CHAPITRE II. 7T
embrasse tous les temps et tous les lieux: elle est invariable, puisqu'elle ne modifie jamais ses préceptes : elle est évidente , raisonnable , juste , puisqu'elle est démontrée à tous, accessible à la raison de tous, conforme à l'intérêt de tous : elle est pacifique; en effet, si elle était observée, toutes les dissensions seraient bannies de la terre : elle est bienfaisante ; car c'est uniquement par elle que chaque homme, chaque société, l'humanité entière, pourraient atteindre au plus haut degré de bonheur dont notre nature soit susceptible : enfin , elle est suffisante, puisqu'elle renferme tous les emplois avantaojeux des facultés de l'iiomme, et, par conséquent , tous ses devoirs. M. de Volney passe ensuite aux bases de la morale, aux notions du bien et du mal , du vice et de la vertu. Il distingue les vertus en trois classes : les vertus individuelles , ou qui servent à la conservation de 1 individu; domestiques, ou qui sont utiles à la famille; sociales, ou dont les avantages embrassent toute la société. C'est à ces dernières qu'il donne le plus d'éloges et le plus de développemens. Telle est l'idée générale de cet ouvrage important , quoiqu'il ait peu d'étendue. Les idées en sont serrées; le style en est ferme; on y remarque ce choix sévère et cette propriété d'expressions dont les j>hilosoplies de l'école fi^anraise ont donné tant de beaux exemples.
72 LITTERATURE FR^iNÇAISE.
Le Catéchime universel de Saint-Lambert n'est qu'une section de son grand ouvrage, intitulé: Principes des mœurs chez toutes les nations^ et divisé en six parties. La première, qui a pour titre Analyse de V Homme ^ est plutôt de l'idéologie que de la morale proprement dite. L'auteur y explique la nature des sens , celle des sensations les plus habituelles, et l'origine des passions considérées en général. L'analyse de la femme est l'objet de la seconde partie, qui présente une composition moins sévère : c'est une suite d'entretiens de mademoiselle de Lenclos avec Dernier, élève du philosophe Gassendi, et voyageur assez renommé. Ces entretiens ont de l'intérêt; et les deux interlocuteurs exposent habilement, soit la manière de sentir particulière aux femmes, soit les nuances qui distinfijuent les mêmes passions en des sexeS dont l'organisation n'est point la même. Dans la partie suivante , intitulée la Raison , ou Ponthiainas^ trois mandarins chinois, supposés fondateurs de la colonie de Ponlhiamas, enseignent aux citoyens de leur république les élémens de la philosophie rationnelle , et font l'éducation d'un peuple de sages. La quatrième partie est consacrée au catéchisme universel : c'est de beaucoup la meilleure de l'ouvrage; peut-être même est-elle sans défaut. Une idée saine et lumineuse y éclate : les vices sont des passions nuisibles à nous et aux