‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 22 sur 179 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

courage à la défendre et presque à la réhabiliter : c'est ce qu'a tenté M. Feuillet. Il profite de ses avantages, en opposant à l'autorité de Rousseau, dans Émile^ l'autorité formellement contraire de Rousseau, dans l'article ^co/zo;72Zf du Dictionnaire encyclopédique. Du reste, prenant la question dans ses racines, il se demande quel est le but de l'éducation. Il s'agit de développer toutes les facultés des individus, et d'assurer leur bonheur, en les faisant contribuer au bonheur général; mais les facultés individuelles se développent par les comparaisons qui s'établissent entre les différens individus : de là naît l'émulation; et, si l'on veut l'écarter de l'éducation de l'enfance, elle se retrouvera dans l'éducation de la vie entière. Cette émidation n'est autre chose que l'amour de la gloire : sentiment naturel à tous les hommes, mais plus ou moins étendu, et diversement dirigé. Il est dangereux dans son excès; il peut suivre de fausses directions ; mais, sans lui, rien de grand, rien même d'utile; son influence est nécessaire; et, comme dit Tacite, celui qui méprise la gloire méprisera bientôt la vertu. Or, si les hommes faits ont besoin de ce puissant mobile, les enfans seront des hommes faits; et c'est aller contre le but de la société, que de vouloir éteindre en eux un sentiment qui doit les guider durant toute leur vie. Il reste donc démontré que l'éducation vrai-

ment sociale est fondée sur l'émulation. M. Feuillet développe habilement ces vérités fécondes; et son Mémoire est digne, à tous égards, du prix qu'il a remporté. C'est l'ouvrage d'un homme instruit, d'un esprit exercé, d'un écrivain sage, et qui, sur les matières importantes, est complètement au niveau des lumières contemporaines.

Deux ouvrages de morale ont été successivement publiés, l'un par M. de Volney, l'autre par Saint -Lambert, sous le modeste nom de Catéchisme. Quoique rédigés par demandes et par réponses, il ne faudrait pas les confondre avec les catéchismes ordinaires. Pleins tous les deux d'une raison profonde , ils n'ont entre eux aucune autre ressemblance; ce n'est ni la même composition, ni le même genre de talent.

Nous parlerons d'abord de l'ouvrage de M. de Volney, puisqu'il a paru le premier. Il a pour titre : La Loi naturelle , ou Catéchisme du citoyen français. La morale est en effet cette loi qui n'a d'autre but que la conservation et le perfectionnement de l'espèce humaine. L'auteur détermine les nombreux caractères qui appartiennent exckisivement à la loi naturelle. Il est aisé de les reconnaître : elle est primitive, c'est-à-dire, antérieure à toute autre loi : elle émane de Dieu sans aucune intervention particulière, puisqu'elle se fait entendre à chaque individu : elle est universelle , puisqu'elle

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