‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 146 sur 179 · CHAPITRE X. 3ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 3ii

Mainlcnoi) que le Joseph de l'abbé Genest, représenté à la cour, en concurrence avec le chefd'œuvre (VAthalie^ le fit tomber pour la seconde fois, long-temps après la mort de Racuie. Il ne faut pas trop s'en étonner: les courtisans n'étaient point assez connaisseurs pour apprécier les beautés sévères àiAthalie. Joseph présente une iable heureuse, pathétique, facile à suivre, facile même à traiter. La pièce est faite dans la Genèse , et mieux que dans toutes les tragédies composées, soit pour le collège, soit pour le théâtre. Lorsqu'on veut tirer un sujet de la Bible, les petites inventions modernes ne peuvent que nuire à la vérité du ton général. Le vrai talent consiste à tout emprunter du modèle : c'est ce qu'a senti parfaitement, et ce qu'a fait deux fois notre immortel Racine. Ce grand poète avait trop de goût pour allier des couleurs disparates, et trop de véritable génie pour inventer mal à propos.

\J Aruixerce de M. Delrieu vient d'obtenir aux représentations un succès que la publication de la pièce a diminué, mais qui n'en est pas moins légitime à beaucoup d'égards. C'est inie imitation d'un célèbre opéra de Métastase. Quelques scènes de fadeur, regardées en Italie comme nécessaires au genre du drame lyrique, ont été supprimées avec raison par fauteur français. Il est fâcheux qu'en récompense il ait ajouté deux premiers ac-

3i2 LITTERATURE FRANÇAISE.

tes aussi froids qu'inutiles, qui servent d'introduction à la tragédie, ou plutôt qui forment euxmêmes une tragédie préliminaire. Jamais la duplicité ne fut si évidente; et jamais elle ne fut moins excusable; car le sujet, tel qu'il est traité dans la pièce originale et dans les trois derniers actes de la copie, offre des incidens plus multipliés qu'aucun des chefs-d'œuvre de la scène française, inférieure toutefois à la scène grecque pour la simplicité des compositions. Artaxerce n'est pas d'un effet médiocre. Les rôles de l'ambitieux Artaban et de son vertueux fils, Arbace, offrent un contraste aussi frappant que bien soutenu; et, ce qui vaut mieux encore, du jeu de ces deux caractères naissent les principales situations , entre autres la scène du jugement , et la scène non moins belle qui dénoue la pièce. Le ressort est des plus tragiques; et cette conception de maître honore le génie de Métastase. M. Delrieu a risqué de légers changemens, dont quelques-uns sont heureux : qu'Arbace arrache des mains de son père le glaive teint du san^ de Xerxès : voilà qui est noble et bien trouvé; qu'à l'exemple de Cléopâtre, dans Rodogune , Artaban boive le poison qu'il avait préparé pour un autre usage : voilà qui est conforme aux mœurs de ce personnage, atrocement intrépide; mais qu' Artaxerce porte l'amitié jusqu'à tirer secrètement de prison Arbace, condamné par

Page 1