CHAPITRE II
lions; et, dans cette partie importante de son travail, l'auteur, en approuvant les consommalions indispensables, en louant les consommations utiles à la reproduction (car il en est de cette espèce), blâme et regarde comme onéreuses pour la société entière les consommations stériles de Y orgueil ^ ce mendiant qui crie aussi haut que le besoin, selon l'énergique et singulière expression de Franklin. Ce n'est pas que M. Say soit partisan des lois somptuaires et des diverses prohibitions. Un ouvrage où l'indépendance des facultés industrielles est regardée comme nécessaire pour entretenir et augmenter la richesse publique ne saurait même être favorable au système réglementaire qui enchaîne et ne règle pas l'industrie. En nous résumant, M. Say, moins profond que Smith, moins habile à saisir des rapports éloignés et nombreux , est aussi plus méthodique , plus facile à suivre, et ne se permet pas, comme lui, de fréquentes digressions. Soigneux d'éviter les questions de politique, celles même de commerce ou de finances, il se borne aux principes de l'économie proprement dite. Son traité lui fîiit beaucoup d'honneur : orné avec sagesse , le style en est sain comme la doctrine; et, de tous les livres composés en français sur la science économique, c'est le plus complet sans contredit, nous croyons pouvoir ajouter, le plus instructif.
U Essai sur le re<>enu public est essentiellement un livre de finance, sans être toutefois étranger à l'économie politique. M. Ganilh, auteur de cet ouvrage,}^ recherche comments'est composé lerevenu public chez les peuples anciens et chez les peuples modernes. C'est avec une attention spéciale qu'il en suit les progrès en France et en Angleterre, contrées où, depuis deux siècles, les charges des contribuables n'ont cessé d'augmenter avec les besoins du gouvernement. Après avoir traité de la législation et de l'administration du revenu public, deux choses qu'il regarde comme devant être séparées pour l'intérêt des sociétés , il considère successivement les dépenses et les contributions qui les couvrent. Il ne donne pas une histoire complète des finances; il donne encore moins un plan général: plus circonspect , sans être cependant timide , il expose des faits nombreux ; et de ces faits rassemblés naissent les réflexions qu'il y mêle. Peu favorable aux taxes sur la rente des terres , sur les capitaux, sur les personnes, il leur préfère les contributions indirectes , au moins quand elles vont frapper les consommations de luxe. En général, il se rapproche beaucoup, dans les principes, des philosophes de l'école écossaise, notamment de Hume et de Smith. Ce n'est donc pas seulement l'importance des matières qui nous fait remarquer \ Essai sur le revenu public : une diction claire et