‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 53 sur 179 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lin médiocre éloge. L'orateur a moins réussi dans le genre des panégyriques, quoique son talent se retrouve en quelques morceaux du panégyrique de saint Augustin , qu'il prononça devant l'assemblée du clergé de France. Ses ouvrages les plus travaillés, les mieux écrits, les meilleurs à tous égards , sont les quatre oraisons funèbres par lesquelles il termina sa carrière apostolique. Dans l'oraison funèbre de Louis XY, on admire l'éloquent exorde où le prélat rappelle à ses auditeurs les paroles littéralement prophétiques qu'il adressait au monarque dont il vient déplorer la mort. Entre plusieurs endroits remarquables du discours, on a retenu cette phrase imposante, et qui restera célèbre : « Le peuple n'a pas sans doute le droit de « murmurer ; mais sans doute aussi il a le droit « de se taire ; et son silence est la leçon des rois. » Il y a beaucoup de sagesse et de gravité dans l'oraison funèbre du maréchal du Muy, personnage de moeurs irréprochables, et le plus religieux des maréchaux de France , mais qui n'était connu, comme général, que par sa défaite à Varbourg, et qui ne s'était illustré, comme ministre de la guerre, par aucune institution de quelque importance. On est bien plus ému en lisant l'oraison funèbre de Charles de Broglie , évéque de Noyon. L'orateur y paraphrase d'une manière touchante deux beaux discours de saint Ambroise. On en-

OEiiMos poslLumps. m. Q

i3o LITTÉRATURE FRANÇAISE.

tend se mêler ensemble les accens de la douleur et ceux de l'espérance : c'est un ami désolé qui pleure sur les cendres d'un ami ; c'est un évéque résigné qui prie sur le mausolée d'un évéque. L'oraison funèbre du curé de Saint- André-des-Ars est d'un ton plus austère. L'évéque de Senez et beaucoup d'autres prélats de l'église de France avaient été formés par ce vieillard vénérable, qui fut , dit-on , le modèle du sage curé de Mélanie. Le pontife s'incline avec respect vers la tombe de l'humble pasteur, pour y recueillir les dernières leçons d'un maître chéri dont il veut rester le disciple. Tout est simple , mais tout est solennel dans ce discours : ce n'est pas l'éloge d'un grand de la terre, ni même , ce qui est bien différent , l'éloge d'un grand homme ; c'est le panégyrique d'un saint , présenté comme exemple aux pasteurs , et plutôt invoqué que loué. Si l'on vit un prélat rendre à d'obscures vertus des honneurs publics , longtemps réservés à la puissance, il faut bien en faire hommage à l'esprit du dernier siècle. Ce n'est pas que nous prétendions placer l'évéque de Senez au rang des philosophes modernes : il les attaque souvent , au contraire ; mais il les attaque avec décence. Loin de se dissimuler leurs talens , leurs succès, leur force toujours croissante, il en paraît épouvanté. Comme eux, d'ailleurs, il prévoit, il annonce une révolution prochaine , dont les

Page 1