CHAPITRE IV. i
symptômes ne pouvaient échapper qu'aux vues faibles , et que Louis XV entrevoyait lui-même , malgré les prestiges du trône ; une révolution que tout rendait inévitable : le désordre des finances, le discrédit d'une cour sans gloire et même sans gloire militaire , les progrès de la nation , la décadence du gouvernement , et l'écroulement des préjugés que la raison renversait par l'examen. Celui qui s'était montré hardi dans la chaire de Versailles parut timide dans l'Assemblée constituante. Il en était membre durant la dernière année de sa vie ; et ce fait , récent encore , est aujourd'hui presque ignoré. Sa voix n'y fut jamais entendue, soit qu'il faille plus d'audace pour haranguer des égaux qui vont vous répondre qu'un roi qui vient vous écouter ; soit qu'il n'ait pas voulu soumettre à l'épreuve des opinions populaires une réputation de trente ans. Cette réputation se maintiendra. L'évéque de Senez est sage dans ses compositions, correct et simple dans son style, trop simple même en quelques endroits ; mais ce défaut est bien préférable à la fausse élégance, à la finesse énigma tique des prédicateurs de son temps. 11 approche quelquefois de l'élévation de Bossuet, dont il n'a jamais l'énergie et la profondeur ; il atteint presque à la douceur de Massillon , sans connaître et distribuer comme lui toutes les richesses de l'art d'écrire ; il tombe dans
Kia LITTERATURE FRANÇAISE.
des redites fréquentes. On lui souhaiterait plus dé couleur et plus de forme ; mais il touche , il communique les émotions qu'il éprouve; et, depuis ces deux grands modèles , aucun orateur n'a mieux saisi le ton noble et persuasif qui convient à l'éloquence de la chaire.
Les sermons de M. le cardinal Maury ne sont point imprimés, et nous ne connaissons pas d'oraisons funèbres de cet orateur. Il n'a pas jugé à propos de donner encore au public son panégyrique de saint Vincent- de -Paide, discours c[ui jouit d'une haute réputation, et que l'on se souvient de lui avoir entendu prononcer plusieurs fois dans les églises de Paris. Mais deux morceaux d'un rare mérite , le panégyrique de saint Louis et celui de saint Augustin , sont publiés à la suite du livre sur l'Eloquence de la chaire. Ces deux sujets, traités par une foule d'orateurs, l'avaient été récemment par l'évéque de Senez ; nous avons déjà remarqué qu'il réussissait peu dans ce genre; et pour le mouvement, la couleur, la force, l'harmonie du style, l'écrivain dont nous parlons lui est de beaucoup supérieur. Dans le panégyrique de saint Louis , les croisades de ce prince sont justifiées par un noble motif: la délivrance des Français, des chrétiens en captivité. Ces émigrations armées causèrent de grands maux; mais elles eurent aussi quelque influence sur la