CHAPITRE X. 3'2i
J.-J. Rousseau, dans sa lettre sur les spectacles ^ le Philinte du Misanthrope n'est pas seulement un homme poli: c'est un égoïste. Il n'est pas sûr que cette remarque ait beaucoup de justesse; et Molière , en traçant le caractère d'un personnage , ne proposait point d'énigme à deviner. Mais tel est l'ascendant des écrivains supérieurs : quelques mots hasardés par l'auteur ^Émile ont fait concevoir une belle comédie. La Harpe trouve un excès de vanité dans l'idée même de la pièce; La Harpe aurait dû mieux s'y connaître ; et le reproche est injuste. L'auteur ne fait pas un nouveau Misanthrope, comme d'autres ont fait un nouveau Tartufe : il se donne pour imitateur; il adopte les principaux personnages de Molière ; il se met à sa suite , et non pas en concurrence avec lui. Comment La Harpe ne l'a-t-il pas senti? Pourquoi veut-il affaiblir les éloges qu'il est forcé de donner à la comédie du Philinte? On devine aisément ses motifs : elle avait deux grands torts à ses yeux : c'était l'ouvrage d'un de ses contempoi'ains ; et cet ouvrage avait réussi. Le style en est plein de défauts, sans doute : quelquefois énergique , il est plus souvent dur , incorrect et bizarre; mais, si la pièce était bien écrite, après les chefs-d'œuvre de Molière , toujours seul sur le trône où l'a placé son génie, quelle haute comédie serait comparable au Philinte ?Y)^]i\xvs cent
Œuvres posthumes. III. 2 1
années, la scène comique offre-t-elle un rôle aussi brillant, aussi noble, aussi bien soutenu que le personnage d'Alceste ? N'est-ce pas une situation fortement conçue que celle de Philinte puni de son égoïsme par la fraude même qu'il tolérait si paisiblement quand il n'y voyait que le mal d'autrui? La plénitude et la simplicité de la fable annoncent-elles un esprit vulgaire? Le même genre de mérite brille encore, mais d'un moindre éclat, dans les autres productions de Fabre d'Églantine. Le Convalescent de qualité abonde en force comique. U Intrigue épistolaire, dont les incidens et les détails ne prouvent pas un goût difficile, offre en récompense un dialogue rapide, une gaieté continue, qui rachètent bien des défauts, du moins à la représentation. La comédie à&^ Précepteurs ^ oHvrage posthume , et que l'auteur ne croyait point avoir achevé, présente une conception philosophique et des scènes originales. Ces diverses productions sont également déparées par un mauvais style. Il y a plus : Fabre affectait cette diction singulière, et l'avait réduite en système; il écrivait d'ailleurs très-vite, secret infaillible pour mal écrire. Mais on ne saurait lui contester une imagination féconde, de l'art dans les compositions, de la vigueur dans la peinture des caractères; et, malgré tout ce qu'on peut lui reprocher , les critiques équitables placeront