CHAPITRE II
dans l'art de peindre la société, n'ont point appliqué à la science des mœurs l'insti^ument universel de l'esprit humain : l'analyse de l'entendement. «Il a paru, sous le titre d'opuscules philoso- « phiques, un petit recueil peu connu, quoitpi'il a soit assez remarquable. Il renferme des pièces « inédites de plusieurs personnes dont les noms « seuls excitent l'intérêt. Les réflexions de madame « Du Châtelet sur le bonheur prouvent à la fois « une ame très-sensible et ini esprit très-élevé. « Le petit écrit de IN^ecker sur le boidieur des sots « pourrait être plus piquant et plus léger sans in- « convénient. On lit avec plaisir un dialogue sur « les femmes, composé par l'abbé Galiani, et un t< portrait du philosophe considéré en général : il « est attribué à Dumarsais. Mais on distingue sur- « tout dans ce livre deux morceaux de Diderot, « qui, depuis, ont été publiés de nouveau dans « la collection de ses œuvres. L'un est un dialo- « gue entre ce philosophe , plus que sceptique , « et la maréchale de Broglie, dont la piété sincère « allait jusqu'à la dévotion : l'entretien roule sur « la première des idées religieuses; les formes du « style en sont très-vives, pleines d'originalité, « de politesse et d'esprit. L'autre ouvrage est plus « étendu : c'est une suite de dialogues à l'occasion « du voyage de M. de Bougainville. L'auteur y « agite avec beaucoup de liberté des questions
" d'une extrême délicatesse. Là se trouvent les « adieux d'un vieillard otaïtien au célèbre navi- « gateur français : ils contiennent une énergique « apologie de la vie sauvage; et J.-J. Rousseau, « dans son discours sur l'inégalité des conditions, « n'a pas de morceau plus éloquent. Après cet u ouvrage, sont imprimées de courtes réflexions « adressées à l'éditeur, et signées de lettres inilia- « les qu'il est inutile d'indiquer. Diderot y est « traité d'une manière infiniment leste jusque dans « la part d'éloges qu'on veut bien lui faire. Nous « ne déciderons pas si ce ton d'une supériorité « railleuse et tranchante outrepasse les droits de « l'écrivain; mais nous croyons que Voltaire n'au- « rait pas osé se le permettre, en parlant d'un « homme tel que Diderot ^ »
Véinidation est- elle un bon moyen d'éducation? 11 y a huit ans que la seconde classe de l'Institut proposa cette question pour sujet du prix de morale. Ici la forme problématique étonne un peu; elle était pourtant convenable. Un grand prosateur, dont les écrits sont pleins de principes lumineux et de brillans paradoxes, avait attaqué l'émulation avec tant d'éloquence, qu'il y avait du
I. Les nioiceaux indiqués par des guillemets sont imprimés ri pour la première fois. {^Note de V Editeur.^