CHAPITRE III
étendue; mais on y trouve au moins la diversité: c'était la devise de La Fontaine.
On a publié, il y a dix ans, trois volumes de Mélanges tirés des manuscrits de madame JSecker. Ces mélanges sont composés de lettres, de jugemens littéraires, d'anecdotes et de pensées détachées. On y trouve de nombreux détails, nonseulement sur le célèbre administrateur qu'elle s'honorait d'avoir pour époux, mais sur plusieurs écrivains illustres, tels que Voltaire, J.-J. Rousseau, Diderot, d'Alembert, et surtout Buffon et Thomas , qu'elle voyait tous deux habituellement. Les lettres sont d'un style pur, mais étudié; certains jugemens sont hasardés; d'autres prouvent un goût aussi délicat qu'exercé. Beaucoup d'anecdotes étaient connues depuis long- temps, ou ne méritaient guère de l'être; il en est aussi de trèspiquantes, et qui ont le charme de la nouveauté. Les pensées sont quelquefois recherchées, quelquefois communes; mais souvent elles sont ingénieuses, sans s'écarter du naturel. Ce n'est point une collection d'ouvrages, encore moins un ouvrage suivi; mais c'est le fruit des loisirs d'une femme de sens et d'esprit, accoutumée à la lecture des bons livres, et, plus encore, à la conversation des hommes supérieurs.
En donnant au public un volume à^ Études sur Molière, M. Cailhava n'a pas cru devoir aspirer
iio LITTÉRATURE FRANÇAISE,
au titre de commentateur : son livre est cependant im commentaire complet sur la vie et les ouvrages (le cet incomparable auteur comique. Toute l'in struction que l'on peut retirer de l'ample travail de Bret se trouve ici rassemblée en moins d'espace, et revêtue d'une pareille forme. Les faits authentiques y sont consignés; les anecdotes incertaines n'y sont point admises; les observations littéraires y abondent; et quelques-unes des plus importantes étaient restées neuves encore. Les sources nombreuses où puisait Molière y sont exactement indiquées; mais on y fait admirer, en ses imitations même, les créations de ce génie qui change en or le plomb qu'il emprunte, et devant qui ses propres modèles paraissent de faibles copistes. Les principes qu'avait exposés M. Cailliava dans son estimable Traité sur Vart de la comédie , sont développés de nouveau dans ses Études sur Molière. La lecture attentive de ces deux ouvrages est propre à former le goût des jeunes écrivains qui veulent tenter la difficile entreprise de corriger les mœurs, et de punir les vices par le ridicule. Le livre consacré spécialement à Molière présente une autre espèce d'utilité. L'auteur, après avoir apprécié le genre, l'exposition, la marche, le dénoùment, les principales beautés de chaque pièce , s'occupe de la tradition théâtrale. Selon lui , c'est dans les ouvrages mêmes que les acteurs