CHAPITRE XI. 3rç
durant le cours du dernier siècle. M. Laiijon, l'un des meilleurs chansonniers français , d'ailleurs avantageusement connu par les opéras à'Églé^ de Sïluie, à'isméne et Jsménias ^ et plus encore par la jolie comédie lyrique de X Amoureux de quinze ans , a mérité sur la scène française un succès flatteur. Sa petite comédie du Couvent brille de cette fraîcheur, et, pour ainsi dire, de cette jeunesse d'esprit qui le fait remarquer encore. Il s'est toujours occupé depuis, il s'occupe aujourd'hui même de nouveaux ouvrages; et le public sourit avec bienveillance à l'heureux enjouement d'un vieillard qui a conservé l'habitude d'être aimé, en ne perdant pas celle d'être aimable. Quand M. Laya donna au théâtre sa comédie de XAmi des lois , déjà l'anarchie menaçante allait se perdre dans cette tyrannie qui fut exercée au nom du peuple; mais le talent lui-même a besoin de beaucoup de temps pour bien écrire, et surtout pour bien écrire en vers français : la pièce paraît avoir été composée trop vite. Quoi qu'il en soit, l'auteur y fit preuve d'une noble audace, et de ce genre d'éloquence qu'une noble audace est sûre de donner. Aussi XAmi des lois fut-il accueilli par la faveur pubUque ; car, en ce genre, un nombreux auditoire applaudit toujours au courage dont il ne court point les risques. Peu de temps après, M. François (de Neufchâteau ) attira sur
lui une honorable persécution , en répandant des idées saines et vraiment philosophiques dans sa comédie de Paméla. Cette pièce obtint à juste titre un succès qui s'est constamment soutenu : elle intéresse vivement les spectateurs ; elle est conduite avec art; elle est de plus très-bien versifiée : c'est , comme on sait , une imitation de Goldoni, qui lui-même avait imité le beau roman de Richardson. Mais, si la forme de l'ouvrage et l'ordonnance de ses diverses parties appartiennent à l'auteur italien , les détails ont été bien embellis par l'auteur français. Toujours égal à Goldoni pour la composition des scènes, M. François lui est toujours supérieur pour l'exécution. Voilà comme il est difficile et comme il est bon d'imiter. Ici, nous trouvons à la fois trois poètes comiques dignes d'une attention spéciale. Le plus jeune des trois, M. Andrieux, s'était fait connaître avant les deux autres; mais puisque les ouvrages de Fabre d'Églantine se présentent les premiers dans les temps que nous parcourons, c'est par lui que nous allons commencer. Fabre, alors âgé de plus de trente ans, donna, sans aucun succès, deux grandes comédies en vers. Il fut dénigré d'abord; et, ce qui est pire, il était à peu près oublié, quand le Philinte de Molière parut. Moins on avait espéré de l'auteur, et plus le succès de sa nouvelle comédie fut éclatant. Si l'on en croit