‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 62 sur 179 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

de génie dominaient alors : Montesquieu décrivait la grandeur et la décadence du plus imposant des peuples anciens, comme un Romain survivant à Rome, et regrettant la république sur les débris mêmes de l'empire. A la brillante Histoire de Charles XH, Voltaire faisait succéder V Essai sur les Mœurs des Nations et le Siècle de Louis X//^, monumens immortels, qui ne lui laissent aucun rival entre les historiens modernes. Il est le chef d'une école qui s'étendit en Angleterre , où l'esprit public et la liberté favorisent les travaux historiques. En France, par des causes contraires, ils furent long-temps gênés ou mal dirigés. CondiUac, en son Cours d'histoire ancienne et moderne, soutint faiblement sa renommée, si légitime à d'autres titres. Mably, frère de CondiUac , affermit la sienne par ses Observations sur l'Histoire de France, ouvrage lumineux et nécessaire à tous ceux qui veident étudier à fond la marche du gouvernement français. Nous avons perdu l'Histoire de Louis XI , qu'avait composée Montesquieu : l'on ne sent que trop cette perte en lisant la même histoire écrite par Duclos. C'est le récit, ce n'est pas le tableau du règne. Duclos est plus à son aise dans ses Mémoires secrets sur la fin du règne de Louis XIV, et sur la régence du duc d'Orléans , sujet qui convenait mieux à son goût décidé pour les anecdotes, et à la trempe de son

Œuvres posthumes. III. 1 O

esprit, plus fin que profond. Millot, dans ses divers Élémens d'Histoire moderne , est correct , impartial et sage, mais décoloré, timide et médiocrement instructif. Le règne de Chariemagne, celui de François V^ , la rivalité de la France et de l'Angleterre, offraient des sujets heureux; et GaUlard ne les a pas traités sans succès : mais un style diffus dépare les écrits de cet historien, trèséclairé d'ailleurs, et maintenant trop peu apprécié. L'histoire philosophique du Commerce des Européens dans les deux Indes, acquit à Fabbé Raynal une réputation tardive, mais éclatante, et que ses premiers essais n'avaient pu lui faire espérer. Ce n'est pas que ce livre célèbre soit, à beaucoup près, exempt de défauts. On y trouve assez souvent l'enflure à côté même de la sécheresse. L'auteur s'y permet des déclamations fréquentes, et jusqu'à de longues apostrophes qui seraient déplacées partout, mais qui répugnent spécialement à la sévérité du genre. Toutefois ce grand ouvrage présente aussi des beautés nombreuses et un majestueux ensemble : il tient sa place entre les monumens de la philosophie moderne; et l'on ne saurait rabaisser sans ingratitude un talent qui a servi la cause des nations. Quoique très-courte, l'histoire de la révolution qui fit monter Catherine II sur le trône de Russie est (ligne de beaucoup de louanges. Le style en est orné, mais rapide et plein de mouvement:

Page 1