CHAPITRE V. t
on enduisit son corps de cire, ou bien si on le mit dans Vliuile , ou bien encore si ce prince fut mis en état de momie : ce sont les termes de M. de Sainte-Croix. Quoique les pensées de l'écrivain se réduisent pour l'ordinaire à faire combattre les pensées des autres, il manifeste pourtant quelques opinions fort édifiantes. On remarque aussi qu'il lance à tout propos, souvent même hors de propos, des traits amers contre la philosophie et contre le gouvernement populaire. Toutefois , comme il n'aime pas mieux les conquérans que les républiques et les philosophes, il juge Alexandre avec une franchise qui, du temps de ce prince, coûta la vie au philosophe Callisthène, mais qui, à vingt -trois siècles de distance, n'a, par bonheur, aucun danger pour les savans. L'auteur eût fait un livre plus méthodique , plus agréable et plus utile, si, voulant bien économiser les longues citations qu'il est si facile d'accumuler, laissant de côté d'autres choses qui sont à la fois des lieux communs et des écarts, il se fût donné la peine d'écrire une histoire raisonnée d'Alexandre et de son siècle. Là venaient se fondre et se placer des notions chronologiques et géographiques; là, devait se trouver, ce qu'on cherche en vain dans l'ouvrage : un exposé de l'état des lettres, des sciences, des arts à cette mémorable époque; là même on pouvait admet-
i58 LITTÉRATURE FRANÇAISE.
tre quelques discussions d'érudit, mais avec la
discrétion que conseille une saine critique, et dont
il ne faut pas se dispenser quand on aspire à
être lu.
En suivant , pour l'histoire romaine , l'ordre
que nous avons suivi pour l'histoire grecque , le premier livre qui se présente est une traduction complète de Salluste , ouvrage posthume de l'eatimable Bureau de la Malle. On ne saurait contester à Salluste une éminente place entre les historiens latins ; mais il fut apprécié très-diversement à Rome. On lui reprochait de son vivant l'affectation de raieunir des mots vieillis. Tite-Live, qui le juge peut-être avec la sévérité d'un rival, prétend qu'il est fort inférieur à Thucydide, et qu'il le gâte en l'imitant. Tacite lui décerne la palme de l'histoire latine, palme qu'aujourd'hui nous décernons à Tacite. Quintilien, critique si judicieux et si mesuré, vante avec complaisance cette rapidité admirable qui distingue Salluste , et que Tite-Live, ajoute-t-il, a su atteindre par des qualités différentes. Il s'en réfère au jugement de Servilius Nonianus , qui déclarait ces deux émules plutôt égaux que semblables. On a peine à concevoir que d'autres Romains, le rhéteur Cassius Severus, par exemple, et même Sénèque, aient trouvé les harangues de Salluste plus faibles que ses narrations. Dans la (ruerre de Catilina,