CHAPITRE XL
beaucoup. Le Portugal délivré de ses oppresseurs avec tant de courage et d'activité ; une révolution durable et complètement faite en quelques heures; une seule victime, Vasconcellos ; la multitude agissante , et soudain le calme rendu à cette multitude redeveiiue corps de nation : tout cela ne semblait guère susceptible de ridicule. La duchesse de Bragance, qui parut si digne du trône que son époux lui dut en partie ; le brave Alméida , véritable chef de l'entreprise, et qui, bien plus que Pinto, en détermina le succès; le cardinal de Richelieu la favorisant de loin , non pour servir la nation portugaise , mais pour affaiblir la monarchie espagnole; des noms, des caractères, des motifs, des résultats d'un tel ordre, étaient dignes de la tragédie : aussi , dans l'ouvrage dont nous parlons , la scène où Pinto vient rassurer les conjurés saisis d'une terreur panique, et où il donne le signal de l'attaque , est de beaucoup la meilleure, précisément parce qu'elle est tragique : elle est tragique, parce qu'elle est essentielle au sujet. En ces derniers temps, le même écrivain , dans sa comédie de Plante^ a imité quelques scènes de Plante lui-même ; mais une conception ingénieuse, et qui appartient à M. Lemercier, c'est de représenter le poète comique conduisant une intrigue réelle , faisant agir des personnages , et les peignant à mesure qu'ils agissent. L'esclave
d'un meunier fonde la comédie latine! Le mérite de cette peinture originale n'a point échappé à l'attention des connaisseurs. Plus récemment encore, une action simple, un intérêt doux, des vers naturels , le talent d'une actrice charmante, ont fait applaudir X Assemblée de Famille , comédie en cinq actes de M. Ribouté. Il n'y a de force ni dans l'intrigue, ni dans le comique, ni dans le style ; mais c'est un premier ouvrage; et le brillant succès qu'il a obtenu doit encourager l'auteur à marcher hardiment dans une carrière où ses premiers pas ont été si heureux.
Le ton faux et maniéré qui défigura long-temps la comédie a cessé d'être en honneur durant cette époque. Tous les auteurs que nous avons nommés, tous, excepté Demoustier, ont contribué plus ou moins à ramener le goût égaré loin de sa route. Trois poètes, cependant, M. Andrieux, Colin d'Harleville et Fabre d'Églantine , ont exercé à cet égard une influence spéciale. Nous nommons ici M. Andrieux en première ligne; et cela est juste : il a écrit avant les deux autres, comme nous l'avons déjà remarqué. Ses Étourdis sont même antérieurs à l'année mémorable qui est notre point de départ. Il est assez difficile de concevoir comment et pourquoi l'on avait introduit sur la scène comique tant de madrigaux en dialogue , tant de recherche dans les pensées ,