CHAPITRE III. io
vent êlre méditées avec fruit, dans un temps où des lois civiles simplifiées, et rendues communes à toutes les parties du territoire, des lois pénales plus humaines, des formes plus tutélaires et plus imposantes, permettent aux orateurs de franchir les bornes qui, si long-temps, ont rétréci le barreau français.
Ici, Tordre des matières nous présente un célèbre ouvrage anglais, le Cours de î^hètorique de Blair. Nous en avons deux traductions : la première est de M. Cantvvel ; la seconde, qui vient de paraître, est de M. Prévost, professeur de philosophie à Genève. Celle-ci paraît être la meilleure, et pour l'exactitude , et pour le style. 11 est vrai que le nouveau traducteur a de grandes obligations à l'ancien , dont il adopte souvent des phrases entières, et quelquefois d'assez longs morceaux; mais il en convient lui-même, attention que les traducteurs ont rarement pour ceux de leurs devanciers auxquels ils sont le plus redevables : quant à l'ouvrasse, il est digne d'une haute estime. Blair faisait partie de cette école d'Edimbourg qui a produit tant d'hommes remarquables. Ami de Robertson et d'Adam Smith , il doit même à ce dernier plusieurs idées qu'il développe d'une manière nouvelle : il traite successivement du goîit et de la source de ses plaisirs, de l'origine et de la structure du langage, de la théorie générale A\\ style,
io6 LITTÉRATURE FRANÇAISE,
de l'éloquence considérée dans tous les genres de discours publics; enfin, des meilleures compositions en vers et en prose, qu'il soumet à un examen rapide et superficiel. Des principes judicieux présentés avec méthode, éclaircis par des applications heureuses, étendus par l'analyse philosophique , recommandent les cinq divisions de l'ouvrage. On doit rendre grâce aux hommes de lettres qui l'ont traduit en fi:'ançais; et jusqu'ici nous n'avons pas dans notre littérature un cours de rhétorique aussi bien conçu. Il convient d'autant mieux d'être juste à l'égard de Blair qu'il l'est toujours envers les écrivains français. Appréciateur bienveillant de Tillotson , de Barrow , et lui-même prédicateur célèbre , il regarde Bossuet et Massillon comme les deux plus grands orateurs des temps modernes. Il proclame Voltaire le chef des historiens du dernier siècle. Malgré les ouvrages de Fielding et de Richardson, il croit que, dans le genre des romans, les Français l'emportent sur les Anglais: ce qui peut sembler douteux, même en France. Il décerne la palme comique à Molière. En exaltant le génie de Shakespeare, il sait admirer Corneille, Racine et Voltaire, Voltaire le plus moral et le plus religieux de tous les poètes tragiques. Tels sont les propres termes de Blair; tel est l'hommage qu'un étranger, un ecclésiastique des mœurs les plus pures, un docteur en théolo-