‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 170 sur 179 · SUR VOLTAIRE · texte numérisé non relu

SUR VOLTAIRE

Que de petitesses dans un si grand homme! voyez comme il recherche , comme il appelle la louange , sans choix , sans distinction de personnes! Chose étonnante, qu'un génie qui mé-

1, Ce morceau paraîtra curieux en ce qu'il pourra servir à contre-balancer les louanges continues que Chénier donne à Voltaire à chaque page de ses œuvres. Comme poète , il est vrai, trop souvent il s'abandonne à son enthousiasme; parfois même on pourrait Uii reprocher d'outrer l'éloge; mais, lorsque, déposant son luth , Chénier saisit la plume de l'écrivain , c'est alors que son goût s'épure , que sa critique devient saine et judicieuse; c'est alors qu'il est réellement lui-même. Il nous en offre un long et glorieux exemple dans son Tableau de la littérature. Il est donc probable qu'après la lecture de ce fragment sur Voltaire ceux qui ont pu taxer Chénier d'une partialité sans bornes ( et il en est beaucoup ) , rétracteront bientôt un jugement trop sévère, et qui finirait par devenir injuste, s'ils persévéraient plus long- temps [Note de U Editeur.)

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ritait tant d'éloges les aimât si passionnément ! Le désir des louanges, guidé par un discernement sûr, est précisément ce qui fait les hommes extraordinaires ; mais , privé de ce discernement , mais poussé jusqu'à l'excès, il devient puéril et condamnable. Voltaire donne à vingt littérateurs médiocres des brevets de célébrité ; et leurs noms , déposés dans ses écrits, parviendront aux générations futures, qui demanderont le titre de leurs ouvrages.

Ses satires, souvent justes, puisqu'il était souvent attaqué , souvent plaisantes , originales , énergiques , et , dans un genre différent , égales aux meilleures du dernier siècle, sont aussi quelquefois injustes, peu décentes, et même indignes de lui quant à la partie du style : telle est surtout cette longue et amère diatribe intitulée : la Guerre de Genhi^e; facétie injurieuse pour lui seul et dirigée principalement contre un philosophe dont il devait au moins respecter les malheurs, et qu'on serait tenté de nommer son égal , si Voltaire avait eu des égaux dans ce siècle.

Mais , tandis (ju'il s'efforçait d'accabler des gens de mérite qui, je ne sais comment, lui faisaient ombrage, il courtisait des rois, et se donnait des chaînes par vanité. Esclave d'un monarque du nord, qui joignait à de grands talens, à de grandes qualités, les vices inséparables des des-

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potes, l'auteur de Mérope et du Siècle de Louis XI F allait supporter en Prusse et les dégoûts arbitraires, et, ce qui est pis encore, une admiration que partageaient avec lui l'auteur de Vénus physique ' , et le chantre de Manon ^.

Lisez maintenant les éX.çxw^X'!^ panégyriques du feu roi Louis XV, prioce qui méritait des louanges en quelques parties, mais qu'il exalte en toute chose, et beaucoup plus que Pline le jeune n'a jamais exalté le divin Trajan; lisez les vers et les épîtres dédicatoires qu'il adresse tour-à-tour aux maîtresses de Louis XV. Que ce personnage est peu digne d'un philosophe ! Quel emploi d'encenser un monarque jusques dans ses faiblesses honteuses et souvent funestes! Ah! sans dégrader à ce point la poésie, que ne les abandonnait - il à la sévérité de l'histoire? Si des rois révérés long - temps après leur règne ont pu connaître ces erreurs, ils sont révérés malgré elles, et non pour elles; et, sur un pareil article, l'historien le plus flatteur ne témoignerait son adulation que par le silence.

Attentif à tous les mouvemens de la fortune, et toujours aussi rapide qu'elle, il chantait les favoris et les ministres dès que la renommée pu-

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