CHAPITRE IL
Les diverses parties de l'économie publique ont été depuis vingt ans et sont encore aujourd'hui cultivées par des hommes habiles. C'est ici que nous croyons devoir indiquer les travaux de M. Lebrun. Ils ont honoré l'Assemblée constituante et le Conseil des anciens; mais ils tiennent à la haute administration; et d'ailleurs ils offrent plutôt les formes générales de l'art d'écrire que les formes spéciales de l'art oratoire. Au reste, on y trouve l'empreinte d'un talent exercé de bonne heure , et nourri de connaissances profondes sur tout ce qui tient aux finances. Quelques rapports de M. Barbé-Marbois au Conseil des anciens sont du même genre et du même ordre. M. Rœdereret^I. Dupont de^Vemours, que nous retrouverons tous deux comme orateurs , doivent déjà trouver place en ce chapitre : l'un, pour quelques bonnes dissertations insérées dans son Journal d'Economie; l'autre, pour un écrit sur la banque, ouvrage assez récent encore, et dont il nous conviendrait peu de discuter le fond, mais dans lequel il serait injuste de ne pas reconnaître, et les lumières utiles d'un ami de Turgot , et ces tournures ingénieuses qui , partout et spécialement dans les matières graves, n'appartiennent qu'aux écrivains distingués.
Les Elémens d" Economie politique, publiés par M. Garnier, sont dignes d'estime à beaucoup d'égards; et, si l'on peut reprocher quelque chose à
Œuvres posthumes. III. t)
l'auteur, c'est d'avoir renouvelé un peu tard plusieurs opinions des économistes , opinions longtemps dignes d'être examinées , maintenant décréditées par les résultats mêmes de l'examen , surtout depuis l'ouvrage d'Adam Smitli sur les sources delà richesse des nations. M. J.-B. Say, dans son Traité d'Économie politique, a suivi des routes plus sûres, et fourni une carrière plus étendue. Il écarte, à l'exemple de Smith, ces théories systématiques dont l'effet infaillible est de tout confondre en voulant tout assujettir à une seule idée générale. En observant la marche naturelle des richesses, il expose clairement de quelle manière elles se produisent , se distribuent et se consomment. Son ouvrage est divisé en cinq livres : le premier concerne tous les produits que peut créer l'industrie humaine ; le second , la monnaie métallique , où l'auteur voit , non pas un signe représentatif, non pas une mesure commune, mais une marchandise véritable , et qui , par des conventions universelles , peut s'échanger à volonté contre toutes les autres marchandises; le troisième livre est relatif à la propriété , de quelque nature qu'elle soit; M. Say, dans le quatrième, examine comment se détermine la valeur des choses, c'està-dire le prix qu'elles atteignent quand on les échange avec la monnaie; le cinquième livre, enfin , traite de tous les g^enres de consomma-