‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 39 sur 179 · CHAPITRE 111. io · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. io

gard de Massillon; car, s'il le place au-dessus de Bourdaloue comme écrivain, en qualité d'orateur il le croit inférieur à Bourdaloue. Cette opinion , long-temps convenue, nous paraît difficile à démontrer. Plein du barreau de l'antiquité, à peine M. le cardinal Maury s'occupe-t-il un moment du barreau moderne. On désirerait qu'il eût voulu creuser davantage cette mine souvent stérile, mais où quelques filons pouvaient être mis en lumière, et fécondés par son talent. Du reste, son livre est, d'un bout à l'autre, aussi intéressant que solide. La correction, la noblesse et l'harmonie du style y répondent constamment à la pureté des principes. Après \ Essai sw les Eloges ^ aucun des traités français, composés sur l'éloquence, ne peut instruire autant les élèves : ils apprendront, en l'étudiant, quelles règles ils doivent observer, ce qu'il faut éviter, ce qu'il faut suivre, et comment il faut écrire.

Sans être aussi importans , deux ouvrages de M. de Lacretelle , l'un sur l'éloquence de la chaire , l'autre sur l'éloquence judiciaire, nous semblent dignes d'être cités avec distinction. Dans le premier, l'auteur ne parle ni des oraisons funèbres, ni des panégyriques : c'est à la prédication qu'il s'attache exclusivement ; et même , sur les sermons de Bossuet, il croit ne pouvoir rien ajouter aux excellentes observations de M. le cardinal Maurv.

io4 LITTÉRATURE FRANÇAISE.

Empressé de rendre à Massillon la justice éclatante qui lui est due , il se permet de prouver assez bien que la réputation de Bourdaloue est exagérée à tous égards; et nous penchons pour son avis. Peutêtre lui-même exagère -t- il un peu le mérite des sermons de l'abbé Poule, habile orateur sans doute, à qui l'on ne saurait contester de la verve et de la pompe dans le st) le , mais à qui l'on peut reprocher souvent une diction retentissante et prodigue de mots. L'ouvrage est terminé par des vues générales sur les moyens de ranimer l'éloquence de la chaire. L'auteur, considérant que l'incrédulité fait tous les jours des progrès rapides , pense que, pour la convertir, s'il est possible, il faudrait borner les sermons aux vérités de l'invariable morale , i-enoncer aux faibles ressources d'une aride et froide discussion, recourir à la puissance de l'art d'émouvoir, et surtout ne jamais offrir un affligeant contraste entre les vertus préchées dans la chaire évangélique et les vices du prédicateur. L'écrit sur l'éloquence judiciaire présente une suite de conseils donnés à un jeune avocat par un ancien jurisconsulte. I^'auteur y traite, en un court espace, de l'utilité de l'éloquence opposée à la chicane , des inconvéniens et de quelques avantages de l'improvisation oratoire , du choix et de la direction des études en jurisprudence. Les réflexions que lui inspirent ces différens objets peu-

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