‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 157 sur 179 · CHAPITRE XI. 33"i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 33"i

laiit d'affectation dans les termes. La comédie peint la société; il y a plus : dans les pièces infectées de ce jargon que nous avons dû blâmer sans réserve, on a voulu peindre la société choisie; on ne pouvait la représenter sous des couleurs plus infidèles. C'est par le naturel des pensées et des expressions que brille l'esprit véritable, surtout quand il est cultivé. Le ton de l'hôtel de Rambouillet, si en vogue à Paris et à la cour sous la régence d'Anne d'Autriche, fut relégué dans les provinces dès que Molière eut donné sa comédie des Précieuses. Sous Louis XIV , et long-temps après lui , le bon esprit de la société fut perfectionné sans cesse; et le bel -esprit, en paraissant sur la scène , devait appartenir aux caricatures. Les tentatives en sens contraire ne peuvent abuser les spectateurs d'un goût délicat. Certains discours que Marivaux, Roissy , Dorât, et autres, font tenir aux personnages les plus intéressans de leurs pièces seraient d'un effet très -comique dans la bouche d'un marquis ridicule ou d'une soubrette déguisée; il est à présumer que ces écrivains trouveront désormais peu d'imitateurs. Le changement qui s'est opéré ne tient pas seulement aux efforts de plusieurs talents réunis : ce galimatias précieux qui séduisait jadis une partie du public ne serait aujourd'hui ni compris, ni supporté; les mœurs sont devenues plus

fortes; et ce n'est point par l'excès d'ornemens que le goût pourrait de nouveau se corrompre. L'idée que nous indiquons sera développée dans les considérations générales qui termineront cet ouvrage. En un mot, la comédie a regagné des qualités qu'elle avait perdues : le naturel et la gaieté ; il lui reste à regagner encore la profondeur dans le choix des sujets et la hardiesse dans l'exécution. L'essentiel est de peindre les mœurs : le mieux possible est de les corriger, ou , dans un sens plus juste et pourtant plus étendu, de les refaire par la vérité des peintures et l'énergie du ridicule. C'est l'art suprême ; mais il est si difficile qu'à peine a-t-il été pratiqué depuis le maître de la scène comique.

ce ^ Trois comédies en vers, recueillies en un voce lume, viennent d'être livrées au jugement des « lecteurs, sans avoir été représentées à Paris, du « moins sur un théâtre public. M. Pieyre, qui les « a composées , est connu depuis long-temps par le « brillant succès de X École des Pères , comédie fort « estimable, imitée de l'Homme prudent de Gol- « doni : fait qui dans le temps ne fut remarqué ni

I. Ces deux derniers paragraphes sont imprimés jjour la première fois dans le Tableau de la Littérature Française ; nous les avons placés à l'endroit indiqué par l'auteur lui-même. {Note de Péditeur.)

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