‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 66 sur 179 · CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i

d'Hérodote consacre cette imposante vérité, que l'union des peuples libres leur donne une force qui triomphe du despotisme presque tout-puissant, de l'ouvrage de Thiicvdide jaillit cette autre leçon, terrible, mais utile à donner, que leur division brise cette force, et, par l'essai même de l'empire, les mûrit pour la servitude. Ajoutez que le talent de l'écrivain n'est jamais inférieur au sujet qu'il traite. Il ne cherche point Iharmonie, quelquefois même U la brave ; mais chez lui tous les mots sont des pensées; dans son stvie concis et nerveux, il unit l'austérité d'un philosophe, et l'audace élevée d'un grand citoyen. Narrateur moins fleuri qu'Hérodote, il n'est jamais, comme lui , conteur agréable : il est peintre plus énergique; peintre des choses, lorsqu'il décrit l'expédition de Sicile, ou la contagion d'Athènes; peintre des hommes partout, et spécialement dans les harangues, où il excelle, et qu'il place avec plus d'art qu'Hérodote, peut-être même qu'aucun autre. Introduit- il Périclès déterminant les Athéniens ti la guerre, ou pronoïiçant l'éloge funèbre des citoyens morts aux combats? les idées, les expressions, les tours, les images étalent toute la magnificence oratoire. Fait-il parler Archidamus, roi de Lacédémone , ou l'éphore Sténélaïdas ? c'est avec une brièveté simple et grave. Brasidas a-t-il plus de pompe: il fut éloquent, quoique Spar-

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tiate, observe aussitôt Thucydide, toujours fidèle au costume des mœurs , toujours scrupuleux gardien des convenances. Tel fut le maître de la tribune attique, le modèle adopté par Déraosthène , qui le copia huit fois tout entier ; et , dans la carrière de 1 histoire , nul doute que , chez les Latins, on n'ait le droit de compter parmi ses élèves Salluste , qui souvent l'éstale, et Tacite qui a tout surpassé. L'on doit donc rendre grâce à M. Lévesque de son heureuse et difficile tentative. On doit le remercier encore d'avoir été sobre de notes, bien différent de ces traducteurs qui ne voient dans le texte qu'un accessoire , et commentent les écrivains les plus illustres, ainsi que le docteur Mathanasius commentait le chef-d'œuvre d'un inconnu. Le mérite de M. Lévesque, le sentiment profond qu'il a des beautés de Thucydide, la sévérité modeste avec laquelle il juge sa propre traduction, nous garantissent qu'il fera de nouveaux efforts pour la perfectionner , et la rendre digne , autant qu'il est possiljle, tle cet admirable historien.

Une dissertation sur les historiens dAlexandre, composée par M. de Sainte-Croix, il y a plus de trente ans, et couronnée par l'Académie des Liscriptions, avait obtenu, en paraissant, tout le succès que ces sortes d'écrits doivent espérer. Mais les éloges donnés à Tauteiu^ n'ont pu lui fermer

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