mourant avec eux , et commençant , par cet héroïque sacrifice, le châtiment de son père coupable! Voilà un personnage bien inventé, bien jeté au milieu de faction ; voila des incidens qiû produisent un intérêt puissant sur tous les cœurs, parce qu'il est fondé sur la morale ; et cette belle
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conception tragique, la partie la plus recomniandable de l'ouvrage, suffirait seule pour justifier l'éclatant succès qu'il a obtenu dans sa nouveauté.
Nous avons à parler encore de trois pièces, puisqu'elles ont réussi d'une manière marquée : X Abdélasis de M. de Murville , représenté pour la première fois, il y a seize ans, et remis au théâtre l'année dernière , tient plus du roman que de la tragédie. Le quatrième acte offre cependant des situations fortes, trop fortes même pour l'ensemble de la pièce ; mais on peut, et par conséquent on doit louer dans cet ouvrage la pureté de la diction, la douceur et l'harmonie des vers. Ces qualités sont au moins aussi remarquables dans le Joseph de M. Baour-Lormian. Une froide intrigue d'amour, une froide conspiration, déparent, il est vrai, cette tragédie. Joseph ne doit être occupé que de son père et de sa famille ; Siméon n'a pas besoin de conspirer pour être odieux; mais le petit rôle de Benjamin respire la candeur la plus aimable ; l'entretien de cet enfant avec Joseph est d'un intérêt plein de charme; et celte scène, bien conçue, bien écrite, supérieurement jouée, n'a pas contribué médiocrement au succès de la pièce entière. Une scène entre Joseph et Siméon mérite aussi d'être distinguée. Au reste, ce sujet a toujours réussi. On voit par une lettre de madame de