‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 2 sur 179 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Grammaire; Art de penser; Analyse de l'entendement.

Jl)a.con, qui découvrit un nouveau monde dans les sciences, distingua le premier la grammaire positive de la grammaire philosophique. Il déclara que celle-ci était encore à naître; mais, d'avance, il lui traça la route qu'elle avait à suivre, et qu'indiquait suffisamment le nom même qu'il lui imposait. Ce fut cinquante ans après que Lancelot , déjà connu par des travaux estimables sur les deux langues anciennes , écrivit , sous la dictée d'Arnauld, l'ame de Port-Royal, cette Grammaire générale si justement renommée, et qui est parmi nous le point de départ de la science. Quant à la langue française, dès le siècle précédent, et lorsque , pour ainsi dire , elle balbutiait encore , on en domiait déjà les règles; car on la croyait fixée. Robert Estienne, sous le règne de Henri II, avant

3o LITTÉRATURE FRANÇAISE.

les ouvrages de Malherbe et de IMontaigne, et du temps même de Ronsard , avait publié sa Grammaire française. Henri Estienne, suivant les traces de son père, composa deux Traités relatifs à notre langue; mais de tels ou^Tages, d'ailleurs pleins de mérite pour le temps où ils parurent, sont aujourd'hui plus curieux qu'utiles. Depuis l'établissement de l'Académie française, Yaugelas, T. Corneille, Patru, iNIénage, Bouhours, Dangeau, publièrent successivement sur la langue des remarques plus ou moins judicieuses : elles sont consultées encore. Au commencement du dernier siècle , Régnier Desmarais fit paraître sa Grammaire française; production bien imparfaite , mais qui répandit des lumières, grâce à quelques notions fort saines, grâce encore aux critiques, trop souvent fondées, que Buffier lui prodigua dans sa Grammaire sur un autre plan. Un peu plus tard , Girard et d'Olivet perfectionnèrent l'étude de la langue ; l'un par ses Synonymes français, ouvrage plein de finesse, écrit d'après une idée de Fénélon; l'autre par son excellent Traité de la Prosodie. Dans le même temps, un homme supérieur, Dumarsais, enrichissait la Grammaire générale du meilleur livre qui existe sur la partie figurée du langage. Ce beau Traité sur les Tropes n'était pourtant que la dernière divisif)n du o;rand ouvrage qu'il méditait, et dont quelques matériaux se retrouvent dans les articles

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