CHAPITRE XL
toujours l'auteur du Phiiinte de Molière parmi nos vrais poètes comiques.
On a vu paraître, dans la même époque, une comédie, célèbre, de Colin d'Harleville ; et déjà ce poète avait affermi sa réputation par trois succès. \J Inconstant, son premier ouvrage, offrait, quant au fond du sujet , quelques rapports avec VJrréj-o/w; mais, si la pièce de Destouches n'est pas aussi faible d'intrigue que celle de Colin , si les personnages accessoires y sont beaucoup moins négligés, il s'en faut bien que le personnage principal y soit peint d'aussi vives couleurs. L'inconstant n'est pas seulement très-comique; il est encore très-aimable; et ce rôle, un des mieux conçus qu'il y ait au théâtre, est en même temps, pour le style , ce que l'auteur a produit de plus brillant. iSOptimiste et les Châteaux en Espagne étincellent de traits charmans : l'auteur y a prodigué ces détails heureux dont il savait enrichir ses ouvrages; mais on y désirerait, dans les situations, plus de cette force comique, mérite éminent des pièces de caractère, et que les deux sujets semblaient appeler. Ce fut alors que Fabre d'Eglantine se mit en concurrence ouverte avec Colin d'Harleville. D'abord, sous le titre du Présomptueux, il refit les Châteaux en Espagne; et la lutte ne lui fut point avantageuse. Bientôt, dans la préface du Phiiinte de Molière^ préface indigne
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d'une telle pièce , il se permit d'attaquer , sans aucune mesure, et la comédie de Y Optimiste^ et jusqu'aux intentions morales de l'auteur. A cette hostilité, si convenable aux détracteurs par état, mais si étrange de la part d'un homme de mérite, Colin répondit , comme les vrais talens peuvent seuls répondre, parmi excellent ouvrage. Plusieurs qualités manquaient à ses premières productions ; rien ne manque au Vieux Célibataire-, le caractère principal est supérieurement dessiné; l'artificieuse gouvernante est d'une vérité parfaite ; chacun des personnages accessoires est ce qu'il devait être; l'intérêt, la force comique, animent les différentes situations; le style est élégant, le dialogue ingénieux et vif, l'effet général complet; enfin le Vieux Célibataire occupe un rang élevé parmi les comédies du dix-huitième siècle , et , sans contredit, la première place entre les comédies de Colin d'Harleville. Les ouvrages que l'auteur a composés depuis sont loin de mériter autant d'éloges. Toutefois, dans les Mœurs du jour, son talent se réveille encore, mais à de longs intervalles. Son style , d'ailleurs plein de naturel et de grâce , s'affaiblissait depuis quelque temps par une manière expéditive, et qui n'était pas exempte d'incorrection; ses vers, souvent dépourvus de césure, ne conservaient plus, des formes de notre poésie, que la rime et le nombre des syllabes. Nous